Un collectif de 25 avocats suisses, réuni sous le nom Stop Complicity, remet frontalement en cause la position de la Suisse face au conflit à Gaza. Ce mardi 3 février, le groupe a annoncé avoir saisi le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre du conseiller fédéral Ignazio Cassis, évoquant une possible complicité de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide.
Selon ces juristes, la Suisse aurait manqué à ses obligations découlant du droit international. Ils reprochent notamment aux autorités fédérales de ne pas avoir suspendu leur coopération avec Israël ni pris de mesures concrètes, malgré les alertes répétées des Nations unies et d’organisations de défense des droits humains.
Parmi les membres du collectif figure l’avocate vaudoise Irène Wettstein. Déjà engagée sur le terrain judiciaire en cofondant l’association Avocat·es pour le climat, elle se mobilise à nouveau pour dénoncer ce qu’elle qualifie de «faille à un devoir fondamental». Interview.
Irène Wettstein, avec le collectif d'avocats suisses Stop Complicity que dénoncez-vous en particulier?
Nous dénonçons le fait qu'Ignazio Cassis ne veille pas à respecter – et faire respecter – le droit international et droit humanitaire. Il y a un aspect de symbole, car la Suisse est dépositaire des Conventions de Genève. Et c'est inadmissible qu'elles ne soient pas respectées par notre pays. C’est cette impunité que nous ne voulons pas voir prospérer. Il y a un moment où on dit: «Stop!»
Pensez-vous que la dénonciation que vous avez faite auprès du procureur de la CPI a des chances d'aboutir, et qu'Ignazio Cassis pourrait finir condamné?
Les faits sont là, oui. Cela prendra du temps, parce que la justice prend son temps. Il a fallu plusieurs années pour faire condamner les coupables que l'on croyait au début innocents. C'est d'ailleurs aussi pour cela que nous voulons un soutien populaire. La pression permettra d'être plus rapide pour faire changer cette politique.
Vous accusez Ignazio Cassis de complicité de crimes internationaux. Que risque le conseiller fédéral?
Il risque une condamnation et une peine. On parle quand même de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide. C'est grave. Il y a une coopération commerciale et militaire de la Suisse avec Israël. Aucune condamnation. Il y en a eu, à juste titre, contre le Hamas. C'est un poids deux mesures et c'est inadmissible.
En mai 2025, le Ministère public de la Confédération a été saisi d'une dénonciation pénale contre plusieurs membres actuels du Conseil fédéral. Pourquoi Stop Complicity ne vise qu'Ignazio Cassis?
Pour nous, c'est le premier sur la liste. La charge, maintenant, repose sur le procureur de la CPI afin de mener une enquête et inculper toutes les personnes qu'il jugera utiles.
Et justement, qu'avez-vous transmis au Procureur de la CPI?
Ce que nous transmettons au Procureur, c'est juste une communication. Nous nous référons à des rapports qui existent. Avec Stop Complicity, nous n'avons rien inventé. A titre d’exemple, les exportations de matériel à double usage, donc aussi à des fins militaires, est passé de 16,7 millions de francs en 2024, à plus de 25 millions de francs en 2025. Un chiffre record sur les 10 dernières années. Le volume commercial avec Israël reste très élevé, plus d’un 1,5 milliard.