Réfractaires au changement
Pourquoi laissons-nous autant d'argent à la caisse-maladie?

Après une nouvelle hausse des primes, beaucoup envisagent de changer de caisse-maladie pour alléger la facture. Mais les assurés qui franchissent le pas restent bien moins nombreux que ceux qui annoncent leur intention de le faire. Qu’est-ce qui les retient?
1/6
Les assurés adultes pourraient économiser en moyenne un peu plus de 700 francs en changeant de caisse.
Photo: CHRISTIAN BEUTLER

En bref

  • Beaucoup d'assurés veulent changer de caisse, mais seuls 7,5% l'ont fait dernièrement
  • En moyenne, une économie annuelle de 702 francs serait possible
  • Les démarches, les dettes, les réductions et l'âge freinent les changements
20398918 AuthorPlaceholder.png
Martin Schmidt

Les assurés qui souhaitent changer de caisse-maladie ont jusqu’à fin novembre pour entreprendre les démarches. Selon une analyse du cabinet de conseil Deloitte, un adulte peut économiser en moyenne 702 francs par an. Dans certains cas, le gain est nettement plus élevé.

Pourtant, beaucoup ne profitent pas de ces économies potentielles. Dans les sondages, entre 25 et 33% des assurés envisagent généralement de changer de caisse. La proportion de ceux qui le font reste bien inférieure. L’année dernière, seuls 7,5% ont quitté leur assureur. De quoi valoir aux Suissesses et aux Suisses une réputation de réfractaires au changement.

Renoncer au changement

L’explosion des primes de ces dernières années a fait grimper la proportion d’assurés qui changent de caisse à des niveaux compris entre 7 et 10%. Mais la hausse reste moins forte que prévu.

L’économiste de la santé Stefan Felder explique à Blick pourquoi les intentions exprimées dans les sondages ne se concrétisent pas toujours. «Entre le moment où l’on annonce son intention et le changement effectif, un certain temps s’écoule. L’assuré peut alors mieux évaluer sa situation.»

Certains renoncent face aux démarches et aux vérifications nécessaires. D’autres constatent que l’écart de prime est finalement moins important qu’ils ne le pensaient. Stefan Felder rappelle aussi qu’il est possible de faire des économies sans quitter sa caisse. L’année dernière, 7% des assurés ont ainsi modifié leur modèle d’assurance ou leur franchise.

Le rôle du revenu

Selon l’étude de Deloitte, les primes suscitent des inquiétudes financières chez plus d’une personne sur deux. Pourtant, les assurés aux revenus les plus faibles sont ceux qui changent le moins souvent de caisse. Les dettes peuvent notamment les en empêcher. La proportion de ménages avec des primes impayées augmente et atteignait 7,3% lors de la dernière enquête.

Les subsides jouent également un rôle. «Lorsque les réductions de primes couvrent la totalité du montant, ce qui arrive assez souvent, il n’y a aucune raison de changer», explique Stefan Felder.

Les ménages modestes sont aussi plus souvent assurés selon le modèle standard, plus cher, avec la franchise minimale de 300 francs. «Ils redoutent le risque financier lié à une franchise plus élevée», souligne l’économiste. Or, à franchise minimale égale, les écarts de prix entre les caisses offrent un potentiel d’économies nettement plus limité.

Les ménages de la classe moyenne sont les plus enclins à changer. Ils subissent souvent de plein fouet la hausse des primes et ont davantage de facilité à effectuer les démarches administratives. Les personnes aux revenus élevés, elles, cherchent plus souvent à réduire leurs dépenses au sein de leur caisse, par exemple en augmentant leur franchise.

Un seuil minimal

Une hausse de quelques francs par mois suffit rarement à pousser un assuré à entreprendre les démarches. «Mais à 20 francs par mois, soit 240 francs par an, on commence à y réfléchir», estime Stefan Felder.

Pour les adultes, l’augmentation moyenne prévue l’année prochaine dépasse ce montant. Les chiffres de la Suisse romande et du Tessin, où les primes figurent parmi les plus élevées du pays, confirment que la pression financière incite davantage les assurés à changer de caisse.

Les économies les plus importantes se font généralement lors du premier changement. Pour les suivants, le gain moyen atteint environ 320 francs par an, selon le rapport d’Axa sur les changements de caisse. Les écarts restent toutefois considérables selon la région de primes et l’assureur.

L'âge, un facteur central

L’âge joue lui aussi un rôle majeur. Selon une analyse de l’Office fédéral de la santé publique publiée en septembre 2026, les assurés de 26 à 40 ans changent le plus souvent de caisse. Chez les personnes au début ou au milieu de la trentaine, environ une sur huit franchit le pas. Cette proportion diminue ensuite progressivement. A partir de 70 ans, les changements deviennent très rares.

«Les maladies chroniques peuvent l’expliquer. L’habitude joue aussi un rôle important. Plus on reste longtemps auprès d’un assureur, plus il faut de raisons de le quitter», explique Stefan Felder. Avec l’âge, les assurés sont aussi généralement moins disposés à prendre des risques. Les démarches administratives constituent un frein supplémentaire.

Le prix ne fait pas tout

Selon le Swiss Insurance Monitor 2026, la moitié des assurés n’envisage même pas de changer de caisse-maladie. Ces dernières années, de plus en plus de personnes ont choisi un modèle d’assurance alternatif moins cher, comme Telmed. Ces modèles représentent désormais près de 80% des contrats. Les franchises minimale et maximale sont, quant à elles, presque aussi répandues l’une que l’autre. Certains assurés ne ressentent donc pas une pression financière suffisante pour chercher d’autres économies.

D’autres préfèrent conserver leur assurance de base et leur complémentaire auprès de la même caisse. Selon Stefan Felder, cela limite le risque de se retrouver avec une facture à payer lorsque les deux assureurs se renvoient la responsabilité de sa prise en charge.

Enfin, les assurés satisfaits du service de leur caisse hésitent davantage à la quitter pour un assureur dont les prestations administratives pourraient être moins bonnes.

Articles les plus lus