Les vandales en seraient responsables
Les CFF suspendent les paiements en espèces sur des centaines de distributeurs automatiques

Depuis le mois de mai, les fentes destinées aux espèces sont bloquées sur de nombreux distributeurs automatiques de billets. Les CFF justifient cette mesure par «une recrudescence des cas d'effraction» sur ces appareils. Une mesure qui peine à passer.
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Les paiements en espèces ne sont pas possibles; la fente pour les pièces et le compartiment à billets sont bloqués.
Photo: Nathalie Benn
Michael Hotz

Les transports publics suisses tournent le dos à l'argent liquide. Depuis cet été, les CFF testent des distributeurs de billets entièrement sans cash dans les gares de Baden (AG), Brugg (AG), Fribourg, Olten (SO) et Turgi (AG). Dans ces gares, le paiement en pièces et en billets n’est désormais possible que sur un seul appareil. Parallèlement, les chemins de fer fédéraux bloquent depuis mai le paiement en espèces sur de nombreux automates existants, rapporte le magazine «K-Tipp».

Concrètement, la fente à pièces et le lecteur de billets sont bloqués sur ces appareils. Le billet ne peut être payé qu’avec une carte ou un téléphone portable. «Passage temporaire au paiement sans espèces», peut-on lire sur des affiches collées sur les distributeurs. Interrogés par «K-Tipp», des guichetiers des CFF ont évoqué des «centaines» de distributeurs de billets bloqués.

Selon les révélations du magazine, toutes les gares des lignes Winterthour–Schaffhouse et Bülach–Schaffhouse sont touchées, ainsi que 34 automates de la compagnie Aare Seeland Mobil entre Soleure et Langenthal (BE). Contacté par Blick, le service de presse des CFF tempère et évoque plutôt «près d'une centaine» de machines concernées.

Les CFF invoquent des actes de vandalisme

Comment les chemins de fer fédéraux expliquent-ils le blocage des espèces sur un si grand nombre d’appareils? «Nous constatons actuellement une recrudescence des cas d'effraction sur les distributeurs de billets», indique une porte-parole des CFF, interrogée par Blick. Et d’ajouter: «Plusieurs appareils ont été tellement endommagés qu’ils ont dû être remplacés. Sur d’autres appareils, l’acceptation des espèces a été désactivée à titre préventif.»

A ce jour, le blocage des paiements en espèces n’a été levé sur aucun distributeur. Aare Seeland Mobil, en revanche, prévoit de réautoriser les pièces et les billets sur tous ses distributeurs de billets à partir du 1er octobre.

Les CFF précisent, en outre, que des informations sur ces restrictions de paiement sont affichées directement sur les distributeurs. «Les clients qui souhaitent payer en espèces peuvent se procurer une carte prépayée transférable dans un centre de voyage CFF et la recharger en espèces», conseille la porte-parole.

La disparition totale des distributeurs prévue d'ici 2035?

Face au recul constant des paiements en espèces en Suisse, les entreprises de transports publics se tournent de plus en plus vers les solutions numériques, en misant massivement sur leurs applications mobiles. Aujourd'hui, quatre billets sur cinq sont achetés sous format dématérialisé. C'est dans ce contexte que l'Alliance Swisspass, l'organisation faîtière de la branche, envisagerait de supprimer définitivement le cash et les tickets papier d'ici fin 2029, comme l'a récemment affirmé «K-Tipp» en s'appuyant sur des procès-verbaux internes.

Interrogée par Blick, l'Alliance Swisspass a toutefois fermement démenti toute volonté de bannir les espèces et les billets physiques. «La branche des transports publics n'a pris aucune décision exigeant le déploiement national de certains types d'automates d'ici deux à trois ans», assurait son porte-parole, Philipp Bosshard, au début du mois.

Face à ces débats, la Confédération est montée au créneau à la mi-juillet. L'Office fédéral des transports (OFT) a adressé une missive aux entreprises du secteur, les sommant de garantir le maintien d'une billetterie analogique et anonyme. «L’OFT attend en outre de toutes les entreprises de transport qu’elles proposent des solutions alternatives aux personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas acheter leur titre de transport par voie numérique», peut-on y lire.

Une retraitée grisonne mène la fronde pour sauver le liquide

Les Chemins de fer Berne-Lötschberg-Simplon (BLS) ont franchi le premier pas vers des distributeurs automatiques de billets sans espèces en octobre 2025. Dans le canton de Berne, les navetteurs ne peuvent désormais payer leur titre de transport qu’avec une carte ou un téléphone portable. Les distributeurs automatiques de la BLS dans le canton de Lucerne acceptent encore les espèces, mais uniquement les pièces. Ces appareils ne disposent pas de fente pour les billets, ce qui a suscité l’incompréhension du président de l’association des usagers de Suisse centrale. A Schaffhouse également, le nouveau système de paiement sans espèces dans les bus suscite des mécontentements.

Cependant, c'est dans le canton des Grisons que la disparition progressive des espèces cristallise les plus vives tensions, déclenchant une véritable fronde et des interventions politiques. Depuis décembre dernier, les chauffeurs des cars postaux grisons ne vendent plus de titres de transport à bord. L'achat se fait exclusivement au format numérique, notamment via de petits terminaux installés dans les véhicules.

Berta Caminada, 78 ans, retraitée de Bonaduz (GR), a alors lancé une pétition intitulée «NON aux cars postaux sans espèces!». En quelques jours, 8078 signatures ont été recueillies. Le canton a toutefois rejeté le retour des paiements en espèces dans les «Poschti».

Loin de se décourager, Berta Caminada est devenue la figure de proue de cette rébellion monétaire. Lundi, elle a franchi une nouvelle étape en remettant à la Chancellerie d'Etat des Grisons son initiative populaire cantonale pour le «Paiement en espèces pour les services publics (initiative anti-discrimination)», forte d'un nombre record de 15'781 signatures.

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