Le décor est planté pour une opération quasi secrète cet après-midi d’hiver à Berne, centrée sur Ditaji Kambundji. L’objectif: explorer les coulisses de la performance. L’action se déroule dans la cave du gymnase du Wankdorf, où une piste de sprint improvisée a été installée. Quelques jeunes athlètes quittent les lieux juste à temps lorsque Jaime Garcia Romo, responsable des produits pour athlètes chez On, l’équipementier de Kambundji, fait son entrée. Il est accompagné d’une équipe de spécialistes, tout juste rentrée d’une série de tests à Los Angeles.
Armés de valises et de sacs, ils montent en un rien de temps un véritable laboratoire de chaussures mobile: quelques appareils de mesure, une petite table avec ordinateur portable capable d’analyser les mouvements en temps réel, et bien sûr une multitude de chaussures, semblables pour le profane mais toutes différentes pour les initiés.
La championne du monde de haies arrive en dernier, accompagnée de son coach Florian Clivaz, alors que tout est prêt pour cette journée de tests cruciale. C’est la deuxième séance de l’hiver, après Belek au printemps 2025, et l’objectif est d’entrer encore plus dans le détail pour les nouvelles chaussures de sprint de l’athlète de haut niveau. Les ajustements ou expérimentations des spécialistes de On sont parfois si minimes que même Ditaji Kambundji ne les remarque pas, et les innovations sont si secrètes que Blick n’est pas autorisé à prendre de photos détaillées de l’équipement, afin d’éviter que la concurrence n’en profite.
Des nuances difficiles à décrire
Ditaji Kambundji enchaîne plusieurs sprints de 60 mètres sur la piste du sous-sol, testant trois variations du modèle à pointes sur 100 mètres et trois autres pour les distances de 200 et 400 mètres. Sa mission, délicate mais essentielle: évaluer le ressenti des chaussures LR2, déterminer si elles lui offrent soutien et vitesse en compétition.
Après le premier essai, la Bernoise trottine en souriant: «Je les aime plus que celles de Belek. Elles sont moins agressives.» Interrogée sur la signification de ce commentaire, elle précise: «Je sens qu’elles sont moins extrêmes, d’une manière saine et confortable.» Elle rit à nouveau: «Ce n’est vraiment pas facile de mettre des mots sur des nuances de chaussures, surtout quand il y a des gens qui passent leur vie à s’en occuper.»
Jaime Garcia Romo garde une vue d’ensemble, tandis que Seb Wronski endosse le rôle de scientifique du sport. Aidan Bailey, «Footwear Developer Lightning», fait partie de l’équipe de développement des chaussures On, et Adrian König-Rannenberg supervise le design. Silja Mühlebach, ancienne athlète et manager des athlètes, est également présente, agissant comme la personne de confiance de Ditaji Kambundji chez On. De temps à autre, l’athlète commente : Cette chaussure est plus défensive» ou «Celle-ci est plus dure que la première, je préfère la mousse plus récente.»
Toujours viser l’excellence
Pourquoi Ditaji Kambundji se soumet-elle à ce protocole, alors qu’elle a déjà atteint le sommet avec son ancien modèle en remportant le titre mondial? La réponse tient à la concurrence féroce dans l’athlétisme: s’arrêter, c’est reculer. Ni Ditaji Kambundji ni On ne veulent se le permettre, surtout que la Bernoise a définitivement marqué les esprits aux championnats du monde de Tokyo.
Aérodynamisme ou pragmatisme?
La force et l’explosivité de l’athlète sont cruciales, mais le matériel peut faire la différence. Exemple: l’un des modèles testés à Berne possède une languette dans laquelle les lacets sont insérés. «Cela a un effet aérodynamique significatif», explique König-Rannenberg, permettant de gagner «jusqu’à deux centièmes». Kambundji, quant à elle, reste prudente: «Je manipule souvent mes chaussures avant les courses. Je ne sais pas encore si c’est pratique pour moi.»
Lors de la séance de feedback finale, Ditaji Kambundji classe personnellement ses chaussures et justifie ses choix. «Je suis vraiment contente. J’apprécie beaucoup cet échange et je remarque que mon avis compte», souligne-t-elle. Ses retours seront intégrés dans le produit final, qui sera officiellement lancé en 2027, mais elle pourra utiliser le prototype en compétition dès 2026, à l’exception des championnats du monde en salle et des World Ultimate Championships. Si elle se sent parfaitement à l’aise avec sa nouvelle arme, son utilisation lors du grand événement de la saison, les championnats d’Europe à Birmingham, est envisageable.