Maison des Lionnes
Coiffure, massage, manucure: ici, les femmes précaires soufflent enfin

Un jeudi sur deux, la Maison des Lionnes à Renens offre des après-midi bien-être à des femmes en situation de précarité. Coiffure, maquillage, manucure ou encore massage, toutes peuvent bénéficier d’un moment pour prendre soin d’elles.
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Nathalie a choisi une couleur de vernis assortie aux tresses de ses cheveux.
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Camille BertholetTeam Lead Vidéo & Social Media Production

«Tu veux faire quoi aujourd’hui, les ongles, un massage?» Le sèche-cheveux couvre presque la voix de Carla, travailleuse sociale à la Maison des Lionnes, en ce début de jeudi après-midi. La structure de Caritas, mise en place depuis quatre ans à Renens, offre un accueil de jour trois fois par semaine ainsi que cinq logements de transition à des femmes en situation de précarité. Et depuis juin 2025, un jeudi après-midi sur deux, masseuse, esthéticienne, prothésiste ongulaire et coiffeuse viennent offrir des soins aux femmes présentes, gratuitement. «Quand elles arrivent, elles s’inscrivent sur la liste d’attente pour une prestation. C’est première arrivée, première servie», précise la jeune femme, qui enchaîne les réponses d’une voix douce.

Autour d’elle, dans la pièce principale, se bousculent discussions animées, siestes sur le canapé et bols de nouilles chaudes échangés par-dessus la table. Sur la terrasse, à côté d’un potager impressionnant, deux femmes plus silencieuses trient les raisins du jardin. «Qui veut une glace?» lance Lola, la responsable de la Maison. Gestes larges et ton tranquille, elle semble avoir un œil sur tout sans jamais donner l’impression de surveiller. Autour de la table, plusieurs mains se lèvent aussitôt.

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Certaines sont là parce qu’elles subissent des violences, d’autres parce qu’elles se sentent seules. Il y a un esprit de communauté
Lola, responsable de la Maison des Lionnes
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Elle explique: «On a entre quinze et trente personnes pour l’accueil de jour, autant d’habituées que de femmes qui ne viennent que quelques fois. Ce sont des personnes qui transitent beaucoup.» Parmi elles, pas de profil type: «On a des personnes qui ont de 18 à 94 ans, dans la précarité au sens large, complète Carla. Ça peut être en termes financier, de santé mentale, physique, en galère administrative… Certaines sont là parce qu’elles subissent des violences, d’autres parce qu’elles se sentent seules. Il y a un esprit de communauté, certaines deviennent copines et se voient même en dehors.»

Les ongles assortis aux tresses

A l’autre bout de la pièce, devant un éventail de petits tubes, Nathalie choisit la couleur de son vernis. Il ne lui faut pas beaucoup de temps pour se décider: ce sera vert, comme ses cheveux. «J’aime venir faire mes ongles, ou un soin du visage. Parfois, je tresse les gens, si quelqu’un demande. Je viens avec des copines du foyer.» Les prestataires fixes sont rémunérées, mais les usagères de la structure qui en ont les compétences peuvent également offrir leurs services, en échange de bons dans différentes enseignes.

«C’est tellement rares pour ces femmes d’avoir un moment où on prend soin d’elles. Normalement, ça leur est inaccessible financièrement, poursuit Carla. Quand elles viennent, on voit directement le avant/après dans leur humeur. Certaines s’en servent aussi pour être plus présentables pour des entretiens d’embauche ou des visites d’appartement.»

Vivane vient souvent enseigner le tricot aux autres femmes de la Maison des Lionnes.

Elle est interrompue par l’éruption de joie collective qui accompagne l’arrivée de Viviane, toute petite dame de 86 ans, courbée sur son tintébain. Elle habite seule et même si elle se déplace avec difficulté, elle vient souvent pour tricoter. Cette fois, elle a fait le déplacement pour un massage. «Avant ça, tu vas devoir monter l’Everest!» sourit tendrement Carla, en désignant la volée de marches qui mène à la table de massage. Défi accepté.

Les professionnelles au service des plus fragiles

«Celles qui n’ont pas l’habitude de se maquiller, ça leur fait tout de suite un choc positif!» rigole Emilie, esthéticienne. Elle propose des prestations de maquillage et de teinture de sourcils aux femmes présentes les jeudis. «Il y en a une qui m’a marquée. Elle était brûlée tout autour de sa bouche, donc le contour des lèvres n’était pas dessiné comme nous. Je lui ai demandé si elle voulait du rouge à lèvres, elle m’a dit qu’elle trouvait ça joli mais qu’elle n’osait jamais sortir avec. Je lui en ai mis, elle est repartie en le gardant, se rappelle-t-elle avec un brin d’émotion. Certaines viennent parce qu’elles veulent se sentir belles, d’autres pour sortir. Une femme est venue car l’après-midi beauté tombait pile le jour de son anniversaire», continue-t-elle.

Mary est coiffeuse indépendante et remplace la personne qui vient habituellement à la Maison des Lionnes. «C’est vraiment un retour aux sources de notre métier.» Elle tire sur sa cigarette bien méritée entre deux prestations. «On aide les gens. C’est vraiment un autre contact. Et ça, ça fait du bien. Je fais des coupes, des brushings. Si elles amènent le matériel, on peut aussi leur faire la couleur.»

Les ongles fraîchement vernis.

Mélanie, qui s’occupe de faire les ongles, renchérit. «Ça nous change, on se sent utile. Et ça nous sort de notre local, du quotidien et des clients habituels.» Mary nous laisse, une autre femme attend pour raviver son roux, dans une installation fragile posée entre la douche et le couloir.

Des moments très attendus

L’idée des moments bien-être vient directement de celles qui poussent la porte de la Maison des Lionnes. «Ça fait longtemps qu’elles réclament des soins comme ceux-ci, mais on ne savait pas comment les mettre en place», témoignent Carla et Lola. Un jour, la fondation privée L'Île Fantastique contacte Carla pour mettre en place une journée bien-être pour les femmes en l’honneur du 8 mars.

Petit moment de soin par Emilie: teinture des sourcils.

Sceptique quant à la faisabilité du projet sur une journée, celle-ci monte alors un tout autre dossier: «Je me suis dit, je lance une bouteille à la mer, je leur soumets ce concept d’après-midis récurrents à la Maison des Lionnes. La fondation a tout de suite été enthousiaste, et c’était parti.»

D’autres initiatives pour le bien-être

D’autres initiatives du genre existent déjà à Lausanne, comme le MIAM, abréviation de Mon Instant À Moi, qui propose une fois par mois les services d’une trentaine de professionnels du bien-être. Lola explique ce qui fait la particularité de la Maison des Lionnes: «Ce sont toutes de super initiatives, mais le MIAM par exemple est un événement mixte. Chez nous, elles sont sûres de ne pas croiser des hommes avec qui ça s'est peut-être mal passé dans la rue ou à domicile. C’est l’avantage de n’être qu’entre femmes. Même si ça ne veut pas dire qu’on a aucun problème!», rit-elle.

Elle continue, un œil toujours rivé sur ses protégées. «On a des personnes qui veulent juste se poser un peu, laisser tomber le sac de pierres qu’elles portent sur les épaules. D’autres ont envie de participer. Hier par exemple, un groupe a ratissé tout le jardin. Elles savent qu’ici, elles sont safe peu importe ce qu’elles ont envie de faire.» Un peu plus loin, le sèche-cheveux tourne toujours, sans déranger Viviane, qui s’est finalement assoupie au fond du canapé.

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