En bref
- Les affaires Xhaka et Fischer et les remboursements des aides Covid relancent le débat sur les sanctions liées à la pandémie. Comment solder les contentieux sans effacer les responsabilités ni raviver les divisions?
Bien sûr qu'il faut encore parler du Covid. Pour comprendre ce qui s'est passé, mesurer les erreurs commises et éviter de les reproduire. Mais faut-il pour autant continuer à régler, des années plus tard, tous les comptes de cette période?
Car, au-delà des millions de morts qu'elle a provoqués, la pandémie a laissé une autre blessure, moins visible, mais toujours ouverte: une fracture profonde entre ceux qui ont accepté les mesures politiques et sanitaires prises dans l'urgence et ceux qui les ont contestées.
Les premiers reprochent parfois aux seconds leur irresponsabilité. Les seconds n'ont toujours pas pardonné aux autorités les restrictions imposées, ni aux médias «mainstream» ce qu'ils considèrent comme une complaisance coupable envers le pouvoir. Chacun campe sur ses positions. Et le temps qui passe ne semble guère avoir apaisé les ressentiments.
Pire, cette défiance a parfois débordé le seul cadre de la crise sanitaire. Elle se retrouve dans les débats sur la guerre en Ukraine, le Proche-Orient, le réchauffement climatique ou le trumpisme. Comme si le Covid avait achevé de transformer certains désaccords en appartenances irréconciliables. On ne discute plus seulement des faits: on défend son camp. Et l'on soupçonne systématiquement l'autre de mauvaise foi.
Faut-il encore punir?
Dans ce contexte, faut-il continuer à entretenir les contentieux hérités de la pandémie?
Est-il vraiment nécessaire, par exemple, que le canton de Vaud poursuive coûte que coûte le remboursement de certaines aides accordées aux entreprises pendant la crise, au risque de précipiter la disparition de commerces qui ont survécu tant bien que mal à cette période?
Est-il indispensable de sanctionner aujourd'hui Fischer ou Xhaka pour des infractions commises dans des circonstances exceptionnelles, alors que certaines décisions politiques et sanitaires de l'époque ont elles-mêmes été remises en question depuis?
Il ne s'agit pas d'excuser toutes les transgressions, ni de dispenser chacun de ses responsabilités. Encore moins de donner rétrospectivement raison à tous ceux qui ont contesté les mesures prises pendant la pandémie. Mais de s'interroger sur le sens et la proportionnalité de décisions qui interviennent plusieurs années après les faits.
Que gagne-t-on encore à poursuivre ces affaires? Et, surtout, que risque-t-on d'y perdre?
Il serait évidemment injuste envers ceux qui ont respecté les règles, parfois au prix de sacrifices considérables, de considérer que les circonstances exceptionnelles de la crise justifient aujourd'hui toutes les indulgences. Mais il serait tout aussi regrettable que l'application de ces règles devienne une fin en soi, sans considération pour les conséquences humaines, économiques et sociales des décisions prises.
La justice et l'équité ne se mesurent pas uniquement à la rigueur avec laquelle on applique une règle. Elles supposent aussi de savoir apprécier les circonstances, le temps écoulé et l'utilité réelle d'une sanction.
Pour une Pax Covidiana
Cette chasse aux bonnes comme aux mauvaises sorcières – selon le point de vue d'où l'on se place – rouvre à chaque fois la plaie de nos différences. Relance le débat de savoir qui avait tort ou raison. Pourtant, continuer à faire le bilan du Covid n'oblige pas à prolonger indéfiniment tous les conflits qu'il a engendrés.
C'était, comme l'avait défini la Confédération, une «situation particulière». Peut-être serait-il temps d'en tenir compte aussi dans notre manière de régler les derniers contentieux de cette période. Non pour effacer les responsabilités, ni pour décréter que tout le monde avait raison. Mais pour tenter, enfin, de cicatriser.
Les Romains avaient leur Pax Romana. Ne serait-il pas temps d'inventer notre Pax Covidiana? Une paix qui n'effacerait pas nos différences, mais nous permettrait enfin de vivre avec elles.