«Ma décision est mûrement réfléchie.» Céline Amaudruz a annoncé briguer le siège de Guy Parmelin au Conseil fédéral, jeudi 15 octobre, dans un hôtel genevois proche de la gare.
La conseillère nationale est la première candidate déclarée de l’UDC, bien décidée à conserver ce fauteuil au gouvernement. Le parti désignera officiellement son ticket le 20 novembre, en vue de l’élection du 9 décembre par l’Assemblée fédérale. D’ici là, épaulée par la section genevoise, Céline Amaudruz compte «batailler» (selon ses propres termes) pour convaincre les Alémaniques qu’elle a l’étoffe du rôle, et surtout pour que ce siège UDC reste en mains romandes. Blick s’est entretenu avec elle.
Céline Amaudruz, être la première à vous lancer, c’est un soulagement, mais peut-être aussi une pression. Pourquoi annoncer votre candidature maintenant?
Il n’y a aucun calcul derrière cette annonce. On se lance quand on est prête et quand le moment est adéquat, aussi bien pour moi, à titre privé, que pour ma famille, mon employeur et mon parti. J’ai appris la démission de Guy Parmelin quelques heures seulement avant qu’il ne l’annonce, je ne m’y attendais pas du tout. Comme j’ai commencé une nouvelle activité professionnelle le 1er octobre, il m’a fallu un petit temps de réflexion pour savoir si c’était le moment propice. J’ai finalement considéré que c’était une occasion unique, pour moi comme pour la Suisse romande. Après mûre réflexion, j’ai donc décidé de me lancer.
Vous êtes assez éloignée de l’image agrarienne du parti, ce qui pourrait vous desservir. Comment comptez-vous convaincre cette frange-là du parti?
Ce qui est intéressant, c’est que, dans notre diversité, nous défendons les mêmes causes. J’aimerais aussi rappeler que je préside un groupe coté en bourse, deuxième producteur de céréales de Suisse. J’ai donc une sensibilité assez forte pour le monde agricole. Et je pense que mon président genevois ne manquera pas de me le rappeler si je dévie.
Que répondez-vous à ceux qui disent que Céline Amaudruz «se PLRise»?
C’est une question très intéressante, parce que je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de PLR aussi clairs sur l’Europe, l’immigration et les frontières, qui sont des thèmes dans l’ADN de l’UDC. On a pu le voir dans le débat sur la neutralité, où je me suis engagée…
Et sur la fiscalité?
Sur la fiscalité, l’UDC et le PLR sont assez proches. Si vous faites référence à l’imposition individuelle, ce que je défends, moi, c’est le pouvoir d’achat de la population. Aujourd’hui, tout le monde admet qu’il existe une inégalité: un couple marié paie plus d’impôts que s’il ne l’était pas. Toute solution qui permet de diminuer les impôts des couples mariés doit avoir mon soutien.
Le lieu de cette conférence de presse n’est pas anodin, nous sommes à côté de la gare Cornavin, et vous avez insisté sur l’importance du rail pour la Suisse romande. Comment allez-vous séduire les Alémaniques avec ces arguments?
Au final, on est aussi candidate pour son pays. On ne fait pas seulement campagne pour plaire à son parti, même s’il est important que ses membres me connaissent. Ce qui m’importe aujourd’hui, c’est de servir le pays, les Suissesses et les Suisses. Et je rappelle que, même si on parle tout le temps de Genferei, Genève est le premier canton contributeur (de la péréquation financière, ndlr) et le deuxième poumon économique de la Suisse. Je pense que toute la Berne fédérale se réjouit d’avoir un canton comme Genève. J’apporterai évidemment une touche romande, et je pense que c’est un atout. Il est donc normal que je tienne ma conférence de presse dans ce canton. Je défendrai bien sûr les intérêts de la Suisse, mais je porterai aussi les enjeux de Genève.
Tout à l’heure, on vous a entendue buter sur le terme «cohésion nationale» en allemand. D’autres candidats romands potentiels, comme Nicolas Kolly, parlent mieux allemand que vous. Cela peut-il vous desservir?
(Rires) Oulala! Peut-être qu’il parle un peu mieux allemand que moi, mais je ne fais pas un concours. Peut-être que je parle mieux anglais que lui. Selon le département, ce qui compte aujourd’hui, c’est de pouvoir comprendre. Je suis capable de faire des discours en allemand, donc ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe.
Quelle relation entretenez-vous avec Christoph Blocher? Il ne semble pas vous porter en haute estime. Allez-vous l’approcher ces prochains jours?
Je connais très bien M. Blocher, nous avons fait plusieurs campagnes ensemble. Je pense qu’il a déjà défini les candidats qui l’intéressaient. C’est sa façon de communiquer, et je la respecte.
Venons-en au dossier UBS. Vous avez affirmé ne pas être une lobbyiste de Sergio Ermotti. Mais vous n’êtes pas vraiment une amie de la Finma, n’est-ce pas?
Ça, c’est clair. Je travaille dans les banques et je peux vous assurer qu’aujourd’hui, la Finma s’octroie des droits qu’elle n’a pas. Je rappelle que c'est une autorité de surveillance, pas de régulation. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de Finma: elle a un rôle essentiel, on a besoin d’une autorité de surveillance. Mais lorsqu’on a eu besoin d’elle, elle n’a pas répondu présente. Je pense aux cas UBS et Credit Suisse. En revanche, lorsqu’il s’agit de détruire la place financière, on l’entend. Je pense qu’elle n’est pas assez challengée. Quel autre organisme échappe ainsi à tout contrôle en Suisse?
Au Département fédéral de la défense, ce n'est pas un peu le bordel?
C'est le bon mot oui.
Comment allez-vous gérer ce département?
Je ne sais pas si je prendrai ce Département. Mais il a enchaîné les couacs. Aujourd’hui, l’armée n’a plus de crédibilité auprès de la population, alors que c’est elle qui paie les factures. Je pense qu’il faut recréer la confiance, parce qu’on a besoin d’une armée crédible et solide. Il va donc falloir accepter que le peuple veuille davantage de transparence. Vous avez pu voir dernièrement qu’Armasuisse a fait recours: pour moi, c’est incompréhensible, alors que de nombreux couacs découlent, il faut le dire, de ses décisions. Je souhaite une transparence totale, parce que c’est ce que l’on doit à la population. Si l’on demande des budgets à la Confédération, l’armée doit retrouver la confiance. On a besoin d’une armée forte, et de moyens pour l’armée. Je vais me battre pour elle.
Et si vous preniez la tête du Département fédéral de justice et police (DFJP), que feriez-vous en matière migratoire?
Eh bien je dirais que j'aurai une politique évidemment plus ferme au niveau de l'asile: lutter contre les faux requérants, appliquer Dublin de manière très stricte, assurer des renvois rapides grâce à des procédures accélérées et me battre pour obtenir des accords de réadmission. Il y a énormément de travail à faire, mais j'y suis prête.
Pourquoi avez-vous envie de devenir conseillère fédérale?
Comme je l’ai dit, j’aime la Suisse. J’aime les Suisses, ils me tiennent à cœur et j’ai envie de servir mon pays. Aujourd’hui, je me sens appelée à le faire. C’est quelque chose de très profond, de mûrement réfléchi. C’est une décision très personnelle: il n’y a pas de bon ou de mauvais choix, chacun fait selon ses envies. Et aujourd’hui, j’en ai envie. Je ne peux pas vous dire que je me représenterais si ça ne marchait pas cette fois. Je ne pense pas, parce qu’il faut que les astres soient alignés. Si ça avait été dans un an, j’aurais peut-être été tellement bien dans ma nouvelle activité professionnelle que je n’y serais pas allée. Les choses doivent arriver à un moment où, dans votre vie, tout coïncide. Aujourd’hui, pour moi, tout coïncide. J’ai la capacité, l’envie et la conviction de me porter candidate.