C'est un rétropédalage comme on en voit rarement. La semaine dernière, «Blick»/«L'Illustré» vous racontait l'histoire de plusieurs enfants roms qui ne suivent pas l'école à Lausanne, faute de logement fixe. Membres d'un groupe de cinq familles originaires de Roumanie, dont les liens avec la capitale vaudoise remontent à quinze ou vingt ans, ces enfants dorment dans des voitures, des abris d'urgence ou des logements provisoires. En réponse à nos questions, la Ville de Lausanne avait écrit que «même de courte durée, la solution d’hébergement doit offrir un véritable cadre de vie et non un simple lieu où dormir.»
Dans nos colonnes, l'association lausannoise Opre Rom avait dénoncé la posture des autorités, avec le soutien de l'ancien conseiller aux Etats Luc Recordon. En effet, l'accès à l'école est un droit garanti par la Constitution fédérale. Or, une dizaine d'enfants ne seraient pas scolarisés actuellement, alors qu'ils seraient en âge de l'être, et que leurs parents souhaitent s'établir définitivement à Lausanne, selon Opre Rom. Suite à l'impossibilité d'inscrire deux nouveaux enfants à la dernière rentrée scolaire, l'association avait tenté d'infléchir la position de la Ville en s'adressant notamment directement au municipal en charge des écoles, le popiste David Payot. Sans succès.
Mais lors d'une rencontre qui s'est déroulée entre le Ville et des associations le 2 février, soit quelques jours après la publication de notre article, coup de théâtre: la cheffe du Service des écoles primaires et secondaires, Barbara de Kerchove, a annoncé que les enfants concernés seraient finalement scolarisés. Interview.
Barbara de Kerchove, pourquoi ce retour en arrière?
Il s'agit d'un gros malentendu. J'ai fait des recherches au niveau du service, mais je n'ai pas trouvé qui aurait pu refuser de scolariser ces enfants. J'ai présenté mes excuses à Véra Tchérémissinoff, la présidente d'Opre Rom. Je rappelle qu'une vingtaine d'autres enfants roms suivent l'école actuellement dans des classes d'accueil à Lausanne, dont certains font partie du groupe de familles qu'accompagne Opre Rom.
Dans les réponses qu'elle nous avait fait parvenir, la Ville avait pourtant indiqué que les enfants devaient avoir un domicile pour être scolarisés...
C'est une notion qui n'est pas facile à appréhender : le domicile fait référence à l’intention de s’établir durablement – et c’est cela qui fait foi pour décider de l’endroit où sera scolarisé un enfant. Il y a une dizaine d'années, les associations s'étaient engagées à accompagner ces familles dans les domaines de la santé, de la scolarité et du logement. Mais qu'entend-on par «avoir un toit»? Il est clairement dans l'intérêt d'un enfant d'être scolarisé, mais cela doit s’inscrire dans un projet familial, et dans la durée. Il n’est sans doute pas idéal pour un enfant d’ être baladé et de changer tout le temps d'école.
Il n'y a donc pas eu une volonté de durcissement des critères de la part la Ville?
Non, on ne peut pas dire cela. Du reste, le nombre d'enfants roms scolarisés à Lausanne est resté constant au fil des années. Je rappelle aussi que la scolarisation est une compétence du Canton, avec qui nous sommes en phase. Les principes sont les mêmes que pour les enfants sans-papiers. Les critères ont plutôt été assouplis au fil des années, en raison de la crise du logement et de la détérioration de la situation socio-économique de certaines familles.
Parfois, les familles elles-mêmes ne veulent pas scolariser leurs enfants s'ils n'ont pas de logement, pour des questions d'hygiène notamment. La problématique est complexe.
C'est pour cela qu'un groupe de coordination entre les services de la Ville et le Canton va être mis sur pied, dans le but de collaborer à l'intégration de ces enfants à l’école. Il fallait remettre les choses à plat entre la Ville et les associations. Autour de la table lundi dernier, nous étions tous d'accord sur une chose: placer l’intérêt des enfants au centre de notre action.