Genève doit de la transparence après la nomination controversée de son futur délégué au numérique, condamné par le passé. Le droit à la réinsertion n’est ni remis en cause, ni le sujet ici. Ce principe fondamental de notre état de droit doit permettre à une personne qui a purgé sa peine de se reconstruire, travailler, avancer et se porter candidat à des postes.
La question est de savoir pourquoi l’Etat de Genève a estimé que ce profil était le meilleur pour occuper une fonction aussi exposée. Comment son passé judiciaire a-t-il été évalué? Pourquoi les critères affichés dans l’offre d’emploi ont-ils été relativisés, à l’image de la formation et de l’expérience? Quelles garanties ont été prises? Quelle réflexion a été menée concernant les victimes de violences sexistes et sexuelles?
Rassurez-nous
Ces questions ne relèvent pas d’une curiosité médiatique, mais bien de l’intérêt public, dès lors qu’elles concernent une administration cantonale et un poste à haute responsabilité. Car ce sont une institution, un département, et un canton qui sont concernés. Et, derrière eux, la confiance que les citoyens placent dans celles et ceux qui prennent des décisions en leur nom.
La mobilisation d’associations féministes, de syndicats et de responsables politiques montre d’ailleurs que ces questions dépassent largement les murs des rédactions qui ont osé les évoquer. Derrière leurs prises de position, un même message revient: rassurez-nous.
Rassurez-nous sur le processus d’engagement à l’un des postes les plus élevés de l’Etat. Rassurez-nous sur les critères qui ont réellement fait la différence. Rassurez-nous sur le fait que cette nomination a été réfléchie jusqu’au bout. Et rassurez surtout la population, les associations, les partis et les syndicats qui disent aujourd’hui leurs «profondes inquiétudes» face à ce choix.
Un silence gênant
Le Département des institutions et du numérique (DIN) devrait pouvoir apporter simplement les garanties attendues. Pourtant, depuis plus d’une semaine, plusieurs questions essentielles restent sans réponse. Le communiqué publié par le département apporte de maigres éléments, et ne dissipe de loin pas toutes les zones d’ombre.
A force, le message envoyé ressemble dangereusement à un «circulez, il n’y a rien à voir». Et c’est précisément là que le silence renforce le malaise. Il entretient les soupçons autour de cette nomination et laisse prospérer toutes les interprétations.
Peut-être le futur délégué est effectivement la meilleure personne pour ce poste. Peut-être ses compétences justifient-elles pleinement que le DIN ait privilégié son profil malgré des écarts avec les critères annoncés. Peut-être a-t-il accompli, depuis sa condamnation, un travail personnel considérable qui a convaincu son futur employeur qu’il présentait toutes les garanties nécessaires.
Si tel est le cas, alors l’Etat doit le dire. Clairement. Et l’assumer.
Les citoyens méritent mieux
Il ne s’agit pas d’exposer davantage la vie privée d’un homme qui a purgé sa peine. Il s’agit pour une institution publique d’expliquer une décision publique qui touche un poste à haute responsabilité avec une mission sensible.
Genève avait une occasion simple de sortir par le haut: répondre rapidement, précisément et sans détour. A force de silence, il lui faut désormais surtout tenter de limiter la casse. Mais plus le temps passe, plus la question dépasse le seul cas du futur délégué au numérique. C’est désormais la crédibilité de l’Etat qui est en jeu.
Ce dossier ne concerne plus seulement un recrutement. Il concerne la confiance. Et quand l’Etat demande qu’on lui fasse confiance, il doit accepter d’expliquer ses choix. En Suisse, le silence ne peut pas tenir lieu de réponse.