Feux XXL dans le sud-ouest
Les 5 questions qui fâchent sur les incendies en France

La France est de nouveau confrontée à une dramatique séquence de feux de forêts. Plusieurs zones ont été évacuées, dont le sanctuaire balnéaire du Cap-Ferret. Mais comment en est-on arrivé là?
1/5
De très gros moyens sont déployés, y compris l'armée, pour lutter contre les incendies en France.
Photo: keystone-sda.ch
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La France brûle. Et elle brûle chaque année davantage, malgré les avertissements et les politiques de prévention des incendies mises en place. Cette France est aujourd'hui d'autant plus sous le choc que l'une des zones dévastées par les feux est le sanctuaire balnéaire du Cap Ferret, en Gironde, et que les incendies se rapprochent de Bordeaux. Des feux se poursuivent aussi dans le Var, dans la région de Cotignac, très prisée des vacanciers suisses. Mais comment cela est-il possible? Explications.

Des feux inarrêtables, pourquoi ?

Chaque année, les feux de forêt en France semblent plus importants et plus violents. En cause, bien sûr: le réchauffement climatique. Près de 98'000 hectares sont, cette année, partis en fumée, ce qui bat le bilan de celui de l'année fatale 2022, un peu plus de 66'300 hectares brûlés et en fait un triste record historique. Le plus troublant est l'absence d'effets apparents des mesures de prévention déployées et des avertissements répétés. Le feu du Cap-Ferret, par exemple, semble avoir été provoqué par des travaux de débroussaillage autour de câbles électriques, qui ont généré des étincelles. La réalité est la progression de ce que les experts nomment les «feux problématiques»: des incendies que les pompiers ont le plus grand mal à stopper parce qu'ils se rapprochent des zones urbanisées et habitées, compliquant ainsi leurs interventions. Problème récurrent: les feux criminels, provoqués par des pyromanes. Cela n'a pas été établi en Gironde, mais 142 personnes ont été interpellés en France depuis le début de l'année pour des départs de feu.

L'impression d'impuissance, juste?

La question des moyens déployés par le gouvernement français, qui a activé le mécanisme de solidarité de la protection civile européenne, est posée de façon récurrente. Il suffit de regarder les réseaux sociaux. 18 «moyens aériens» sont pourtant à l'oeuvre: 2 avions canadair, 2 avions Dash, 3 hélicoptères et 11 avions Air Tractor. Partout, la même question revient: pourquoi ne pas avoir accéléré l'achat d'avions Canadair de lutte contre les incendies? Quatre appareils de ce type, déjà commandés avec un financement européen, seront livrés entre 2028 et 2029 au plus tôt. Deux autres, financés sur le budget français, arriveront entre 2032 et 2033. Pour y pallier, Emmanuel Macron a demandé à l'armée de se mobiliser. Le problème est que les moyens européens sont également sollicités par des feux historiques en Espagne. Autre difficulté: la répartition géographique des incendies, qui oblige à disperser les moyens dans différentes parties du territoire.

Les villes menacées, normal?

Nous verrons dans les heures qui viennent ce qui se passera à Bordeaux. Pour le moment, la grande ville du sud-ouest n'est pas directement menacée, mais les fumées se rapprochent, poussées par les vents et les flammes sont à une trentaine de kilomètres. Paris n'a, par ailleurs, jamais été menacée par le récent incendie de la forêt de Fontainebleau, même si les milliers d'hectares brûlés ont entraîné la fermeture, pendant plusieurs jours, de l'autoroute A6 et des lignes de TGV vers le sud de la France. Reste une réalité: les faubourgs de plusieurs villes, en bordure de forêts mal entretenues et propices aux incendies, constituent des cibles pour les flammes. Le cauchemar absolu est bien sûr ce qui s'est passé en 2025 à Los Angeles, en Californie, où des quartiers résidentiels entiers ont été dévastés par les flammes. La péninsule balnéraire du Cap Ferret est pointée du doigt: le plan d'aménagement de la municipalité, retoqué par la préfecture, prévoyait davantage de constructions proche des forêts de pins. Le seul département de la Gironde compte 250 000 hectares de pinèdes.

Macron pas à la hauteur, vrai?

La crise des incendies à laquelle l'exécutif français est confronté n'est pas de la responsabilité de ce gouvernement. Les moyens mis en œuvre sont importants. La réactivité a également été au rendez-vous. Plusieurs questions douloureuses sont en revanche posées, notamment le choix des Canadair pour la lutte contre les feux plutôt que du Frégate-F100, de conception française, qui devrait permettre d'écoper dix tonnes d'eau contre six tonnes pour son concurrent. Le problème de l'administration réside dans le retard pris dans la livraison des moyens commandés. A terme, la flotte de la Sécurité civile doit comprendre 16 avions, livrables entre 2028 et 2030. La saison 2026 des incendies est terrible, alors que nous ne sommes qu'au milieu de l'été: 11'000 feux recensés et plus de 90'000 hectares touchés au 15 juillet. La France dispose aujourd'hui de 12 Canadair, renforcés par des avions et des hélicoptères européens. Leur moyenne d'âge est de 30 ans. Le déroulement bien ordonné des évacuations en Gironde, avec 167 000 personnes concernées, prouvent toutefois que la population comprend bien l'enjeu et les risques. La mobilisation de l'armée, et de l'avion militaire A400 M, démontrent la réactivité des autorités.

Le prochain président fera-t-il mieux?

Tous les regards se tournent vers les candidats déjà déclarés à la présidence de la République. En période de difficultés budgétaires chroniques, pourront-ils dégager les moyens suffisants? Et oseront-ils lancer un grand plan de révision des implantations urbaines afin d'interdire les constructions dans les zones vulnérables? «Les candidats à la présidentielle qui minimiseront l'urgence climatique seront les complices criminels d'une désastreuse défaite», assène l'éditorial du magazine «Le Nouvel Observateur». Et de poursuivre: «Plus de 90 % de la population sera soumise à des chaleurs extrêmes. Avec de vrais risques sanitaires pour des corps surchauffés, mais aussi toutes sortes de perturbations du corps social: écoles fermées, trains à l'arrêt… Sans parler des bêtes, des arbres, des cultures, qui souffrent le martyre (...). «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs», avait déclaré le président Chirac. C'était en 2002, il y a bientôt un quart de siècle. Que s'est-il passé depuis?»

Articles les plus lus