La trentaine de pompiers suisses dépêchés pour porter secours à leurs collègues français en Gironde sont arrivés dans un pays bien éloigné des habituelles caricatures. La colère? Bien sûr, mais jusque-là contenue et nuancée par l'impérieuse nécessité de protéger. Les appels sempiternels à l'Etat? Logiques face à l'urgence, mais sans les demandes excessives et déraisonnables habituelles. La solidarité? Au rendez-vous dans toutes les communes affectées et leur périphérie. L'obéissance aux forces de l'ordre, même lorsqu'elles ont peut-être, parfois, été priées trop vite d'évacuer des zones menacées? Presque sans nuage, y compris dans le sanctuaire très chic du Cap Ferret.
Pourquoi énumérer ces réalités françaises face à ces incendies dévastateurs, dont le bilan risque encore de s'alourdir alors que se profilent de nouvelles journées de canicule? Pourquoi mentionner cette mobilisation alors que plus de 150 personnes ont été interpellées ces dernières semaines pour «départs de feux», preuves d'une criminelle incivilité? Parce que le spectacle de la Gironde assiégée par les flammes démontre que le pays n'est pas dans l'état de déliquescence et de désordre si souvent pointé du doigt.
Au contraire. Le spectacle des agriculteurs girondins, au volant de leurs tracteurs sur les routes pour convoyer des citernes remplies d'eau, est par exemple évocateur. Idem au vu des images du Centre des congrès de Bordeaux transformé en grande salle d'accueil pour les vacanciers évacués. Le sursaut français est bel et bien au rendez-vous, même si certains sujets, comme le manque d'avions largueurs d'eau, alimentent les discussions. Un sursaut que la mise en œuvre, pour la première fois, d'un avion militaire A400M destiné à répandre du produit anti-incendie est, en quelque sorte, venue symboliser.
Digne et mobilisée
Cette France-là, digne et mobilisée face au désastre des flammes, démontre que le système français, si souvent pris en défaut et, à juste titre, critiqué, fonctionne en temps de catastrophe, lorsque les règles inutiles tombent et que la société, comme les autorités, se retrouve face à elle-même. L'Etat vertical, symbolisé par la préfète de la Gironde, est un Etat efficace.
Le centralisme, parfois si problématique, permet d'allouer les ressources rapidement. L'appel à la solidarité européenne – les pompiers suisses en sont la preuve – fonctionne et démontre son utilité. Symbole supplémentaire: la région affectée, le Bordelais, est l'une des plus visitées de France et l'une des plus emblématiques à l'étranger.
Les clichés des incendies vus depuis le bassin d'Arcachon, avec ce terrible ciel orange, ont fait le tour du monde. Ce qui se joue dans les forêts de pins de la façade atlantique est dès lors décisif.
Défis catastrophiques
A quelques mois de l'élection présidentielle d'avril-mai 2027, ce rappel d'une France capable de faire face, ensemble, aux circonstances les plus catastrophiques est salutaire. Il redit, comme on l'a vu dans d'autres circonstances, avec l'organisation des Jeux olympiques de 2024 ou la reconstruction de Notre-Dame, que le pays peut surmonter ses polémiques lorsqu'un objectif commun est au rendez-vous, et que l'efficacité de l'administration l'est aussi.
Ce qu'il faut maintenant, c'est de la lucidité. La réévaluation des plans urbains, l'entretien des forêts et la préservation du littoral face au réchauffement climatique doivent être menés selon la même méthode.
La résilience des populations concernées face aux incendies démontre que ce pays n'est pas fait que de revendications égoïstes, d'exigences sociales dépassées ou de doléances publiques accumulées. Elle montre que la France dispose bel et bien d'énormes ressources face aux défis à venir. Et qu'elles peuvent être mobilisées. Emmanuel Macron et son Premier ministre devraient le répéter davantage: «Bravo et vive les Français!»