L'architecte Christian Constantin et Nicolas Voide, l'ex-président du Grand Conseil valaisan, ont comparu devant la justice mercredi à Martigny (VS). Le Tribunal a renvoyé leur affaire et demandé une nouvelle expertise judiciaire dans le cadre du rachat de la villa de l'entrepreneur local René Grand.
Ce rachat par la société Christian Constantin SA pour 975'000 francs, un prix correspondant à la reprise de l’hypothèque, pose problème, selon le Ministère public (MP). Une pratique qui vaut au président du FC Sion d’être poursuivi pour diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers, tout comme son notaire, l'ex-candidat au Conseil d'Etat Nicolas Voide, qui ne pouvait ignorer qu'il portait atteinte aux intérêts des créanciers. En clair, Christian Constantin aurait fait une trop bonne affaire. Au début de l'audience, les divers avocats ont tous déposé des demandes préjudicielles. Plusieurs ont été acceptées par la Cour après une 1h45 de réflexion.
Trouver un nouvel expert neutre
La dizaine de contre-expertises présentées par les avocats de Christian Constantin et de Nicolas Voide, acceptées comme pièces à la procédure par le Tribunal, estiment toutes que le prix de vente devait se situer, en 2019, entre 890'000 et 979'000 francs. Les calculs effectués par des architectes, des agences immobilières et des taxateurs sont bien différents des chiffres articulés par le MP dans son acte d'accusation, soit 1'470'000 francs.
Devant l'importante différence des expertises réalisées, la Cour a choisi de commander une nouvelle expertise judiciaire, afin de trancher définitivement la question. Celle-ci sera directement gérée par le Tribunal d'arrondissement de Martigny et St-Maurice, et non par le MP. «Désormais, il faudra trouver un expert impartial et neutre», a relevé la procureure Cindy Kämpf au terme de l'audience. «Un collège d'une cinquantaine d'experts suisses agréés en architecture existe.»
«Un choix du coeur»
«Pour ma part, j'ai l'impression de n'avoir pas bien été traité par la procureure. Durant la procédure, celle-ci n'a pas écouté mes explications», a estimé, au terme des débats, Christian Constantin, jugé pour la première fois de sa vie au pénal. «Je reste convaincu d'avoir payé 10% de trop pour cet achat. Avec les actes, j'ai déboursé environ 1'010'000 francs.»
L'Octodurien est également accusé par le MP d'avoir choisi de loger gratuitement René Grand dans son ancienne villa, après son rachat en 2019. «Un choix du coeur en faveur d'une personne âgée, on ne peut tout de même pas me le reprocher», a souligné le président du FC Sion. Le procès de Christian Constantin et de son notaire se déroulera à Martigny, à une date encore à définir.
Cause disjointe
Le Tribunal de première instance a également choisi de disjoindre les deux volets de l'affaire, soit: la faillite de l'entreprise de gypserie-peinture et plâtrerie de René Grand de celui lié au rachat de sa villa. Concernant la faillite, l'ancien président du HC Martigny (de 1984 à 1999) doit répondre de cotisations sociales impayées à hauteur de 2,73 millions de francs, dont 2,39 millions dus à la caisse de compensation valaisanne. Somme à laquelle il faut ajouter environ 800'000 francs de salaires, selon l'avocat de la masse en faillite Gonzague Vouilloz.
Un membre de la famille de René Grand est également jugé, son entreprise ayant perçu gratuitement 80'000 francs de matériel de la société de son parent, ainsi que la possibilité de profiter d'un entrepôt loué par cette dernière pour environ 20'000 francs.