En bref
- Les Suisses dépensent en moyenne 119 francs par an en produits labellisés Fairtrade Max Havelaar, un record mondial selon le dernier rapport de l’organisation. Ces produits, promettent des conditions plus équitables pour les producteurs et sont largement disponibles dans les supermarchés suisses comme Coop et Migros.
- Le label Fairtrade assure un prix minimum et une prime redistribuée démocratiquement par les coopératives pour financer des projets locaux, comme des ponts ou des cliniques. Cependant, le cheminement précis des fonds reste difficile à tracer.
- D’après Fairtrade Max Havelaar, 80 à 90% des Européens connaissent le label contre 40 à 50% en Amérique du Nord.
- Malgré certaines critiques sur la surveillance insuffisante du travail des enfants, l’organisation continue de promouvoir des mécanismes pour détecter ces abus.
Ne soyons pas naïfs. Aucun label, même le plus prestigieux, ne saurait endiguer totalement les injustices, la précarité et les dangers que subissent toujours les producteurs de café, de cacao ou encore de bananes. Mais certaines certifications promettent quand même de faire une différence, à laquelle les consommateurs suisses semblent être particulièrement sensibles.
En effet, d'année en année, les Helvètes restent fidèlement les premiers clients de produits Fairtraide Max Havelaar au monde, avec une consommation annuelle par habitant de 119 francs en moyenne, selon le dernier Rapport publié par l'organisation. Un montant qu'aucun autre pays n'égale. «Au total, les consommateurs suisses ont acheté pour 1,075 milliard de francs de produits Fairtrade, ce qui correspond à une hausse du chiffre d'affaires de 6,3% par rapport à l’année précédente, précise le rapport. Ils ont généré 14,7 millions de dollars américains en primes Fairtrade.»
Mais les Suisses savent-ils réellement ce que signifie ce petit symbole bleu et vert estampillé sur leur paquet de café ou collé sur leur main de bananes? Oui, estime Fabian Waldmeier, CEO de Fairtrade Max Havelaar et basé à Zurich. «Nos études de consommation démontrent clairement que les clients suisses connaissent le label et l'associent à de meilleures conditions pour les agriculteurs, affirme-t-il. Si la plupart ne connaissent pas tous les détails techniques qu'il implique, la compréhension globale est plutôt bonne.»
C'est quoi, le label Fairtrade?
Pour rappel, cette certification assure le respect d'un prix minimum et promet, via cette marge, d'améliorer le quotidien des producteurs. Ainsi que le souligne notre interlocuteur, elle garantit aussi une prime («Fairtraide premium») que les personnes concernées peuvent utiliser à leur guise, selon leurs besoins.
«Cette somme est directement versée à des coopératives d'agriculteurs et travailleurs, qui choisissent son utilisation de manière démocratique et autonome, poursuit Fabian Waldmeier. Elle est souvent partagée entre l'accompagnement agronomique des producteurs, des infrastructures utiles pour la coopérative ou des projets communautaires, comme des écoles ou des bâtiments médicaux.» D'après un récent communiqué de l'organisation, le montant de ces primes aurait atteint plus d'un milliard d'euros durant les cinq dernières années.
Difficile, toutefois, de suivre le cheminement exact de notre argent, du magasin au producteur... Comment, ainsi, se faire une idée de l'impact réel de cette marge? En réponse, notre intervenant cite plusieurs exemples l'ayant, dit-il, profondément marqué: «La première fois que j'ai visité une coopérative Fairtrade en Ethiopie, ses membres m'ont expliqué que la prime leur avait servi à construire un pont rendant accessible une station de lavage des cerises de café. Les agriculteurs de l'autre côté de la vallée pouvaient ainsi s'y rendre, eux aussi, pour l'utiliser.» Fabian Waldmeier cite par ailleurs la construction d'une maternité, au Kenya, dans un site largement dédié aux plantations de fleurs: «Ce n'est pas à nous, en Suisse, de déterminer ce dont les personnes sur le terrain ont besoin», affirme-t-il.
En ce qui concerne les normes sociales, il n'est malheureusement pas possible, en faisant ses courses, de s'assurer avec certitude qu'une barre de chocolat n'ait impliqué la moindre exploitation de mineurs. C'est d'ailleurs ce que reconnaît l'organisation Fairtrade Max Havelaar dans un communiqué, déplorant que 160 millions d'enfants sont actuellement concernés, dans le monde.
De nombreuses critiques ont fusé, au fil des années, affirmant qu'une forme de «laisser-faire» et de négligence empêchait ce genre de label de monitorer réellement les abus, laissant de nombreuses situations catastrophiques leur échapper. «Si Fairtrade découvre que ses consignes anti-travail d'enfant n'ont pas été respectées, des actions sont immédiatement entreprises pour protéger les enfants concernés, en collaboration avec des organisations spécialisées», peut-on lire.
Car à défaut d'assurer le respect constant des règles, ce type de certification assure au moins une certaine forme de surveillance: Monika Firl, responsable senior de la filière café chez Fairtrade, précisait auprès de la RTS que le label garantit «des mécanismes de détection du travail des enfants».
En ce qui concerne les normes sociales, il n'est malheureusement pas possible, en faisant ses courses, de s'assurer avec certitude qu'une barre de chocolat n'ait impliqué la moindre exploitation de mineurs. C'est d'ailleurs ce que reconnaît l'organisation Fairtrade Max Havelaar dans un communiqué, déplorant que 160 millions d'enfants sont actuellement concernés, dans le monde.
De nombreuses critiques ont fusé, au fil des années, affirmant qu'une forme de «laisser-faire» et de négligence empêchait ce genre de label de monitorer réellement les abus, laissant de nombreuses situations catastrophiques leur échapper. «Si Fairtrade découvre que ses consignes anti-travail d'enfant n'ont pas été respectées, des actions sont immédiatement entreprises pour protéger les enfants concernés, en collaboration avec des organisations spécialisées», peut-on lire.
Car à défaut d'assurer le respect constant des règles, ce type de certification assure au moins une certaine forme de surveillance: Monika Firl, responsable senior de la filière café chez Fairtrade, précisait auprès de la RTS que le label garantit «des mécanismes de détection du travail des enfants».
Pourquoi les Suisses achètent-ils autant de Fairtrade?
Or, puisque le CEO de Fairtrade Max Havelaar admet que la plupart des consommateurs ne connaissent pas toutes les technicalités de ce label, on peut se demander si l'attirance des Suisses pour ces produits s'explique simplement par une certaine aisance financière. En d'autres termes, les Suisses achètent-ils davantage de Fairtrade parce qu'ils peuvent se le permettre?
«Pas seulement, répond Fabian Waldmeier. Le pouvoir d'achat est certes relativement élevé, ce qui joue évidemment un rôle. Mais le niveau de familiarité avec le label est très bon, dans la mesure où les 3700 produits Fairtrade actuellement vendus en Suisse se sont invités, très rapidement, dans les rayons des géants alimentaires nationaux, tels que Coop et Migros. Ils sont visibles dans tous les principaux magasins du pays, avec une gamme de prix très large, ce qui rend les choix durables plus faciles.»
Alors, si ce n'est le pouvoir d'achat, quelle est la différence entre la Suisse et les pays beaucoup moins friands de produits Fairtrade, comme l'Amérique du Nord et le Canada? «La connaissance du label y est bien moins importante, oscillant entre 40 et 50%, contre 80 à 90% en Europe, pointe Fabian Waldmeier. La présence des produits Fairtrade dans le commerce y est également moindre, ce qui rend ces aliments beaucoup moins accessibles.» Un cercle vicieux donc, puisque le regard du consommateur peu sensibilisé tombe bien moins souvent sur le label, lorsqu'il fait ses courses.
Fairtrade et Bio, ce n'est pas pareil…
Reste que, même en Suisse, la confusion peut régner entre deux labels, dans la mesure où certaines personnes confondent typiquement le Fairtrade et le Bio. Alors que ce n'est pas la même chose. «Oui, cela existe toujours, confirme Fabian Waldmeier. Un produit possédant le label Fairtrade n'est pas bio, par définition, mais certaines règles doivent quand même être appliquées: nous avons par exemple une liste rouge des pesticides interdits, une liste orange des produits chimiques à réduire au maximum, ainsi que des consignes strictes concernant la gestion des sols.» De leur côté, les aliments bio doivent respecter les consignes de la fameuse ordonnance sur l'agriculture biologique, dont le fait de renoncer totalement aux ingrédients et produits chimiques de synthèse, ainsi qu'aux OGM.
Alors, que dire aux consommateurs qui souhaitent faire de bons choix, mais ne savent pas comment s'y prendre ou ne peuvent acheter systématiquement des produits Fairtrade? «Les achats sont souvent faits en vitesse, de manière inconsciente ou machinale, observe Fabian Waldmeier. Je ne dis pas qu'il faut devenir maniaque et retourner chaque packaging qu'on saisit dans un rayon pour analyser sa provenance... mais plus on prend l'habitude de réfléchir à l'impact potentiel de ce qu'on achète, plus on pourra faire une différence, même minime.»