Non, non et encore non. Il n’y a jamais eu de prix fixe pour le F-35, contrairement à ce qu'ont affirmé pendant des années l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd et son entourage, tranche un récent rapport de la Commission de gestion du Conseil national.
Le contenu exact de ce contrat de 6 milliards reste secret jusqu'à présent. Mais l’émission «ZDF frontal» ainsi que le journal «Die Zeit» ont pu analyser les contrats conclus par l’Allemagne pour l’achat des mêmes avions. A l'instar de la Suisse, Berlin se procure ces appareils directement auprès du gouvernement américain dans le cadre d’un programme dit «Foreign Military Sales» (FMS). Les conditions devraient être comparables.
«Les conditions contractuelles ne sont pas négociables»
Les médias allemands concluent que ce programme d'armement rend l'Allemagne encore plus dépendante des caprices du gouvernement américain. La procédure FMS permet à Washington de dicter en grande partie les conditions du contrat. «Les conditions contractuelles sont fixées par les Etats-Unis et ne sont pas négociables», a déclaré le ministère de la Défense dans une lettre adressée à la commission des finances du Bundestag.
Les contrats stipulent que l'Allemagne doit prendre en charge toutes les hausses de prix éventuelles et que les retards doivent être acceptés. Toute garantie est catégoriquement exclue, mais surtout: «Le gouvernement américain se réserve le droit, en cas de circonstances exceptionnelles et impérieuses, si l'intérêt national des Etats-Unis l'exige, de résilier ou suspendre l'exécution du contrat, en tout ou en partie, à tout moment.»
La Suisse en sait quelque chose: non seulement elle ne peut plus se permettre que 30 appareils au lieu de 36 à cause des plafonds budgétaires, mais les systèmes de défense aérienne Patriot commandés enregistrent des années de retard, car les Etats-Unis eux-mêmes en ont urgemment besoin pour le conflit au Moyen-Orient. Pour ne rien arranger, les coûts explosent aussi dans ce domaine.
Mais même après la livraison, Washington conserve un droit de regard sur l'exploitation des F-35. La maintenance et la livraison des pièces de rechange ne peuvent se faire qu’en collaboration avec les autorités américaines. L'Allemagne n'a «aucun droit légal de gérer les opérations de manière indépendante», selon un rapport interne du ministère de la Défense.
Washington peut bloquer les mises à jour
De plus, un logiciel cloud complexe est indispensable pour les missions de combat. Or, la Bundeswehr n’en a qu’un accès limité: «L’Allemagne, en tant que client à l’exportation, n’a pas un accès complet aux codes logiciels», indique le ministère fédéral de la Défense.
Mais tout comme l’armée suisse, le ministère allemand rejette les accusations concernant un prétendu dispositif d'arrêt d'urgence qui permettrait aux Etats-Unis de mettre soudainement les avions hors service avec un simple bouton: «Les F-35 allemands peuvent être utilisés de manière autonome, conformément au concept d’intervention de l'armée de l'air.» Malgré tout, le ministère ne dit pas si la Bundeswehr pourrait mener des missions à part entière si le gouvernement américain s'y opposait.
«Alors les F-35 ne voleront pas»
Car si le gouvernement américain coupait à Berlin les mises à jour logicielles, pourtant explicitement prévues par les contrats, les avions pourraient perdre leurs capacités. «Un fonctionnement et un déploiement à long terme sans connexion au réseau du programme peuvent limiter le soutien optimal et prédictif du système d’armes», reconnait le ministère. Rares sont ceux qui croient encore que la Suisse aurait pu négocier de meilleures conditions.
Un tel scénario aurait sans doute des conséquences considérables. Interrogé dans l’émission «ZDF frontal», l’expert en sécurité Nico Lange met donc en garde contre les risques liés au projet des F-35: «Si les Américains ne prennent plus en charge les F-35 allemands, ils ne voleront plus. Cela a été dit en des termes alambiqués, mais c'est bien le nœud du problème.»