Unique en Suisse!
L'univers du studio Ghibli débarque à Lausanne jusqu'en septembre

Le mudac de Lausanne célèbre Isao Takahata, cofondateur du Studio Ghibli, avec une rétrospective unique en Suisse. A découvrir jusqu'au 27 septembre, l'exposition explore 60 ans de création animée.
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Le mudac de Lausanne célèbre Isao Takahata, cofondateur du Studio Ghibli.
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ATS Agence télégraphique suisse

Le Musée cantonal de design et d'arts appliqués (mudac) à Lausanne consacre une rétrospective au scénariste et réalisateur japonais Isao Takahata (1935-2018), cofondateur du célèbre studio d'animation Ghibli avec Hayaho Miyazaki. Unique en Suisse, l'exposition est à découvrir jusqu'au 27 septembre.

Intitulée «Isao Takahata. Pionnier du dessin animé contemporain, de l'après-guerre au Studio Ghibli», elle retrace le parcours du cinéaste, de la série «Heidi» (1974) aux films d'animation «Le Tombeau des lucioles» (1988) et «Le Conte de la princesse Kaguya» (2013). A travers une magnifique muséographie, elle dévoile sa passion pour le film d'animation, en près de 60 ans de carrière.

Moins connu que son compère, «frère de coeur», Hayaho Miyazaki, il compte pourtant parmi les grands maîtres de l'animation mondiale. C'est avec ce dernier ainsi que Toshio Suzuki qu'il fonde le Studio Ghibli à Tokyo en 1985. Outre «Le Tombeau des lucioles» et «Le Conte de la princesse Kaguya», il a également réalisé pour Ghibli, «Souvenirs goutte à goutte» (1991), «Pompoko» (1994) ou encore «Mes Voisins les Yamada» (1999).

«Il avait un don»

Le public est invité à une joyeuse balade au coeur de l'oeuvre d'Isao Takahata, plongée intimiste et didactique dans le processus de création même d'un dessin animé. Esquisses et dessins originaux, schémas expliquant la psychologie des personnages, story-boards et image-boards, celluloïds, layouts, mises en couleurs, extraits de films, bandes-annonces et documents audiovisuels: le voyage est autant foisonnant que passionnant.

Si Isao Takahata est présent à toutes les étapes créatives – de l'imagination de l'oeuvre originale au scénario et à la réalisation –, ce n'est pas lui qui dessine. «Il n'est pas un dessinateur. Il n'a aucune formation en dessin. Mais il avait un don pour expliquer les dessins qu'il voulait exactement et pour donner toutes les consignes nécessaires», a répété plusieurs fois avec le sourire le commissaire de l'exposition, Kazuyoshi Tanaka du Studio Ghibli.

«C'est plutôt un littéraire et un intellectuel», souligne-t-il. Isao Takahata est diplômé de l'Université de Tokyo en langue et littérature française. Il s'était notamment spécialisé dans l'oeuvre de Jacques Prévert.

La psychologie des personnages

Au fil de l'exposition, on découvre une filmographie très exigeante et novatrice, à la fois réaliste et poétique. Le cinéaste avait une grande préoccupation pour la psychologie des personnages, leurs nuances, leurs contradictions, leurs névroses. Il aimait sonder la personnalité humaine au-delà des archétypes et du manichéisme à la Disney. Autre exigence: la cohérence spatio-temporelle du récit et des décors pour donner un effet vrai et puissant du réel.

L'exposition met aussi en lumière un aspect plus inédit: les liens privilégiés qu'Isao Takahata a tissés avec l'Occident, en particulier francophone, tout au long de sa vie. De sa formation intellectuelle à son rôle de passeur entre les cultures, en passant par la justesse de ses représentations du monde européen et même helvétique dans des oeuvres emblématiques comme le dessin animé «Heidi» (52 épisodes de 26 minutes).

Ce volet complémentaire retrace par exemple sa découverte du réalisme poétique de Jacques Prévert, source de son engagement esthétique comme politique. Il présente également ses recherches approfondies sur «La Bergère et le Ramoneur», oeuvre de Paul Grimault datant 1953, qui l'a beaucoup inspiré et influencé. On réalise aussi toute la rigueur ethnographique et l'ambition documentaire du cinéaste d'animation.

Descriptions des joies du quotidien des enfants, histoires pleines de vie, poésie, onirisme, regards sur la culture japonaise et occidentale, réalisme et quête de vérité: l'oeuvre d'Isao Takahata a toujours cherché à «ouvrir et stimuler l'esprit des enfants». Et des adultes aussi.

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