Sanija Ameti ne mesurait sans doute pas la portée de son geste en ce soir de septembre 2024. Dans la cave d’un immeuble, l’ancienne élue vert’libérale a tiré à vingt reprises, à une dizaine de mètres, avec un pistolet à air comprimé sur une image représentant l’enfant Jésus et la Vierge Marie. Elle a ensuite relayé son action sur Instagram, en publiant deux photos accompagnées du mot «Déconnecter».
Blick a été le premier média à révéler l’affaire. S’en est suivie une véritable tempête: attaques publiques, exclusion du parti, perte de son emploi, dépôts de plaintes pénales. Le Ministère public zurichois, a lui, décidé d'engager une procédure contre l'élue du législatif de la Ville de Zurich, à la suite du dépôt de plusieurs plaintes, notamment de la part de Nicolas Rimoldi, président du mouvement antivax Mass-Voll, et des Jeunes UDC.
Sanija Ameti se mure dans le silence
Ce mercredi 28 janvier, c'est donc un procès attendu qui s'est à Zurich. Sanja Ameti doit répondre d'«atteinte à la liberté de croyance». Elle a néanmoins refusé toute déclaration devant le tribunal. Le juge s'est donc abstenu de lire sa liste de questions.
De son côté, le procureur a mis en cause la crédibilité de la ligne de défense de l'ex-elue. Dans les interrogatoires, Sanija Ameti avait déclaré qu'elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait tiré sur la photo d'une représentation de Jésus et de Marie.
«Elle doit tout de même avoir vu les visages de Marie et de Jésus», s'est exclamé le procureur devant le Tribunal de district de Zurich. Ce dernier a condamné les attaques contre l'accusée, qui ont nécessité une protection policière, mais il a rappelé que Sanija Ameti devait respecter la loi. Selon lui, la politicienne n'a montré aucun réel regret.
Un pardon religieux... et judiciaire?
Sur le plan religieux, le pardon semble d'ores et déjà avoir été accordé à Sanja Ameti: quelques jours seulement après les faits, l’évêque de Coire, Joseph Maria Bonnemain a que la Zurichoise avait pris conscience de son erreur.
En sera-t-il de même sur le plan judiciaire? Dans son acte d’accusation déposé en juillet dernier, le Ministère public requiert une peine pécuniaire avec sursis de 10’000 francs, une amende de 2500 francs ainsi que 1500 francs de frais de procédure. Il lui est reproché d’avoir insulté ou tourné en dérision «publiquement et de manière grossière les convictions religieuses d’autrui, en particulier la croyance en Dieu».
24 plaignants au total
Pour Mass-Voll, les jeunes UDC et 22 autres parties plaignantes,, l’enjeu principal est celui de la paix religieuse, expliquait Nicolas Rimoldi à Blick en octobre dernier. Parmi les plaignants figurent aussi deux personnes de confession musulmane. «Dans un tel cas, il est important de faire preuve de solidarité au-delà des religions», estimait le chef de Mass-Voll, jugeant que l’acte de Sanija Ameti devait être sanctionné «avec toute la sévérité requise».
Sanija Ameti bénéficie de la présomption d’innocence. Son geste a néanmoins déjà eu de lourdes conséquences. Dans les mois à venir, elle renoncera à ses dernières fonctions politiques: elle ne se représentera pas aux prochaines élections communales et quittera également la coprésidence d’Operation Libero. Le jugement est attendu d'ici à la fin la journée.