Un expert réagit au sondage Blick
«La Confédération veut économiser sur la prévention des risques naturels. C'est inadmissible»

Thomas Egger est directeur du Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB). Dans l'interview accordée à Blick, il met en perspective le sondage explosif publiée ce vendredi. Sa demande: ne pas économiser sur la prévention des risques.
Publié: 05:42 heures
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L'éboulement de Blatten a suscité une immense solidarité.
Photo: Getty Images
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Tobias Bruggmann

La catastrophe de Blatten (VS) a réveillé les débats sur la gestion des risques naturels en montagne. Depuis, nombreux sont ceux qui estiment qu'il faudrait évacuer plus rapidement les habitants des vallées menacées par un danger naturel à moyen terme. Thomas Egger, directeur du Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB), met en garde contre le risque de cette solution «citadine».

Thomas Egger, une majorité estime que les autorités devraient obliger les habitants des montagnes à quitter leur lieu de résidence dès que le risque est moyen. Il ne devrait même pas y avoir de construction dans les endroits où le risque de danger naturel est élevé. Cela vous surprend-il?
Oui, très clairement. Cela montre que la population a un grand besoin de sécurité et veut se protéger des dangers naturels. Aujourd'hui déjà, on ne devrait pas construire dans la zone rouge. En revanche, je ne comprends pas que l'on veuille évacuer les gens dès qu'il y a un risque à moyen terme. La population de montagne est plus consciente des dangers naturels.

Dans quel sens?
On y gère le danger différemment que dans les villes, où les problèmes semblent plus éloignés. Ordonner une évacuation dès qu'il y a un risque à moyen terme, ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire comprendre à la population qui vit là depuis des années.

Après l'éboulement de Blatten (VS), il y a eu un énorme élan de solidarité avec des millions de francs de dons. Est-ce que cela est désormais fini?
Non, je ne le pense pas. Les grandes manifestations de solidarité montrent que la cohésion fonctionne en Suisse et que les milieux qui demandent le dépeuplement des vallées de montagne ne sont pas représentatifs.

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La Confédération veut économiser sur la prévention des risques naturels, c'est inadmissible!
»

Voyez-vous un manque de compréhension pour les habitants des montagnes?
Pas dans la gestion de la catastrophe, mais dans une perspective à long terme, oui. Des mesures de protection plus fortes coûtent de l'argent. Maintenant, la Confédération veut économiser sur la prévention des risques naturels, c'est inadmissible! Là, j'attends de la politique qu'elle s'engage et qu'elle anticipe aussi les conséquences du changement climatique.

Qu'est-ce que cela signifierait si la population devait quitter les montagnes?
Des domaines comme le tourisme seraient massivement touchés: les chemins de randonnée ne seraient plus entretenus et les pistes de ski plus préparées. Si aucun entretien n'est effectué au Gothard, une route de transit internationale sera un jour coupée. La production d'énergie se fait également en grande partie dans les montagnes. A cela s'ajoute l'agriculture. Et les régions des plaines bénéficient également des mesures de protection mises en place en montagne. 

Dans quelle mesure?
Par exemple pour la protection contre les inondations: si nous construisons des bassins de rétention en Valais, tout ne s'écoulera pas en direction de Genève en cas de crue importante.

Comment percevez-vous concrètement la façon dont la population traitent les gens en montagne?
C'est très variable. Certains viennent simplement en montagne pour faire du sport. Ils pensent bêtement qu'un hélicoptère viendra les secourir en cas d'urgence. Mais ils ne voient pas toute l'organisation qu'il y a derrière. Si les primes augmentent, ils voudront fermer les hôpitaux régionaux. Pourtant, on en a aussi besoin pour soigner les fractures des jambes des skieurs. Mais il y a aussi des exemples positifs. Par exemple avec notre projet «Volontaires montagne», dans lequel des citadins effectuent des missions bénévoles en montagne, par exemple pour entretenir des chemins de randonnée. Chaque année, nous organisons plus de 10'000 journées de travail.

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