Interview du président de Visana
«Pourquoi pas intégrer des séances de fitness dans notre système de santé?»

Lorenz Hess, président de Visana et conseiller national du Centre, partage sa vision sur les défis des primes d'assurance maladie et présente le modèle novateur de soins intégrés régionaux pour prévenir les maladies et contrôler les coûts de santé en Suisse. Interview.
Publié: 24.07.2023 à 09:44 heures
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Dernière mise à jour: 24.07.2023 à 11:41 heures
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Au Parlement, Lorenz Hess considère son rôle comme celui d'un politicien de la santé – et non comme celui d'un lobbyiste des assureurs.
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Peter Aeschlimann

Monsieur Hess, combien coûtera la prime chez Visana l'année prochaine?
Même si je le savais, je ne pourrais pas vous le dire. Mais ce qui me préoccupe, c'est qu'elle sera certainement plus chère.

Comment le savez-vous?
Au premier trimestre 2023 déjà, le nombre de prestations de santé reçues a été supérieur à celui de la même période de l'année précédente. Plus de médicaments, de thérapies, d'hospitalisations. Cela se répercute sur les primes: les associations de caisses maladie prévoient une hausse des prix de 6 à 10%.

Dans le canton de Berne, je paierai ainsi l'année prochaine environ 400 francs par mois à Visana. Si j'avais trois enfants, la note serait salée.
Pour beaucoup, cela devient un problème. Quelqu'un m'a dit une fois: «En Suisse, nous préférons conduire une BMW plutôt qu'une VW Golf.» Celui qui exige un système de santé de pointe doit aussi en payer le prix. C'est bien beau tout ça. Seulement voilà: de plus en plus de gens ne peuvent plus supporter ces sommes. Ils reçoivent alors des réductions de primes qui, en fin de compte, doivent être payées par les contribuables. C'est pourquoi il faut faire quelque chose maintenant!

Le PLR ne parle pas de BMW et de VW, mais dit: «De l'eau plutôt que du champagne.» Que pensez-vous de l'idée radicale d'un modèle d’assurance «budgétaire» avec des primes très basses?
Selon les baromètres, les primes d'assurance-maladie sont en tête des préoccupations des Suisses. Il y a donc beaucoup de campagne électorale derrière tout cela. Un tel modèle signifierait toutefois un abandon de notre système, dans lequel les personnes en bonne santé sont solidaires avec les malades.

La Visana n'intégrerait donc pas d'assurance «light» dans son offre?
Nous empruntons d'autres voies. Notre modèle d'assurance alternatif de soins intégrés régionaux, que nous lancerons l'année prochaine dans l'Arc jurassien, intègre déjà quelques-uns des bons éléments de la proposition du PLR: l'accent mis sur la prévention, par exemple, ou un dossier du patient par voie électronique, afin d'éviter les doublons.

Les soins intégrés semblent parfois très abstraits. Qu'est-ce qui caractérise ce modèle?
Le système de santé et tous ses acteurs vivent actuellement des malades. Le système gagne de l'argent quand les gens doivent aller chez le médecin, chez le pharmacien ou passer sous le bistouri. En revanche, le modèle des soins intégrés fait en sorte que, dans la mesure du possible, les gens ne deviennent pas des patients. C'est pourquoi la prévention et la détection précoce sont si importantes. Il existe un budget fixe pour tous les assurés. Cela incite positivement à éviter autant que possible les doublons.

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Les modèles existants misent également sur la prévention.
Bien sûr. Par exemple, beaucoup paient un abonnement de fitness. Allons plus loin dans notre approche. Pourquoi ne pas intégrer un centre de fitness dans le système? Gratuitement, bien sûr. Avec des coachs qui conseillent. Ce serait de la prévention concrète. Il ne s'agit pas simplement de remettre un podomètre en invitant les gens à marcher un peu plus.

Tout le monde ne souhaite pas que quelqu'un lui signale ses mauvaises habitudes alimentaires ou son manque d'activité physique.
Nous ne forçons personne. Et nous n'équipons surtout pas nos assurés d'un cardiofréquencemètre. Le fait est que tout le monde a intérêt à rester en bonne santé le plus longtemps possible.

Il faut encore apporter la preuve que les soins intégrés fonctionnent en Suisse. Néanmoins, vous prévoyez déjà d'autres clusters dans d'autres régions. Qu'est-ce qui vous rend si sûr de votre succès?
Je suis convaincu à 120% du modèle. Nous avons étudié les modèles à l'étranger. «Kaiser Permanente» aux États-Unis ou «Ribera Salud» en Espagne ont réussi à réduire les coûts d'environ 20%. C'est simple: c'est le marché qui décide. Si nous parvenons à convaincre suffisamment de personnes des avantages de notre modèle, nous le ferons décoller.

Combien de personnes doivent participer?
Cela dépend de la région. Mais nous essayons d'atteindre le plus rapidement possible la limite de 20'000 assurés. C'est à ce stade que le système de soins intégrés commencera à jouer.

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Les personnes en bonne santé sont d'abord attentives au prix. Si la prime de l'assurance de base augmente, ils ou elles passeront tout simplement à la concurrence à la fin de l'année.
Si les assurés se sentent bien traités et de façon efficace, ils resteront. Cela nous permet de fixer une prime attrayante qui n'augmente pas chaque année.

Qu'est-ce que cela rapporte à Visana?
Nous ne faisons pas cela simplement parce que nous sommes des bien-pensants. Mais en tant que l'un des grands assureurs, nous avons le devoir d'entreprendre quelque chose contre la croissance des coûts. Nous n'avons aucun intérêt à être chaque automne un porteur de mauvaises nouvelles.

Au cours des quatre dernières années, la politique n'a pas réussi à faire passer de grandes réformes dans le secteur de la santé. Certains en attribuent la responsabilité à la polarisation croissante. Or, les pronostics électoraux indiquent que ce sont justement les deux partis polaires, l'UDC et le PS, qui vont progresser cet automne. Qu'est-ce que cela signifie pour les politiques de santé?
La polarisation n'aide nulle part, et surtout pas dans les politiques de santé. Non seulement les partis, mais aussi les différents acteurs soulignent constamment: il faut agir. Mais lorsqu'il s'agit de trouver des solutions communes autour de la table, chacun campe sur ses positions. Le ministre de la Santé Alain Berset a tout de même mis en place un paquet de mesures de maîtrise des coûts. On peut avoir des avis divergents sur les mesures qu'il contient. Mais il montre de manière exemplaire pourquoi nous n'avançons guère: il y a toujours un acteur qui fixe une ligne rouge. Et au final, on obtient des tigres de papier. C'est très décevant. Cette obstination dans des positions extrêmes nous a finalement poussés à entreprendre quelque chose nous-mêmes et à ne pas attendre que tout le monde se rassemble.

En tant que président du conseil d'administration d'un grand assureur-maladie, vous faites partie des acteurs.
Le lobbying au Palais fédéral est du ressort des associations — nous en avons même deux, Santésuisse et Curafutura (rires). Bien sûr, le centre n'est pas très sexy. On peut faire plus de bruit à gauche et à droite. Mais dans la politique de la santé, les succès ne sont possibles que si l'on peut faire des compromis. Le «Réseau de l'Arc» en est un bon exemple. C'est la première fois que le canton, les fournisseurs de prestations et nous, en tant qu'assureurs, avons développé quelque chose ensemble. D'habitude, ces acteurs s'assoient à la table en face et marchandent. Nous avons soumis un concept à l'OFSP en l'espace d'un an.

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Encore un mot sur les élections: selon un pronostic actuel, le Centre pourrait dépasser le PLR. Et vous êtes par ailleurs conseiller national. Demanderez-vous un deuxième siège au Conseil fédéral si cela se produit?
Il faudrait que le résultat soit clair le dimanche soir des élections. Mais cela ne serait pas mis en œuvre immédiatement. Car cela signifierait la destitution d'un conseiller fédéral PLR existant. Je suis donc résolument contre. La question ne se poserait donc qu'en cas de vacance. Et comme je l'ai dit, seulement si le résultat est clair.

La formule magique est claire: les trois plus grands partis ont chacun deux sièges.
C'est comme en sport: celui qui franchit la ligne d'arrivée avec un centième de seconde d'avance gagne. Donc, si nous devions effectivement dépasser le PLR, cette question se posera.

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