En bref
- Toni Huber, un inventeur de Langenthal âgé de 87 ans, a conçu dans les années 1970 le premier cardiofréquencemètre portable, mais son brevet a expiré avant que l'industrie ne réalise son potentiel. Aujourd'hui, il travaille sur un nouvel appareil, le «Neurostar», pour prévenir le déclin cognitif lié à l'âge.
- Malgré son échec économique passé, Huber reste motivé et ambitieux. Il collabore avec la Haute école spécialisée bernoise pour développer le «Neurostar» et envisage de fonder une start-up à 87 ans, défiant le scepticisme de ses proches.
- Le marché actuel des montres de fitness, basé sur des idées similaires à celles de Huber, pèse des milliards de francs. Son cardiofréquencemètre a même été utilisé par des légendes comme Jackie Stewart et Niki Lauda.
«J’ai laissé filer 300 millions», déclare Toni Huber dans son atelier sous les combles, sans lever les yeux. Ses mains expertes tremblent légèrement tandis qu’il tente d’insérer un petit câble dans l’orifice prévu à cet effet. «Mais l'argent n'a jamais été ma motivation», ajoute-t-il.
Toni Huber a 87 ans, il habite à Langenthal (BE) et c’est un inventeur passionné. Dans les années 1970, cet électromécanicien de formation détenait le brevet américain du premier moniteur de fréquence cardiaque portable. Mais ni l’industrie horlogère ni personne d'autre n’a manifesté le moindre intérêt pour son invention.
Il tapote sa smartwatch à son poignet et déclare: «A l’époque, on s’est moqué de moi en me disant: 'Qui s’intéresse à son propre pouls? Personne n’a besoin d’un truc pareil!'» Aujourd’hui, le marché des montres de fitness pèse des milliards. Mais le brevet de son invention a expiré quelques années avant ce succès retentissant.
En avance sur son temps
Bien que ses inventions soient encore utilisées aujourd’hui et qu’il ait été un pionnier de la médecine sportive, le succès financier et la reconnaissance générale lui ont échappé. «Financièrement, j'ai échoué», reconnait-il sans détour. «Mais en tant qu’inventeur? Non. Mes idées étaient bonnes, mais trop en avance sur leur temps, malheureusement.»
Il pose un gros classeur sur la table et le feuillette. Avec fierté, il montre la photo défraîchie du triple champion du monde de Formule 1 Jackie Stewart. Sur sa poitrine, le pilote arbore le moniteur de fréquence cardiaque de Toni Huber. Quelques pages plus loin, une coupure de journal montre Niki Lauda sur un vélo ergomètre, une autre invention de Toni Huber.
«Mes amis m’ont dit: 'Tu es fou !'»
Aujourd’hui, ce retraité veut retenter sa chance: «J’envisage de créer une nouvelle start-up.» Sa dernière invention, baptisée «Neurostar», est un dispositif conçu pour lutter contre le déclin cognitif lié à l'âge. Le senior mène ce projet en collaboration avec la Haute Ecole spécialisée bernoise.
Cette invention est conçue comme un programme d'entraînement à domicile qui associe mouvement et exercices de mémoire. «L'objectif n'est pas de guérir la démence. C'est impossible», explique Toni Huber. «Mais l'entraînement vise à avoir un effet préventif et à ralentir l'aggravation de la maladie.»
Ses projets ont suscité le scepticisme de son entourage. «Beaucoup de mes amis me disaient: 'Tu es fou de créer une entreprise à ton âge!' Mais rester assis devant la télé à boire des bières, ce n’est pas pour moi.» En revanche, sa femme a tout de suite cru en son projet: «Elle m'a toujours soutenu. Sans elle, je n'aurais jamais rien pu faire de tout ça.» Il désigne son studio du regard et sourit. «Ça fait déjà 61 ans qu’elle me supporte.»
Etre inventeur n’est pas un métier
Toni Huber sait bien que ses ambitions sont exceptionnelles à 87 ans. Mais pour lui, être inventeur n'est pas qu'un métier. «C'est une vocation, affirme-t-il. C'est la volonté absolue de créer quelque chose de nouveau.» Et tant qu'il sera en forme – mentalement et physiquement –, il continuera à vivre sa passion.
Ce père de famille pense aussi à la prochaine génération. Son objectif est de poser les bases de «Neurostar», bases sur lesquelles une personne plus jeune pourra s’appuyer plus tard. «Car je ne vivrai probablement pas assez longtemps pour voir ma propre grande découverte.»
De plus, une invention n'est jamais tout à fait terminée. Elle demande du temps. Or, c'est précisément ce qui semble lui manquer. Toni Huber hausse les épaules et ajoute: «J'aurais simplement besoin d'une seconde vie.»
Sa dernière œuvre?
Devant lui repose sur l'établi l'un des prototypes de «Neurostar», entouré de tableaux abstraits qu'il a peints lui-même. Son appartement recèle aussi de vieux postes de radio et des morceaux de métal qu'il a transformés en sculptures. Toni Huber a consacré sa vie à inventer, construire et créer du neuf à partir de l'ancien.
Abandonner n’a jamais été une option pour lui, et cela n’a pas changé jusqu’à aujourd’hui. Peu après, en bas près de la porte, l’homme de 87 ans dit en guise d’au revoir: «Peut-être à la prochaine fois, avec ma prochaine invention.»