La Russie mène une guerre d’agression contre l’Ukraine, en violation du droit international. Pour aider le pays, les possibilités ne manquent pas. Les Jeunes libéraux-radicaux du Freiamt, en Argovie, ont opté pour une solution pour le moins délicate: récolter de l’argent pour acheter des drones destinés à des soldats ukrainiens. Le Ministère public argovien a ouvert une enquête.
Tout a commencé par une publication sur Instagram au ton alarmiste. «Aujourd’hui Kiev. Demain Vienne. Après-demain Muri? Les drones du Freiamt peuvent arrêter les Russes.» A côté de la photo d’un drone, la section invitait à faire un don à partir de 20 francs. Selon elle, un appareil complet coûte entre 750 et 1000 francs. Elle affirmait avoir déjà réuni assez d’argent «pour un drone complet».
L’argent devait être transmis au bataillon ukrainien «Da Vinci Wolves». Cette unité, issue des milieux d’extrême droite ukrainiens, a depuis été intégrée à l’armée régulière. Les Jeunes libéraux-radicaux expliquaient leur projet ainsi. «Nous collectons l’argent, nous le transmettons au bataillon et les soldats au front achètent ensuite les drones nécessaires.» Ils y voyaient une «contribution à la sécurité européenne» et lançaient cet appel: «Inscris-toi pour apporter ta contribution!»
Une collecte potentiellement illégale
En Suisse, les dons destinés à fournir à l’Ukraine du matériel d’armement ou d’autres biens liés à la guerre sont interdits, avait expliqué le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) au magazine «Beobachter». Cette interdiction est liée à la neutralité suisse. Interrogé par Blick sur cette collecte, le Seco ne se prononce pas sur le cas précis. «Le Seco examine chaque cas susceptible d’avoir un lien avec les lois applicables, mais ne se prononce pas sur des cas particuliers.»
Les infractions à la loi sur le matériel de guerre ou à la loi sur le contrôle des biens sont poursuivies d’office. Aucune plainte n’est donc nécessaire pour que les autorités examinent les faits. Contacté par Blick, le Ministère public argovien confirme être au courant. «Nous avons reçu une notification à ce sujet et examinons l’affaire. Nous ne pouvons pas fournir davantage d’informations à ce stade.»
Le mouvement controversé Mass-Voll a attiré l’attention sur cette collecte. Son président, Nicolas Rimoldi, dénonce auprès de Blick le soutien envisagé par les Jeunes libéraux-radicaux. «Le fait que le PLR finance une armée étrangère constitue pour nous une trahison.» Il accuse également le parti d’hypocrisie. «D’un côté, on impose des sanctions, de l’autre, on les enfreint.»
Ils présentent leurs excuses
Les Jeunes PLR de la section du Freiamt reconnaissent aujourd’hui avoir commis une erreur. «Cette action était une erreur et a été interrompue dimanche dernier, le 20 septembre 2026, après quelques jours seulement», déclare sa présidente, Eleah Paetsch, à Blick. Selon elle, la section ignorait les liens passés du bataillon avec l’extrême droite ukrainienne.
Eleah Paetsch estime qu’il n’appartient pas à un parti de récolter de l’argent pour l’une des parties à un conflit armé. «On comprend que cette action ait suscité des irritations», dit-elle, avant d’ajouter: «Nous présentons nos excuses à cet égard.» D’après la présidente, les Jeunes libéraux-radicaux du Freiamt n’ont accepté aucun don et n’ont transféré aucun fonds dans le cadre de cette collecte.