Les traders testent la BNS
Pourquoi le franc devrait s'apprécier face à l'euro malgré les avertissements

L'euro se redresse face au franc suisse. Les analystes s'attendent toutefois à un nouveau renforcement de la monnaie suisse.
La situation de l'euro par rapport au franc est dû à la Banque nationale suisse (BNS).
Photo: Bloomberg
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Thomas Marti
Cash

L'euro s'est apprécié par rapport au franc suisse depuis son plus bas historique de 0,8982 franc début mars, atteignant un pic provisoire de 0,9265 franc après les élections hongroises. Depuis, il est retombé à 0,92 franc dans une phase de consolidation. 

Un article de «Cash»

Cet article a été publié initialement dans «Cash», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans «Cash», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

La légère baisse de l'euro face au franc suisse est due aux manoeuvres de la Banque nationale suisse (BNS). Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, le 19 mars, la BNS a modifié son discours concernant les interventions sur le marché des changes. Elle a émis un avertissement plus clair quant à sa volonté d'agir contre un franc suisse plus fort en raison du conflit au Moyen-Orient. Certains analystes de marché ont donc supposé que la BNS intervenait déjà sur le marché des changes depuis début mars. 

Cependant, les données publiées la semaine passée ont une nouvelle fois montré que le total des dépôts à vue auprès de la BNS – un indicateur d'interventions potentielles – est resté dans sa fourchette récente. Ces chiffres confortent l'hypothèse, déjà étayée par les données sur les réserves de change de mars, selon laquelle la Banque centrale suisse n'intervenait pas activement sur le marché, comme l'a expliqué un expert en devises de Bloomberg. Ces signaux pourraient inciter les traders à faire baisser à nouveau le cours de l'euro face au franc suisse afin de tester la détermination de la BNS.

Kit Juckes, stratégiste de change chevronné chez Société Générale (SG) à Londres, fait partie des traders qui anticipent un affaiblissement de l'euro face au franc suisse. Il recommande à ses clients de vendre à découvert l'euro contre le franc, c'est-à-dire de parier sur un franc suisse plus fort. «Un élargissement significatif des différentiels de taux d'intérêt en faveur de l'euro a soutenu la paire de devises, mais par le passé, ce phénomène n'a été que temporaire. Nous n'avons aucune raison de penser qu'il en sera autrement cette fois-ci», explique Kit Juckes.

Le dollar devrait se déprécier

L'écart de taux d'intérêt entre la zone euro et la Suisse s'élève à 2% pour le taux directeur: 0% pour la Suisse et 2% pour la Banque centrale européenne (BCE). Cet écart est encore plus marqué pour les taux à long terme, atteignant 2,59%. Ce chiffre est calculé à partir de l'écart de rendement entre les obligations d'Etat allemandes à 10 ans (0,40%) et celles à 2,99%. 

Peter Kinsella, responsable de la stratégie de change chez la banque privée UBP, partage un avis similaire quant au potentiel du franc suisse. Il prévoit un taux de change euro/franc de 0,91 franc d'ici fin juin, 0,90 franc d'ici la fin de l'année et 0,89 franc en mars 2027. Parallèlement, le dollar devrait se déprécier davantage face au franc. L'expert d'UBP anticipe un taux de change de 0,74 franc pour un dollar en mars 2027.

Garder un œil sur la volatilité

La volatilité du franc sur les marchés internationaux des devises est un facteur clé. Sa faiblesse actuelle plaide contre une intervention de la banque centrale pour le moment. Cependant, la BNS est susceptible d'intervenir de manière ciblée sur le marché des changes, comme elle l'a fait par le passé, si le franc se déprécie rapidement. Si cette dépréciation est progressive, comme c'est le cas actuellement, les autorités monétaires suisses devraient rester en retrait.

Le trader Kit Juckes souligne que la volatilité du marché des changes pourrait retomber à ses niveaux d'avant le conflit. L'incertitude n'alimente pas la volatilité, et une crise qui frappera les économies européennes et asiatiques bien plus durement que les Etats-Unis n'apportera aucun soutien durable au dollar. Ce constat s'applique également au franc suisse. Il devrait mieux se développer plus fortement car sa vigueur freine l'inflation, et l'économie, grâce à une forte demande intérieure, devrait être plus résiliente que celle de la zone euro. 

Deux monnaies pourraient surpasser le franc

Selon Kit Juckes, deux devises sont susceptibles de voler la vedette au franc suisse. La couronne norvégienne bénéficie de son statut de monnaie liée au pétrole, d'une balance des paiements saine, d'une croissance solide et de taux d'intérêt et rendements attractifs. Ces rendements font de la couronne une position longue intéressante face à la livre sterling et au dollar. La volonté des Etats-Unis de voir leur monnaie s'affaiblir semble porter ses fruits, et si la crise est surmontée grâce à une réduction des risques géopolitiques et à des prix du pétrole élevés, la couronne norvégienne conserve un potentiel de hausse considérable, affirme Kit Juckes. 

Deuxièmement, le différentiel de taux d'intérêt continue de fortement favoriser le dollar australien, même si son statut d'importateur de produits pétroliers le freine. Kit Juckes affirme cependant que l'«Aussie» – comme l'appellent les traders – se développera après la fin de la crise. Cela reste vrai même avec des prix toujours élevés, car l'Australie est un exportateur net d'énergie: la disponibilité de l'essence et du kérosène est le facteur déterminant, et non le seul prix.

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