Votation du 27 septembre
Nos voisins l'affirment: la neutralité suisse est foutue

Ils sont experts en géopolitique, diplomates, ou universitaires. En France, en Allemagne ou au Royaume-Uni, ils ne croient plus la Suisse capable d'assumer une neutralité stricte. Le prix à payer, sur tous les plans, serait trop onéreux pour la Confédération.
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La neutralité suisse fera l'objet d'une votation populaire ce dimanche 27 septembre.
Photo: AFP

En bref

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  • Une analyse de l'université de Zurich, publiée en juillet 2026, affirme que la neutralité suisse a perdu de sa valeur dans le contexte géopolitique actuel.
  • Des critiques européennes émergent, accusant la Suisse de profiter de la sécurité collective sans contribuer à la défense. Les blocages sur les réexportations d'armes, notamment vers l'Ukraine, ont accentué une « crise de confiance » envers Berne sur la scène internationale
  • Même si 85 % des Suisses favorables au maintien de la neutralité, sa fonction sécuritaire est de plus en plus remise en question.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ames helvétiques sensibles, ne lisez pas cet article! Surtout si vous avez l’intention, ce dimanche 27 septembre, de voter «oui» à l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse». Pourquoi? Parce qu’à l’étranger, et notamment chez nos voisins et partenaires européens, aucun expert, ou presque, ne juge la Confédération version 2026 capable de défendre une telle posture de neutralité stricte. Laquelle supposerait, par exemple, de renoncer à la mise en œuvre des sanctions européennes contre la Russie, adoptées par le Conseil fédéral quelques jours après l’agression de Moscou contre l’Ukraine, le 24 février 2022.

Attention: sur le plan politique, les soutiens européens à la neutralité suisse existent. Ils sont même nombreux du côté des partis nationaux-populistes et souverainistes. Mais dès que l’on aborde les cercles de réflexion spécialisés, le ton change. Un bon baromètre de ce scepticisme est l’European Council on Foreign Relations (ECFR), un influent think tank géopolitique. Pour cet institut, la Suisse profite de la sécurité européenne sans participer pleinement à sa défense. L’ECFR rappelle que, depuis l’agression russe contre l’Ukraine, les menaces européennes sont devenues de plus en plus interdépendantes et «ne s’arrêtent pas aux frontières, même montagneuses».

Défendre la neutralité

Alors, comment défendre la neutralité helvétique? «Une révision s’impose et le pragmatisme actuel du gouvernement suisse traduit bien cette évolution», juge François Heisbourg, qui présida longtemps le Centre de politique et de sécurité de Genève. Auteur du livre «L’Europe face aux prédateurs» (Ed. Odile Jacob), cet expert reconnu des questions stratégiques estime qu’une neutralité stricte risquerait de mettre la Suisse au ban de l’Europe. «Si le sol helvétique s’ouvre à des oligarques ou à des hackers recherchés ailleurs sur le continent européen, la collision est programmée», nous expliquait-il en mars dernier lors du Forum de Paris pour la défense et la stratégie.

Même son de cloche auprès des conseillers de la fameuse Conférence de Munich sur la sécurité qui, chaque année en février, réunit le gotha militaire et diplomatique mondial. «Prenez l’exemple du secret bancaire, lâche une diplomate qui a ses habitudes au Bayerischer Hof, l’hôtel munichois où se déroule la conférence. La Suisse neutre a-t-elle eu les moyens de le préserver face aux menaces américaines sur les banques helvétiques? La neutralité n’exclut pas le réalisme.»

Un avis partagé par le Center for Security Studies de l’Ecole polytechnique de Zurich. Dans l’un de ses Policy Briefs de juillet 2026, on peut lire: «La valeur de la neutralité a diminué dans le paysage géopolitique actuel. Plus les lignes de conflit se sont éloignées des frontières suisses, plus sa fonction protectrice s’est affaiblie.» Et d’ajouter: «A la différence du passé, la neutralité est aujourd’hui à peine perçue comme étant dans l’intérêt de l’Europe.»

Tensions ravivées sur l’Ukraine

Le cas de l’Ukraine en guerre contre la Russie a bien sûr ravivé les tensions autour de la neutralité helvétique, notamment à propos des exportations d’armes fabriquées en Suisse. Résultat: quatre instituts européens se sont récemment penchés sur la neutralité helvétique et ses conséquences.

Le premier, déjà cité, est l’ECFR, selon lequel «la Suisse est entourée d’Etats de l’UE et/ou de l’OTAN (l’Alliance atlantique dont la Confédération ne fait pas partie) et bénéficie donc d’un environnement sécuritaire façonné par ses voisins sans disposer elle-même de garanties de défense collective». Ce qui la fragilise: «La pression créée par l’Ukraine, les exportations d’armes et le rapprochement militaire avec l’OTAN sont des réalités incontournables», poursuit le document.

Second rapport: celui de l’IISS, l’Institut stratégique de Londres, intitulé: «Comment la Russie rapproche la Suisse de l’OTAN». «La preuve est faite que l’invasion russe de l’Ukraine a poussé Berne vers des formes de coopération qui auraient paru difficilement imaginables auparavant: notamment l’European Sky Shield Initiative (le bouclier antiaérien européen), l’acquisition de missiles Patriot et d’avions F-35 américains», estiment les experts britanniques.

La sécurité collective européenne

Une troisième étude de l’Ifri, l’Institut français des relations internationales, estime que «le nouveau paradigme de la sécurité européenne, avec la recrudescence des attaques hybrides, rend plus difficilement acceptable par les voisins de la Suisse l’idée d’une sécurité nationale conçue indépendamment de la sécurité collective européenne».

Le rapport le plus révélateur de l’avis des Européens est toutefois celui que vient de publier le NISS, l’institut stratégique d’Ukraine. Son titre en anglais? «Switzerland’s Policy of Neutrality. Challenges in the Context of Russian Aggression Against Ukraine» («La politique de neutralité de la Suisse: les défis dans le contexte de l’agression russe contre l’Ukraine», 7 avril 2026). Le document reconnaît les avantages historiques de la neutralité – sécurité, médiation, stabilité – tout en considérant que la guerre russo-ukrainienne exerce désormais une pression croissante. Pour le NISS, pas de doute possible: la sécurité de la Suisse dépend dans une large mesure de l’Europe.

En cas d’attaque d’un pays de l’OTAN…

Lorsque la Suisse avait bloqué plusieurs demandes de réexportation de munitions vers l’Ukraine, notamment de la part de l’Allemagne, du Danemark et de l’Espagne, l’ex-présidente de la commission de la défense du Bundestag allemand, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, avait lâché: «Que se passerait-il si un pays membre de l’OTAN était attaqué et que des munitions fabriquées en Suisse ne pouvaient être livrées en raison de cette neutralité?»

La réponse à cette question vient d’être formulée par le journaliste Luc de Barochez dans un éditorial de l’hebdomadaire français L’Express: «Neutralité diplomatique et prouesses économiques ont longtemps permis aux Suisses de regarder avec une prudente distance les bouleversements géopolitiques autour d’eux», assène-t-il. Avant de conclure: «C’est fini.». Vraiment?

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