En bref
- L'incendie survenu le 28 août dans l'entrepôt de recyclage Thévenaz-Leduc à Ecublens a été maîtrisé, et la situation est revenue à la normale dans la région lausannoise. Les habitants peuvent reprendre leurs activités quotidiennes sans précautions particulières, selon la commune de Chavannes-près-Renens.
- Les autorités recommandent de laver abondamment les fruits et légumes exposés à la fumée et déconseillent la consommation d'œufs provenant d'élevages où des suies sont visibles. Des analyses des sols sont en cours pour évaluer la présence éventuelle de dépôts toxiques.
- Les mesures de prévention étaient «habituelles» en cas de risque de pollution. Des niveaux élevés de particules fines ont en outre été relevés à Lausanne et Pully lors de l'incendie. Une batterie au lithium est évoquée comme possible cause du sinistre, mais cette hypothèse reste à confirmer. Les risques d'un incendie au lithium seraient toutefois minimes pour la population.
La commune de Chavannes-près-Renens (VD) rassure: suite à l'incendie survenu le vendredi 28 août dans l'entrepôt du site de recyclage Thévenaz-Leduc, à Ecublens, la situation est «revenue à la normale». Et ce, pour toute la région lausannoise, depuis ce dimanche. Les habitants peuvent donc reprendre leur vie sans angoisse, ouvrir leurs fenêtres et laisser de côté les masques FFP2 s'ils doivent quitter leur domicile. L'activité physique en extérieur n'est plus déconseillée, ainsi qu'en atteste le déroulement du triathlon de Lausanne, ce dimanche, incluant les courses reportées du samedi. Et, sans doute le signe le plus rassurant, l'odeur de fumée et de «pneu brûlé» s'est définitivement estompée depuis samedi après-midi.
La commune souligne toutefois que plusieurs recommandations restent en vigueur: «Par précaution, les fruits et légumes exposés aux fumées doivent être abondamment lavés avant consommation, peut-on lire. Ceux présentant des dépôts visibles de suie ou de cendres ne devraient pas être consommés.» Par ailleurs, «la consommation d'œufs provenant d'élevages privés est déconseillée lorsque des suies sont visibles dans l'environnement de l'élevage». La population est également invitée à contacter un médecin, en cas de symptômes physiques inhabituels ou persistants.
«Il est nécessaire de consulter, en cas d'irritation persistante de la gorge ou des yeux, de symptômes ou de difficultés respiratoires», conseillaient notamment les autorités, dans un communiqué publié samedi.
La cause de l'incendie n'a pas encore été identifiée
Mais quels étaient les risques potentiels de toute cette fumée, pour la population? Manifestement, la question inquiète, puisqu'une habitante d'Ecublens a adressé une pétition à la Municipalité, réclamant davantage d'explications concernant l'incendie et, notamment, «l'exposition des habitants aux fumées».
La réponse est toutefois complexe, puisque les matériaux spécifiques ayant brûlé lors de l'incendie n'ont pas encore été clairement identifiés, selon les informations actuellement disponibles. Ainsi que le précisait le colonel Florian Cuche, inspecteur cantonal défense incendie à l'Etablissement cantonal d'assurance (ECA), le feu a pris sur des déchets, des véhicules dépollués, des matériaux métalliques, des plastiques et des mousses. D'après «24 heures», le Canton procède actuellement à une analyse approfondie des sols, via des prélèvements, afin de vérifier la présence d'éventuels dépôts toxiques.
Notons qu'aucun symptôme ou incommodation n'a été annoncé auprès du médecin cantonal jusqu'à présent.
Particules fines et risques d'irritation
En l'absence de détails concernant les matériaux brûlés et l'origine de l'incendie, les consignes données aux habitants constituaient-elles surtout des mesures de protection générales? Oui, nous affirme le Dr Thierry Fumeaux, médecin cantonal: «Il s’agit d’un message de précaution, explique-t-il. Ces indications sont usuelles lorsqu’il y a un risque de pollution.» Une porte-parole de Tox Info Suisse nous confirme en effet qu'en l'absence de plus de précisions, «ces mesures de précaution sont justifiées».
On sait en revanche que les niveaux de particules fines enregistrés par les stations de Pully (VD) et de Lausanne étaient très élevés au moment de l'incendie. Et d'après l'OMS, les particules fines provoquées par les incendies, dont les feux de forêt par exemple, peuvent s'avérer très irritantes pour les yeux ou les voies respiratoires, jusqu'à provoquer des maux de tête, des crises d'asthme et des difficultés respiratoires, surtout chez les personnes vulnérables ou très exposées.
«Lorsque les incendies brûlent des structures et des matériaux manufacturés, d’autres produits chimiques viennent s’ajouter à la fumée, les cendres contenant des niveaux plus élevés de métaux traces toxiques, d’amiante et de HAP», poursuit l'OMS. Or, une fois de plus, dans le cas d'Ecublens, on ne sait pas encore précisément quels matériaux étaient impliqués.
L'hypothèse de la batterie au lithium
Il semble par ailleurs qu'une des causes possibles de l'incident n'est autre qu'une batterie au lithium. Auprès de l'ATS, le colonel Cuche a effectivement admis que, dans ce genre de situation, on pense immédiatement à ce type de matériel. Sans oublier que ce genre de lieu «est très exposé aux incendies» et que le site de Thévenaz-Leduc a déjà subi un sinistre en 2014.
L'ECA précise que ces batteries peuvent causer des incendies «spectaculaires et très difficiles à éteindre», souvent causés par des surcharges, un changement de température brutal ou un choc: «En cas d’incendie, les batteries dégagent une très forte chaleur, ainsi que des gaz très toxiques et irritants pour l’homme et l’environnement», pointe l'Etablissement cantonal d'assurance.
Une étude suédoise publiée en 2017 dans la revue «Nature» avait en outre démontré que les incendies de plusieurs types de batteries au lithium pouvaient produire des émissions élevées de fluorure d'hydrogène, lequel peut être hautement toxique et corrosif dans les espaces confinés. Plus récemment, en mai 2026, une recherche américaine financée par la NASA relevait que les batteries au lithium émettaient divers types de gaz toxiques et corrosifs, lorsque leur température s'élevait. Ces informations impliquent cependant des espaces confinés ou une proximité directe avec la batterie.
«Il n'y a pas de risque d'intoxication au lithium»
En ce qui concerne les incendies de batteries au lithium, Tox Info rassure: «Ils ne sont pas plus dangereux que les autres types d’incendies. Il n’y a pas de risque d’intoxication au lithium et les symptômes d’irritation causés par l’acide fluorhydrique restent généralement bénins.»
A noter que la piste de la batterie au lithium reste toujours une hypothèse, dans le cas d'Ecublens. En attendant le résultat des analyses réalisées par le canton et la suite de l'instruction pénale ouverte par le Ministère public, le médecin cantonal appelle au bon sens et au pragmatisme: dans les colonnes de «24 Heures», il encourageait la population à «ne pas se surinquiéter ou angoisser».