Drame à Montreux
Quand l'école à domicile vire au drame familial

Cinq personnes sont tombées dans le vide du balcon du septième étage d'un immeuble de Montreux, jeudi peu avant 7h. Des policiers étaient venus chercher le père de famille pour éclaircir la situation scolaire d'un des enfants juste avant que le drame ne se produise.
Publié: 24.03.2022 à 17:01 heures
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Dernière mise à jour: 24.03.2022 à 18:12 heures
De nombreux policiers ont passé l'appartement concerné au peigne fin.
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Adrien SchnarrenbergerJournaliste Blick

Il n’était pas encore sept heures du matin lorsque la police a frappé à cet appartement de l’Avenue du Casino 35, à Montreux. Des agents venaient demander à un ressortissant français de 40 ans pourquoi il n’avait pas donné suite aux demandes administratives concernant la scolarisation d’un enfant à domicile. Selon les règles, un contrôle est effectué par année, a expliqué Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police vaudoise, et la situation administrative est allée jusqu’à une intervention de police.

L’homme était à la maison et les agents lui ont expliqué la raison de leur présence mais n’ont eu pour réponse qu’un silence. Avant qu’une effroyable scène ne soit décrite au 117 par un témoin: cinq personnes venaient de tomber du 7e étage de l’immeuble en face du casino, soit au moins une vingtaine de mètres à vue d’œil. Quatre sont décédées: le père de famille de 40 ans, son épouse de 41 ans, la sœur jumelle de celle-ci et la fille du couple, âgée de 8 ans. Le fils, âgé de 15 ans, est hospitalisé dans un état grave.

Que s’est-il passé entre les sollicitations des agents et ce que la police appelle un «drame familial»? L’enquête devra le déterminer. De très nombreuses forces ont été engagées, dont des chiens, pour rassembler tous les indices. Une question était sur toutes les lèvres: pourquoi la police s’est-elle contentée de rebrousser chemin une fois avoir décliné son identité, au lieu de tenter d’entrer dans le logement? «Il ne s’agissait que d’une simple mesure administrative, rétorque Jean-Christophe Sauterel. Les occupants de l’appartement n’étaient pas connus de nos services, ce qui ne justifiait pas du tout une entrée en force.»

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Ces services sont disponibles 24 heures sur 24 pour les personnes en crise suicidaire et pour leur entourage:

  • Consultation téléphonique de la Main Tendue: téléphone 143 www.143.ch
  • Conseil téléphonique de Pro Juventute (pour les enfants et les jeunes): téléphone 147 www.147.ch
  • Autres adresses et informations : www.parler-peut-sauver.ch

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«Il a toujours été un peu sauvage»

Un mandat d’amener est une demande officielle par laquelle une autorité pénale ordonne à la police de faire venir une personne devant cette autorité, pour un acte de procédure. En l’occurrence, le père de famille n’avait pas donné suite aux demandes relatives à la scolarisation de son enfant. Mais s’il s’était agi d’une vraie interpellation, les forces de l’ordre seraient venues avec un tout autre matériel et une autre optique, explique-t-on dans les rangs de la police. Si l’intervention avait été prévue aussi tôt, c’était pour s’assurer que l’homme soit à la maison pour le conduire à la préfecture. La loi prévoit d’ailleurs que la police exécute le mandat d’amener «avec le maximum d’égards pour les personnes concernées».

Dans la bouche de plusieurs voisins de paliers interrogés par Blick, ce ressortissant français d’une quarantaine d’années endosserait un rôle central dans cette histoire tragique. «Je l’ai toujours considéré comme un peu sauvage», raconte une femme de l’immeuble. Cette habitante a entendu les policiers frapper, ce jeudi matin, avant qu’un gros bruit sourd ne résonne. Elle a pensé à un accident de voiture ou à une attaque à la voiture-bélier contre une bijouterie du quartier. Jamais elle n’aurait songé à un tel drame, même si une femme avait déjà sauté d’une tour voisine «il y a quelques années».

Des habitants «fantômes»

Selon elle, la famille en question résidait certes depuis «deux à trois ans» dans cet immeuble, mais ce n’est que depuis novembre qu’ils y habitent réellement. «Je me suis toujours demandé pourquoi ils louaient cet appartement alors qu’ils n’étaient pas vraiment là», explique-t-elle à Blick. Mais cela a bien changé ces dernières semaines. «Le père devait travailler à domicile car il ne sortait plus», raconte cette voisine, dont la fille connaissait le fils de 15 ans qui a survécu. Notre témoin se souvient avoir croisé toute la famille concernée il y a quelques jours au McDonald’s. «Je me suis fait la réflexion qu’ils étaient tous très proches.»

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Ce jeudi, comme souvent dans ces circonstances, la machine à rumeurs s’est emballée. Certains ont évoqué une dérive liée à une secte, mais aucun indice ne vient étayer ce scénario, a fait savoir Jean-Christophe Sauterel. Le porte-parole de la police vaudoise a expliqué qu’il y avait «des éléments» pour éclaircir le déroulé des faits, mais que la police ne communiquerait pas avant plusieurs jours.

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