Une mobilité qui tient compte des limites planétaires et vise la sobriété. Oui, mais dans quel laps de temps et avec quels moyens au vu de l'urgence climatique? Telle est la question que pose la section vaudoise de l'association Grands-parents pour le climat. Active sur différents fronts, elle a pris position sur l’avant-projet de loi sur la mobilité (LMob), dont la consultation courait jusqu'au 25 septembre.
La stratégie du Conseil d'Etat dans laquelle s'inscrit la future loi vise une diminution des distances parcourues et du besoin de se déplacer, en faisant la part belle aux transports publics et en améliorant les infrastructures pour la mobilité active. But affiché: zéro émission nette de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Mais pour les Grands-parents pour le climat Vaud, cet objectif n'est pas crédible sans une approche beaucoup plus volontariste. Membre de l'association, Yves Golay-Fleurdelys, expert en durabilité et ancien responsable de la construction durable à l'Etat de Vaud, nous explique pourquoi.
Yves Golay, le canton de Vaud veut réviser sa politique de mobilité en tenant compte de la volonté du peuple de protéger le climat. C’est plutôt réjouissant, non?
Effectivement, la stratégie est séduisante. C’est une première de voir dans un texte officiel les notions de limites planétaires et de sobriété. Le problème, c’est le manque d’actions et de moyens pour la mise en œuvre. Notre mobilité est totalement congestionnée. Inciter au changement ne suffit plus. Par ailleurs, le projet de loi est globalement moins ambitieux que la stratégie. C’est regrettable, car la loi fera référence.
Le Conseil d'Etat vise une réduction de 100% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050, afin de coller à la loi fédérale sur le climat et l’innovation. Cela ne vous semble pas réaliste?
Si la loi vaudoise met cinq ans avant d’être adoptée, cela nous mènera en 2030, et encore plus loin si on attend les crédits pour la mise en œuvre. Or, l’objectif affiché est déjà de -33% en 2030. Ce n’est pas crédible. On ne peut pas avancer à la queue leu-leu et penser qu’on sera à l’heure à la sortie. Le Grand Conseil devrait au moins adopter les financements nécessaires avant ou au minimum en même temps que l’adoption de la loi.
Que préconisez-vous encore?
Au vu de l’urgence climatique incarnée par les canicules à répétition de cet été, nous proposons la création d’une task force. On a été capables de prendre le taureau par les cornes pour une problématique comme le Covid, pourquoi pas pour le climat? Si on considère que la situation est grave, il faut arrêter de se raconter des histoires et se donner vraiment les moyens d’agir. Des mesures d’urgence peuvent être instaurées même si la loi n’est pas encore adoptée.
Comme quoi par exemple?
L’une des figures de la stratégie (ci-dessous, ndlr) illustre les coûts et les bénéfices pour la santé de la mobilité terrestre. Seuls le vélo et les déplacements à pied sont en vert. Il faut arrêter d’élargir les routes et développer les pistes cyclables et les transports publics, avec des incitations financières pour permettre aux gens d’effectuer rapidement la transition. Par exemple, accorder des avantages fiscaux aux personnes qui se déplacent moins et soutenir le développement de l’autopartage.
En suivant un modèle plus alémanique?
En Suisse allemande, il y a une plus grande demande pour des Mobility qu’en Suisse romande. De manière générale, on constate encore une grande confusion entre nos besoins et nos envies, qui sont stimulées par la publicité. Nous sommes pour une interdiction de la pub «climaticide», tant pour la santé que pour l’environnement, comme par exemple celle pour les véhicules trop puissants et lourds.
Vous voulez du reste aussi agir sur le poids des voitures.
La stratégie des autorités vaudoises ne tient pas compte de l’impact environnemental global des moyens de transport, exprimé en unité de charge écologique. Les grosses voitures ont un impact énorme, même si elles n’ont pas un moteur thermique. Si on se retrouve avec une majorité de SUV fonctionnant à l’électricité, on va droit dans le mur. Electrique ou non, nous devons diminuer de moitié nos déplacements en voiture, doubler nos déplacements en transports publics et tripler ceux à vélo.
Laisser tomber la voiture, cela implique de ralentir. Or, nos sociétés actuelles sont celles de l’accélération.
Est-ce que les Néerlandais, les Danois, les Bernois sont fondamentalement différents des Vaudois? Je ne pense pas. C’est une question de volonté. A Paris, il y a de plus en plus de vélos et de moins en moins de voitures. L’ancienne maire Anne Hidalgo ne s’est pas fait que des amis en poussant à cette mutation bienvenue.
Mais Vaud est aussi un canton rural. Peut-on vraiment comparer?
Il est clair que ces changements concernent d’abord les agglomérations, là où nous sommes le plus nombreux. Du reste, la stratégie du canton distingue très justement quatre territoires. Il faut commencer par les centres urbains, en agissant sur les déplacements pour le travail. Les loisirs viendront dans un second temps. La première étape est de mettre en place des infrastructures sûres et efficaces. Trop de gens estiment encore aujourd’hui qu’il est dangereux de circuler à vélo et les pistes cyclables sont très combattues.
Vous-mêmes ne vous déplacez plus qu’à pied et à vélo. Comment avez-vous opéré cette transition?
Quand je suis devenu grand-père il y a huit ans, je me suis demandé si j'étais cohérent avec mes idées. J’ai fait le test du WWF pour mesurer mon empreinte écologique, et j’ai été horrifié du résultat. J’utilisais notamment la voiture pour mes loisirs. J’ai entrepris des changements et constaté que ce n’est pas si difficile si on procède par étapes. J’ai agi sur mes déplacements, ma manière de m’alimenter et mon lieu de vie. Aujourd’hui, je vois l’impact positif du vélo sur ma santé. Ce moyen de transport permet en outre d’améliorer le pouvoir d’achat des gens, car la voiture a un coût important.
Tout ceci est plus facile à mettre en place quand on est retraité...
De par mes activités professionnelles notamment, j’étais actif sur le plan climatique depuis très longtemps. Je suis allé au travail à pied durant trente ans. Plus de 7000 personnes ont manifesté pour le climat à Lausanne le 19 septembre. Il faut à présent être conséquent avec cela. Je suis persuadé que seule une sobriété heureuse nous permettra de résoudre cette équation.