En bref
- Céline Amaudruz, conseillère nationale UDC, propose des mesures au Conseil fédéral pour soutenir la production suisse de légumineuses comme les pois protéagineux et fèves.
- Amaudruz préside le conseil d’administration du Groupe Minoteries SA, qui transforme des matières premières végétales suisses.
- En 2025, elle a reçu 152'000 francs de rémunération, plus des actions pour elle et sa famille.
Le lobbying est profondément enraciné à Berne, au cœur même du pouvoir fédéral. Il s’exerce pourtant le plus souvent dans la discrétion, voire dans l’ombre, avec pour objectif de passer inaperçu. Mais il arrive que certaines tentatives soient révélées au grand jour.
Récemment, la conseillère nationale de l'Union démocratique du centre (UDC) Céline Amaudruz est montée au créneau pour défendre la production des légumineuses suisses. Le hic: elle est également présidente du conseil d’administration de l’un des plus grands moulins de Suisse.
Des interventions pour les légumineuses
La députée genevoise se distingue généralement au Palais fédéral par ses interventions sur la place financière suisse ou la protection des femmes et des enfants. Or, durant la session d’été, cette gestionnaire de fortune s’est aventurée sur un terrain inhabituel: dans pas moins de trois interventions, elle demande au Conseil fédéral de prendre des mesures pour protéger la production nationale de légumineuses – en particulier les pois protéagineux et les fèves.
L'élue UDC demande au gouvernement de créer un soutien spécifique à la culture des légumineuses, sur le modèle de celui dont bénéficie déjà la betterave sucrière grâce aux contributions de la Confédération. «Les pois protéagineux et les fèves sont d'une importance stratégique pour l'agriculture suisse», affirme la députée dans son intervention parlementaire. «Ils contribuent à diversifier les rotations culturales, à renforcer la fertilité des sols et à réduire la dépendance de la Suisse aux importations de protéines végétales. Ils participent également à la promotion d’une alimentation plus durable, en accord avec les recommandations nutritionnelles en vigueur.»
La production suisse qui prime
Elle milite aussi pour la mise en place d'un programme d'impulsion coordonné couvrant l'ensemble de la chaîne, «de la culture à la commercialisation». Et ce, pour une enveloppe de 20 millions de francs. Une somme que Céline Amaudruz considère modeste, compte tenu de l'objectif visé: «Un total de 20 millions de francs sur six ans constitue une somme modeste, qui permettra de transformer un créneau fragile en une véritable chaîne de valeur suisse.»
Enfin, avec sa troisième interpellation, elle revient à l'un de ses thèmes de prédilection: la protection des frontières. Elle réclame une hausse des droits de douane et estime que les contingents doivent permettre de garantir que les protéines végétales importées ne prennent plus le dessus sur la production suisse. Selon la députée, «les légumineuses suisses ne pourront pas se développer de manière durable tant qu’elles resteront en concurrence avec des importations meilleur marché, produites avec des normes différentes».
C’est un véritable paquet de mesures que la députée soumet au Conseil fédéral. Si celui-ci reconnaît la nécessité d’agir, il rejette néanmoins l’ensemble des propositions.
Une rémunération généreuse
Mais qu’est-ce qui motive cette grande offensive en faveur des légumineuses? En se penchant sur le parcours de Céline Amaudruz, un élément interpelle: depuis 2023, la Genevoise préside le conseil d’administration du Groupe Minoteries SA (GMSA). Ce groupe meunier romand transforme et commercialise des céréales et des matières premières végétales provenant de Suisse.
Autrement dit, l’entreprise – et potentiellement Céline Amaudruz elle-même – aurait tout intérêt à voir les légumineuses gagner du terrain sur le marché intérieur. Pour son mandat, l'élue a perçu 152'000 francs l'année dernière. A cela s'ajoutent des participations en actions pour elle et sa famille.
Parler «lobbying» serait réducteur
Interrogée par Blick sur ce lien délicat, Céline Amaudruz minimise les faits: si elle admet que son mandat au sein du conseil d’administration lui permet d’avoir un aperçu concret du secteur agroalimentaire, elle assure qu'«aucune» de ses interventions «ne prévoit un avantage particulier ou spécifique pour la GMSA». Son intérêt ne se limiterait donc pas à une entreprise particulière, mais s’inscrirait dans une réflexion plus globale sur la sécurité alimentaire suisse.
Reste à déterminer comment accroître la production locale dans les secteurs où l’agriculture dispose encore d’un potentiel de développement. «Les légumineuses en sont un bon exemple», déclare la conseillère nationale à Blick. Selon elle, elles jouent un rôle central dans la rotation des cultures et la fertilité des sols, et pourtant, une grande partie d’entre elles sont encore importées.
Céline Amaudruz estime que lui reprocher de faire du lobbying serait «réducteur». «En Suisse, nous avons un parlement de milice», rappelle l'élue UDC. «Son principe repose justement sur le fait que les parlementaires gardent un ancrage dans leur vie professionnelle et au sein de la société civile. L'idée est qu'ils fassent remonter à Berne les difficultés auxquelles ils sont concrètement confrontés sur le terrain, qu’elles concernent les citoyens ou les entreprises.»
Tant que ces liens sont exposés en toute transparence, la députée genevoise n’y voit aucun problème. Elle souligne d’ailleurs avoir toujours déclaré son mandat au sein de GMSA.