Il voulait continuer à mener le bal. Les électeurs viennent de lui retirer une partie des invités.
Ces dernières semaines, Donald Trump aura consacré un temps étonnant – pour autant qu'on puisse encore être étonné avec lui – à raconter son grand chantier: démolir l’aile Est de la Maison Blanche pour construire une salle de réception à plusieurs centaines de millions de dollars. Comme si les Américains préoccupés par leurs fins de mois attendaient surtout de savoir sous quels lustres leur président allait valser.
Les voilà qui lui retirent les deux chambres du Congrès. Le chantier présidentiel vient de rencontrer un obstacle que les bulldozers ne suffiront pas à déblayer.
Une formule attribuée à Betty Ford, ancienne Première dame républicaine, prend aujourd’hui une résonance particulière: «Si l’aile Ouest est l’esprit de la nation, alors l’aile Est en est le cœur.» Ce cœur, Trump l’a fait raser pour y installer le décor de sa propre grandeur.
Difficile de trouver meilleure image d’un pouvoir qui prétend rendre l’Amérique à ses citoyens tout en la remodelant à la gloire d’un seul homme. Celui qui avait – avec force démagogie – si bien saisi le pouls d’une certaine colère aura bien peu fait de cas de ceux qui l'exprimaient en votant pour lui. Il leur avait promis de renverser la table. Ils auront aussi eu droit aux plans de sa salle de bal.
Cette défaite lui impose désormais des limites. Ses grandes réformes pourront être bloquées. Ses nominations contestées. Son administration sommée de rendre des comptes. Le Congrès retrouvera les moyens de lui poser les questions qu’il préfère esquiver.
Mais il serait bien imprudent de prendre ce revers pour un dernier tour de piste. Trump conserve son veto, ses décrets et une latitude considérable sur la scène internationale. Il peut encore déclencher des crises commerciales, malmener ses alliés et transformer chaque négociation budgétaire en épreuve de force. Une présidence entravée peut faire beaucoup de dégâts.
Reste aussi une question pour les républicains: combien continueront à suivre le chef lorsqu’il leur coûte des sièges? La fidélité résiste parfois mieux aux outrances qu’aux défaites.
Le bal continue donc. Et le nom consacré pour celui qui appelle les invités à voix haute, c'est l'aboyeur. Même si c’est dans le vide. Avec un président qui pourrait chercher dans la confrontation les victoires que les urnes viennent de lui refuser. Dans une Maison Blanche dont les Américains lui ont rappelé qu’elle ne lui appartenait pas. La valse des paradoxes.