«Problème de santé publique»
Le stress au travail bouffe 70% de la population romande

Près de trois quarts (70%) de la population romande se sentent angoissés par leur travail, selon notre sondage représentatif réalisé avec l'institut M.I.S Trend. Les conséquences de ce stress chronique peuvent être dévastatrices, comme l'expliquent deux experts santé.
Publié: 12.12.2023 à 06:00 heures
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Dernière mise à jour: 12.12.2023 à 15:28 heures
70% des Romands se disent stressés par leur travail. Quels impacts peut avoir ce stress chronique sur les travailleurs? Comment y remédier?
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Camille BertholetResponsable des Nouvelles Audiences

«Nous sommes très clairement face à un problème de santé publique majeur». C’est le diagnostic choc posé par Bertrand Kiefer, médecin, éthicien et journaliste, sur ce chiffre affolant: 70% des Romandes et des Romands se disent stressés par leur travail. C'est l'un des résultats effarants du sondage représentatif réalisé par Blick et l’institut M.I.S Trend au mois de novembre 2023.

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Les hommes (69%) comme les femmes (73%) se disent touchés. Ce sont les 30-44 ans qui sont les plus impactés (78%). «Le stress peut avoir des conséquences graves pour la santé, avertit celui qui est aussi rédacteur en chef de la «Revue Médicale suisse». «C’est un facteur de risque pour les maladies cardio-vasculaires, le diabète, l’obésité, le burn-out… Il est même probable que cela ait des conséquences sur l’espérance de vie.»

La psychologue FSP Nadia Droz, spécialisée en santé au travail, partage le constat alarmant de Bertrand Kiefer: «Nous ne sommes pas physiologiquement prévus pour être stressés en permanence. Nous avons besoin de zones de repos. Nous entrons dans une période rouge où jusqu'à 70% de la population pourrait être concernée par le stress chronique, ce qui serait catastrophique.» Opposé au stress aigu, qui est momentané et gérable, le stress chronique apparaît lorsque l’organisme est soumis à des tensions sur le long terme et empêche l'être humain d'atteindre le relâchement dont il a besoin pour se régénérer.

Des effets sur le sommeil et sur la vie de couple

Les personnes sondées (toutes en emploi) ressentent des effets délétères sur plusieurs aspects précis de leur vie. Pour 59% d’entre elles, le boulot a aussi un impact négatif sur le sommeil: ce pourcentage est parfaitement égal chez les hommes comme chez les femmes et décroît rapidement avec le taux d'activité. Selon la psychologue, ce chiffre est en partie dû à une représentation sociale positive et très valorisée de la performance: «Les gens ont le sentiment que le sommeil est une perte de temps, qui les empêche de correspondre au standard absurde du travailleur ultraperformant. C’est très inquiétant pour la santé globale de notre société.»

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Autre explication possible: la séparation entre la sphère privée et professionnelle serait de plus en plus poreuse. «Idéalement, il ne faudrait plus avoir de contact avec son travail à partir du moment où on décide d'arrêter de travailler, conseille Nadia Droz. Répondre à ses mails tard le soir alors qu’on est sur le point d’aller se coucher aura un impact négatif sur notre sommeil.»

«Les gens ont le sentiment que le sommeil est une perte de temps qui les empêche d'être ultra-performants»Nadia Droz, psychologue FSP spécialisée en santé au travail

D'autres chiffres font peur: plus de la moitié des personnes interrogées (55%) estime que le travail impacte négativement la vie de famille. Les 30-44 ans s’en disent particulièrement victimes (63%). «C’est la tranche d’âge où l'on 'fait carrière', mais également celle où l'on a le plus de probabilité d’avoir des enfants, analyse la spécialiste. Comment voulez-vous consacrer beaucoup de temps à votre vie de famille lorsque vous travaillez dix heures par jour? C’est impossible.»

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La pression économique épuise les travailleurs

La faute à qui? En tout cas pas aux travailleurs, selon le médecin Bertrand Kiefer: «On ne peut plus culpabiliser les individus. Des solutions doivent être trouvées par le milieu politique, à l’échelle globale de la société.» Quid des employeurs? «Ils se défaussent en mettant la responsabilité sur les employés. C’est d'ailleurs pour ça qu’un grand nombre d’entre eux essaient d’aller mieux grâce à des thérapies, du yoga, n’importe quelle activité qui leur permet de gérer ce stress latent.»

Un sondage, deux épisodes

Semaine de quatre jours, nouveau débat sur le revenu inconditionnel de base, burn-out, grèves, télétravail, aspiration à davantage de temps libre: notre rapport au monde du travail semble en pleine mutation. Blick a voulu le vérifier.

Arrêteriez-vous de travailler demain si vous le pouviez? Êtes-vous favorable à la semaine de quatre jours? Êtes-vous pour le revenu inconditionnel de base? Aimeriez-vous télétravailler davantage? Aimez-vous bosser dans un open space? Vous sentez-vous stressé(e)? Votre job impacte-t-il négativement votre vie privée?

Les résultats du sondage réalisé par M.I.S Trend sont alarmants. Nous vous proposons une plongée au cœur de la révolution que nous sommes en train de vivre en deux volets. Un premier sur la relation des Romandes et des Romands à leur emploi. Et un second sur les effets du boulot sur leur santé.

Semaine de quatre jours, nouveau débat sur le revenu inconditionnel de base, burn-out, grèves, télétravail, aspiration à davantage de temps libre: notre rapport au monde du travail semble en pleine mutation. Blick a voulu le vérifier.

Arrêteriez-vous de travailler demain si vous le pouviez? Êtes-vous favorable à la semaine de quatre jours? Êtes-vous pour le revenu inconditionnel de base? Aimeriez-vous télétravailler davantage? Aimez-vous bosser dans un open space? Vous sentez-vous stressé(e)? Votre job impacte-t-il négativement votre vie privée?

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Pour la psychologue FSP Nadia Droz, la crise sanitaire a aussi joué un rôle néfaste. «J'ai l'impression que depuis le Covid, les entreprises investissent encore moins dans la santé au travail. La pression économique a augmenté, l’injonction à la rentabilité est partout, les conditions de travail se péjorent…» La spécialiste en appelle au cadre légal: «Selon la loi sur le travail, l’employeur est le responsable principal du bien-être au travail de ses employés et doit éviter le surmenage. Ce n'est pas à ces derniers d'essayer de survivre à tout cela.»

L’open space est un facteur de stress majeur, les collègues peuvent l’atténuer

L'organisation de l'espace par les entreprises n'est pas non plus anodine. Selon Nadia Droz, l’open space, ou bureau commun — décrié par 54% des sondés, mais plus toléré par les 18-29 ans que par toutes les autres générations — est un facteur de stress chronique majeur. «Les lieux partagés favorisent les échanges, mais aussi le dérangement. Ils ont été mis en place pour des raisons économiques, principalement. Ceux qui ont connu les bureaux individuels, ne souhaitent pas passer à un open space. D'autre part, les personnes ayant vécu un burn-out ou qui sont en épuisement peuvent devenir très sensibles aux bruits et aux stimulations. Ça peut devenir une grande souffrance.»

Mais l'espace de travail peut aussi être source de plaisir. Une personne sur cinq dit avoir déjà couché avec un ou une collègue. Mais surtout, parmi les 937 interrogés, 62% considèrent certains de leurs collègues comme des potes. Les femmes sont plus nombreuses (70%) à nouer des liens étroits au travail que les hommes (56%). Le pourcentage reste stable dans toutes les tranches d’âge, qu'importe le taux d’activité, mais diminue à 52% chez les membres de direction ou les indépendants. 

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L’effet de ces amitiés sur le bien-être au travail? Bénéfique, selon Nadia Droz. «Ces relations, qu’on qualifie de 'ressourçantes', compensent de manière très forte le stress ressenti et sont essentielles pour la solidarité entre les employés.» Mais elle nuance tout de suite: «Il faut faire attention, car ce qui lie des collègues, c'est le monde professionnel. Il ne faut pas que les discussions autour du travail envahissent les moments partagés le week-end ou en dehors des horaires de travail.» 

Écoutez votre entourage

Quand tirer la sonnette d'alarme? Ennemi invisible, le stress sournois lové autour de notre quotidien est très difficile à identifier, malgré l’ampleur qu’il peut prendre. Selon la psychologue, certains comportements inhabituels doivent nous alerter, comme des symptômes que nous ne sommes pas habitués à ressentir et qui impactent notre qualité de vie. Par exemple, un sommeil agité sur le long terme, des troubles de l’alimentation et une nervosité constante peuvent être des signes qui doivent allumer un voyant. «Il faut réfléchir au temps qu'on accorde à son travail, au temps qu’on donne à sa famille et à son couple. Apprendre à prioriser est très important.»

Selon l'experte, il est important d’écouter son entourage, qui peut être plus à même de repérer les signaux, et de s’écouter soi-même, dans la mesure du possible. «Comme nous ne sommes pas physiologiquement programmés pour ressentir le stress chronique, nous ne sommes pas immédiatement capables de l’identifier. Il faut faire un bilan des choses qui nous stressent et qui nous ressourcent, tenter de réduire les contraintes sur lesquelles on a une prise et augmenter ou maintenir ses ressources. Si les changements que vous constatez sont importants, il ne faut pas hésiter à consulter.»

Méthodologie et marge d'erreur

Ce sondage de M.I.S Trend a été mené en collaboration avec Blick. L'étude s'est déroulée en ligne entre le 15 et le 22 novembre 2023 — auprès du panel de l'institut et sur les plateformes de notre média. Les résultats sont basés sur les réponses de 937 personnes en emploi en Suisse romande, âgées de 18 à 65 ans.

Les données obtenues ont été pondérées de manière à obtenir des chiffres représentatifs pour la population romande. La marge d'erreur maximale est de plus ou moins 3,2% sur l’échantillon total.

Ce sondage de M.I.S Trend a été mené en collaboration avec Blick. L'étude s'est déroulée en ligne entre le 15 et le 22 novembre 2023 — auprès du panel de l'institut et sur les plateformes de notre média. Les résultats sont basés sur les réponses de 937 personnes en emploi en Suisse romande, âgées de 18 à 65 ans.

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