Le père de la randonneuse disparue à Tête Blanche s'exprime
«Elle m'a dit de ne pas m'inquiéter»

Six randonneurs ont été pris dans une tempête dans la région de Tête Blanche, en Valais. Les sauveteurs ont retrouvé cinq corps. Mais une randonneuse, Emilie D., est toujours portée disparue. Meurtri, son père s'est exprimé dans le journal «La Liberté».
Publié: 11.04.2024 à 09:28 heures
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Dernière mise à jour: 11.04.2024 à 09:35 heures
«C'est quelqu'un de brillant à qui tout réussissait, elle était lumineuse et souriante. Avec elle, tout marchait comme sur des roulettes, à l'école, au collège, à l'université.», s'enthousiasme le père de la randonneuse toujours portée disparue.
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Johannes Hillig

«A ce moment-là, j'ai perdu une partie de moi, c'était comme si on m'arrachait un morceau de mon corps», raconte Alexandre D., 67 ans, à «La Liberté». Le 9 mars a bouleversé sa vie: depuis ce jour, sa fille Emilie est depuis disparue.

Elle était partie de Zermatt avec son ami David M. et la famille de celui-ci pour se rendre à Arolla par la Haute Route. Mais le groupe n'est pas allé aussi loin, le temps étant devenu trop mauvais. Peu après 17 heures, les six randonneurs, bloqués dans la région de Tête Blanche, ont lancé un appel de détresse. Six hélicoptères de sauvetage privés ainsi que deux Super Puma de l'armée ont alors été engagés dans une vaste opération de recherche. Des spécialistes du sauvetage en montagne ont également été mobilisés. En vain.

«Personne ne peut survivre une seule nuit dans un tel environnement»

«Les sauveteurs sont revenus le samedi soir et ils ont dit qu'ils n'avaient pas pu accéder à l'endroit. Le lendemain, ils ont trouvé cinq corps, mais un sixième n'était pas là. J'ai tout de suite pensé qu'il s'agissait de mon Emilie. Ils ont retrouvé son sac et ses skis, mais pas elle», poursuit Alexandre D. pour «La Liberté».

C'est à ce moment-là qu'il a su qu'il avait perdu sa fille. Officiellement, elle est toujours portée disparue. Mais Alexandre D. ne se fait aucune illusion. «Personne ne peut survivre une seule nuit dans un tel environnement.»

Juriste au service des travaux publics

Il ne croit pas non plus que le corps de sa fille sera bientôt retrouvé. Pas plus tard que la semaine dernière, il est tombé une bonne quantité de neige fraîche dans la zone où l'on pense que Emilie D. est morte. Peu après la tragédie, il a déménagé pour une semaine. Il voulait être seul avec sa douleur, son chagrin. Maintenant, il a la force de parler de sa perte et de penser à sa fille.

«C'est quelqu'un de brillant à qui tout réussissait, elle était lumineuse et souriante. Avec elle, tout marchait comme sur des roulettes, à l'école, au collège, à l'université. A peine avait-elle obtenu son brevet de juriste qu'elle a immédiatement trouvé un emploi au service des travaux publics», s'enthousiasme son père.

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«J'avais peur quand elle faisait de la moto».

Emilie D. a toujours été sportive. La natation, la randonnée, les cours de fitness. Et finalement, l'escalade est venue s'y ajouter. Elle voulait être la meilleure dans tout ce qu'elle faisait. «Elle vivait à 200 à l'heure.» Il s'est souvent inquiété pour sa fille. «J'avais peur quand elle faisait de la moto, et j'avais aussi peur quand elle s'est mise à l'escalade.» Mais elle s'est toujours entraînée avec application et savait ce qu'elle faisait.

Deux jours avant la tragédie dans les Alpes valaisannes, il a vu sa fille pour la dernière fois. «Elle m'a dit qu'elle allait faire Zermatt-Arolla, et je lui ai demandé si elle était sûre à cause la météo. Elle m'a dit de ne pas m'inquiéter.»

Mais le pire est arrivé: le groupe a été pris dans une tempête. Emilie D. a appelé les secours à 17h19. «Ils avaient été surpris par le mauvais temps. Il paraît que quand le foehn se lève là-haut, on ne voit pas à trois mètres. Les sauveteurs m'ont dit plus tard qu'ils n'apercevaient même pas le premier de cordée. Je pense qu'elle c'est en cherchant du réseau qu'elle a du se perdre et qu'elle est tombée dans une crevasse.»

Le pendentif. Un signe prémonitoire?

A Emilie et à sa sœur, Alexandre D. avait offert à chacune un pendentif en or pour leur chaîne. «Christine H. l'a porté tout le temps, mais juste avant de partir pour cette course, elle l'a laissé à sa sœur. Cela ne veut peut-être pas dire grand-chose, mais je ne peux m'empêcher d'y voir un signe prémonitoire.»

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Pour supporter cette terrible perte, Alexandre D. fait beaucoup d'équitation. Et ce n'est pas tout: «Chaque fois que je vois une chapelle, j'allume une bougie. Je me dis que c'est comme ça, que c'est le destin, que c'était écrit.»

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