En concurrence avec l'ONU
Le DFAE rejette le Conseil de la paix de Trump

Le Département fédéral des affaires étrangères rejette le Conseil de la paix envisagé par Donald Trump. Pour Berne, une telle organisation contredirait les principes du droit international.
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Le Département fédéral des affaires étrangères, dirigé par Ignazio Cassis, a rejeté le projet de Conseil de la paix
Photo: keystone-sda.ch
Raphael Rauch

Donald Trump promet de faire reconstruire la bande de Gaza, dévastée par la guerre. Depuis le Forum économique mondial à Davos, il a notamment présenté de gigantesques projets immobiliers, intitulés «New Rafah» et «New Gaza», avec en point d'orgue des gratte-ciels appelés à éclipser Miami Beach et Dubaï, ainsi qu'une côte destinée à séduire les touristes balnéaires.

Cette vision, Donald Trump entend la concrétiser à travers son Conseil de la paix, une organisation controversée qu’il dirigerait seul et dont l’adhésion coûterait un milliard de dollars après trois ans. Des chefs d’Etat, de l’Argentine à la Hongrie, ont accepté d’y participer, tandis que la grande majorité des pays européens l'ont d'ores et déjà rejeté.

Rôle de l'ONU menacé

La Suisse a elle aussi été conviée à rejoindre cette structure. Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a indiqué que la question était en train d'être examinée. En coulisses, cependant, la réponse semble clairement négative: selon plusieurs sources, toutes les divisions du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) s’opposent à une telle participation.

La division onusienne critique notamment la concentration de pouvoir au sein de ce Conseil, placé exclusivement sous l’autorité de Donald Trump, y compris au-delà de son mandat présidentiel. Elle redoute également une mise en concurrence avec l'ONU, ce qui affaiblirait également la Genève internationale. La Suisse entend ainsi défendre le multilatéralisme entre Etats souverains, plutôt qu'une coopération façonnée selon la seule volonté de Donald Trump.

La Suisse critique formellement le gouvernement israélien

Les juristes du DFAE estiment, eux aussi, que ce Conseil de la paix entrait en contradiction avec les principes du droit international du fait du pouvoir absolu qu'il conférerait à Donald Trump. Une adhésion suisse nécessiterait en outre un référendum facultatif: un processus long et incertain, au terme duquel le peuple rejetterait probablement le projet, estiment plusieurs diplomates.

Pendant que Donald Trump présentait son projet à Davos, la directrice de la Direction du développement et de la coopération (DDC), Patricia Danzi, s’est rendue en Israël et en Cisjordanie, respectivement à Jérusalem et à Ramallah. Selon des informations de Blick, elle a formellement critiqué auprès du gouvernement israélien le blocage de l’aide humanitaire vers Gaza, le projet d’interdiction des ONG et la démolition du bâtiment de l’UNRWA à Jérusalem.

Le siège de l'UNRWA démoli

Les forces de police israéliennes ont en effet pénétré cette semaine avec des engins lourds dans le siège de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens UNRWA à Jérusalem-Est et ont entamé la destruction du bâtiment. Son directeur général de l'agence, Philippe Lazzarini, y voit «un nouveau degré de mépris ouvert et délibéré du droit international, y compris des privilèges et des immunités des Nations unies, de la part de l’Etat d’Israël». Le DFAE confirme de son côté que Patricia Danzi a défendu la position officielle de la Suisse auprès du gouvernement israélien.

A l’initiative du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, pas moins de 37 organisations non gouvernementales pourraient être contraintes de quitter Gaza dans les prochaines semaines. Fin décembre, le conseiller fédéral Ignazio Cassis avait protesté contre cette perspective aux côtés d’autres ministres des Affaires étrangères et avait appelé à autoriser les ONG internationales à travailler à Gaza de manière durable.

La Suisse a également critiqué l’extension des colonies illégales israéliennes en Cisjordanie. Durant le WEF, le président de la Confédération Guy Parmelin s’est entretenu avec son homologue israélien Isaac Herzog et avec le Premier ministre palestinien Mohammad Mustafa. Selon son porte-parole, Guy Parmelin a réaffirmé la position du Conseil fédéral en faveur d’une solution à deux Etats et appelé les deux parties à respecter leurs obligations humanitaires, tant dans la bande de Gaza qu’en Cisjordanie.

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