Les Verts et l'UDC se déchirent
La Suisse dans le noir à cause de querelles de partis?

Les Verts et l'UDC ne cessent de critiquer la ministre de l'Environnement. En effet, la Suisse n'est pas préparée à la crise énergétique, mais Simonetta Sommaruga a tout de même fait évoluer le domaine. Les raisons de cet acharnement se trouvent en fait ailleurs.
Publié: 07.08.2022 à 12:48 heures
|
Dernière mise à jour: 07.08.2022 à 16:51 heures
1/6
La ministre de l'énergie Simonetta Sommaruga subit des attaques de la gauche et de la droite.
Danny Schlumpf, Camilla Alabor

Les attaques viennent de tous les côtés. Les Verts reprochent à Simonetta Sommaruga de faire avancer trop lentement le tournant énergétique et de «s'éparpiller». L'UDC a également exprimé cette semaine des critiques acerbes à l'encontre de la ministre. Le parti exige toutefois le contraire de ce que demandent les Verts: Simonetta Sommaruga devrait renoncer à la stratégie énergétique «qui a échoué». Selon eux, le pays a besoin de nouvelles centrales nucléaires!

Ce faisant, ces partis mélangent deux choses. Ils critiquent le tournant énergétique à long terme qui ne peut pourtant pas régler la crise qui est en train de se passer. Le vrai problème, dont les politiques à Berne devraient se saisir au plus vite, se situe en effet dans le présent: Poutine coupe le robinet de gaz et l'Europe court à la pénurie d'énergie.

La Suisse n'économise par rapport à l'Europe

L'UE a pourtant réagi avec force à la menace: elle veut réduire drastiquement la consommation de gaz, de -15% d'ici au printemps. L'Espagne a déjà adopté des mesures radicales pour augmenter l'efficacité énergétique. L'Allemagne lance une campagne massive pour inciter les citoyens à économiser l'énergie.

Mais la Suisse ne fait rien. Des efforts pour économiser? Des mesures d'efficacité? Rien du tout. Simonetta Sommaruga ne voulait tout d'abord pas parler d'économies. Après tout, il ne fera froid qu'en hiver. Elle a désormais annoncé vouloir «sensibiliser» la population à la fin du mois d'août, sans toutefois préciser ce que cela signifierait concrètement. Le potentiel serait pourtant énorme: «Nous gaspillons d'énormes quantités d'énergie», déclare Stella Jegher, responsable du département politique chez Pro Natura. «Rien qu'au niveau de la consommation quotidienne, l'industrie, l'artisanat et les ménages pourraient économiser environ un tiers de l'électricité sans même s'en rendre compte. Mais pour cela, il faut des directives et des incitations au niveau politique.»

«Le plus grand potentiel se trouve dans les maisons»

Économiser sur la consommation est l'un des points sur lequel la politique bernoise reste aveugle. L'efficacité énergétique en est un autre. «Le plus grand potentiel se trouve dans les maisons, déclare Gallus Cadonau, directeur de l'Agence Solaire Suisse. Les constructions modernes à énergie positive économisent autant d'énergie que peuvent en produire quinze centrales nucléaires par an. Si, en plus, les toits et façades des propriétaires et des PME sont utilisés à des fins solaires, la Suisse peut remplacer chaque année deux centrales nucléaires comme celle de Mühleberg.»

Au lieu de se pencher sur ces considérations, les parlementaires préfèrent toutefois reprocher à la ministre de l'Energie de ne pas avoir correctement préparé le pays à la crise. Y a-t-il du vrai là-dedans? Blick s'est renseigné auprès de praticiens.

Publicité

Noah Heynen, patron de l'entreprise solaire Helion, déclare: «La conseillère fédérale Sommaruga fait un très bon travail. Les conditions au Conseil fédéral et au Parlement ne semblent pas vraiment faciles.» Selon lui, le tournant énergétique est de toute façon incontournable. Le manque de progression que critiquent les Verts ne serait pas de la faute de la ministre de l'Environnement. Noah Heynen poursuit: «Le plus gros problème est la bureaucratie excessive. Et ce sont les cantons et les communes qui en sont responsables.» La moitié du temps de travail des employés d'Helion est consacrée au remplissage de formulaires fastidieux. Dernier exemple en date: l'entreprise a dû fournir un certificat de sécurité sismique pour une seule installation solaire - ils devaient prouver que l'installation ne tomberait pas du toit dans l’éventualité d'un grand tremblement de terre.

Le problème, c'est la bureaucratie

L'association faîtière de l'économie AEE Suisse critique également les excès du fédéralisme. La conseillère fédérale pourrait toutefois tout à fait faire davantage, affirme le directeur Stefan Batzli - par exemple en ce qui concerne le développement de l'énergie solaire: «Nous pourrions nous atteler à la réalisation de grandes installations alpines.» Le plus gros obstacle réside ici aussi dans les complications administratives: actuellement, les lois sur l'aménagement du territoire ne permettent pas du tout de grands projets comme celui-ci. «C'est là qu'interviennent les juristes de l'administration fédérale, explique Stefan Batzli. Ils doivent être plus créatifs face à la crise énergétique qui nous menace.»

L'imagination plutôt que les paragraphes pourrait accélérer le tournant énergétique. Seulement voilà: l'UDC, parti à la critique la plus virulente envers Simonetta Sommaruga, n'a aucun intérêt à ce que la transition énergétique soit effective. Elle exige de nouvelles centrales nucléaires et une prolongation de la durée de vie des centrales existantes.

Il n'y a pourtant rien à prolonger, puisqu'on oublie volontiers un fait précis dans le débat sur les durées d'exploitation: la Suisse n'a pas de durée de vie fixe pour les centrales nucléaires. C'est ce qu'affirme Wolfgang Denk, directeur de Swissnuclear, l'association des exploitants de centrales nucléaires. Dans les scénarios actuels de la Confédération, les centrales de Beznau, Gösgen et Leibstadt restent couplées au réseau pendant 60 ans au maximum.

Publicité

Le débat sur les centrales nucléaires ne résout pas la crise actuelle

Serait-il possible d'allonger cette durée? «En principe oui, répond Wolfgang Denk, tant que les rééquipements nécessaires sont possibles et que les centrales peuvent être exploitées de manière sûre et rentable.»

Dans les faits, la centrale nucléaire de Mühleberg a été arrêtée pour des raisons économiques - et non techniques ou politiques. Une chose est claire: les réacteurs existants fonctionneront au moins jusqu'en 2030. Et les nouvelles centrales nucléaires auraient un très long délai de mise en service. «La question de savoir si nous pouvons vraiment remplacer la production des centrales nucléaires est importante pour le long terme, mais le débat ne contribue toutefois pas à la résolution de la crise actuelle», déclare Wolfgang Denk.

Les groupes énergétiques suisses se sont depuis longtemps convertis à l'énergie solaire. Que pensent-ils du débat à Berne? «Les grands obstacles de la transition énergétique sont de nature systémique», déclare Thomas Porchet de l'entreprise d'électricité Axpo. La personne qui dirige le département de l'énergie ne joue donc qu'un rôle secondaire.

Sommaruga agit pourtant pour l'énergie

Simonetta Sommaruga elle-même fait référence à la forte augmentation de l'énergie solaire depuis son entrée en fonction en tant que ministre de l'Energie il y a trois ans et demi. En effet, depuis 2020, la croissance est d'environ 45% par an - plus que jamais auparavant. «Les objectifs du Conseil fédéral, à savoir couvrir au moins 20% de la consommation d'électricité suisse avec du photovoltaïque en 2035, peuvent être atteints avec cette augmentation», fait savoir l'Office fédéral de l'énergie (OFEN).

Publicité

Simonetta Sommaruga a mis en place des accélérations de procédures - critiquées par les cantons - et a envoyé un grand décret pour les énergies renouvelables au Parlement, où il est bloqué par la commission de l'énergie du Conseil des Etats.

La ministre a en outre mis en place une table ronde sur le développement de l'énergie hydraulique - qui est désormais torpillée par certaines organisations environnementales.

Des critiques stratégiques

Pourquoi les Verts et l'UDC s'acharnent-ils malgré tout sur la ministre de l'Energie? Les attaques politiques auraient beaucoup à voir avec une tactique électorale. Les Verts luttent avec le PS pour la suprématie dans le camp de gauche. Quant à l'UDC, il lui manque - depuis les élections de 2019 - un thème avec lequel elle pourrait faire campagne. La tentative des dirigeants du parti de se placer en tant qu'opposition aux mesures durant la pandémie a échoué. La votation sur la loi Covid-19 l'a montré. Et le grand-père de l'UDC, Christoph Blocher, qui dominait autrefois la politique suisse, n'est plus guère présent. «A travers le thème de l'énergie, l'UDC saisit la chance d'occuper un nouveau champ, juste à temps avant les élections», analyse le politologue Claude Longchamp.

Il se peut que l'UDC ait bientôt la possibilité de prendre ses responsabilités. Et de faire mieux que la magistrate qu'il critique. Si une situation d'urgence énergétique survient effectivement en hiver, c'est surtout le ministre de l'Economie qui devra mettre la main à la pâte: le conseiller fédéral vaudois UDC Guy Parmelin.

Publicité

(Adaptation par Lliana Doudot)

Vous avez trouvé une erreur? Signalez-la