Deux apprentis atteints d'autisme et de trisomie témoignent
Des apprentissages pour jeunes handicapés? A la Fabrique28, c'est possible

Louis Collioud et Livia Riley ont tous deux un handicap. Mais à la Fabrique28 à Berne, leur différence ne change rien. Les deux jeunes ont l'opportunité de suivre une formation tout à fait normale. Blick est allé leur rendre visite.
Publié: 01.03.2024 à 07:05 heures
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Dernière mise à jour: 01.03.2024 à 08:48 heures
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Livia Riley et Louis Collioud suivent leur formation dans le local événementiel Fabrique28 à Berne.
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Milena Kälin et Philippe Rossier

Un jeune homme est affairé vers la machine à café. Il manipule les pistons et attrape les tasses en vol. Ce qu'il préfère? Faire sourire les clients au comptoir et leur dessiner des jolies formes sur leur cappuccino – faire du latte art, comme on l'appelle.

Pourtant, approcher les clients est un vrai challenge pour ce barista. «On ne le remarque peut-être pas, mais c'est le contact avec les gens qui me pose le plus de problèmes», admet Louis Collioud à Blick. Et pour cause: le jeune homme souffre d'un trouble du spectre autistique.

Poser des questions, c'est toujours possible

A la Fabrique28, tout le monde est le bienvenu – les personnes sur le spectre aussi. Ce lieu événementiel appartient à l'organisation à but non lucratif (ONG) Blindspot à Berne. C'est là-bas que Louis fait son apprentissage d'employé de service. «J'aimerais bien enchaîner avec un CFC. Mais à l'heure actuelle, cela me ferait trop», explique-t-il.

La grande tolérance aux erreurs dans l'entreprise est importante pour lui. Il peut poser des questions deux, trois, même quatre fois de suite: «Après tout, tout le monde fait des erreurs», rappelle le jeune serveur.

Son enthousiasme de barista se lit sur son visage.

Le service, la préparation d'événements ou l'aide au catering font partie intégrante de ses tâches. Louis a aussi déjà travaillé dans le foodtruck et le chalet à fondue de l'entreprise. Mais ce qu'il préfère, c'est le café. Et faire la vaisselle. Les tâches calmes et routinières lui conviennent parfaitement. Il lui arrive aussi de donner un coup de main lors de grands événements.

De manière générale, Louis est une personne qui se fait beaucoup de soucis. Il s'inflige beaucoup de pression – et donc du stress. «Mais il sait très bien le gérer, à tel point qu'il devient tout à fait capable d'intégrer le marché du travail primaire. Il s'améliore constamment», explique Jonas Staub, le fondateur de Blindspot.

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La Fabrique28 est l'une des quatre entreprises de l'ONG. Elle est financièrement autosuffisante. Des personnes comme Louis intégrer la Fabrique pour entreprendre un apprentissage et faire leurs premiers pas dans le monde du travail.

«Ce que je préfère, c'est servir»

Livia Riley, 17 ans, fait partie des apprenties. La jeune femme est atteinte de trisomie 21. Cet été, elle terminera sa formation pratique dans l'entreprise. Et elle s'en sort plutôt bien: «On lui a proposé de rester chez nous. Elle travaillera surtout dans la restauration», se réjouit Jonas Staub. Canadienne d'origine, l'adolescente parle très bien l'anglais, en plus de l'allemand.

A notre arrivée, la jeune serveuse est en train de préparer les tables pour un événement qui aura lieu le lendemain. Elle dresse soigneusement les sets de table, les couverts et les serviettes. «Ce que je préfère, c'est servir. J'ai parfois un peu de mal à encaisser avec de l'argent liquide», avoue Livia. Mais dans ce cas, elle demande simplement de l'aide: «Je me sens très à l'aise dans l'équipe.»

Livia apporte le plus grand soin à son travail.

Jonas Staub se souvient très bien des débuts de Livia dans l'entreprise. Elle a commencé par un stage. Au début, elle se cachait derrière les colonnes du restaurant. Mais au bout de quatre mois, elle a commencé à prendre confiance et s'est ouverte. «C'est la force de l'inclusion: elle a pu observer comment les autres faisaient», remarque le fondateur. Car dans l'entreprise, les personnes avec et sans handicap travaillent main dans la main.

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Changer les mentalités

Après sa formation, un salaire au mérite sera appliqué pour Livia. Il s'agit de voir ce qu'elle fait par rapport à une personne sans handicap. Son salaire sera alors déterminé en conséquence. «Selon le montant, cela allège les prestations complémentaires. Et elle a plus d'argent à disposition après la rente AI», explique Jonas Staub.

L'AI prend en charge la formation initiale de la jeune femme. Mais par la suite, elle ne versera plus rien à l'entreprise. Livia devra alors travailler dans un atelier. «La reconnaissance publique et les défis ne leur sont pas accessibles dans un atelier», se désole Jonas Staub.

Même avec le food truck, dans lequel les deux jeunes apprentis et ont tous deux déjà travaillé, le fondateur s'expose délibérément au public: «Nous allons dans des endroits où on ne nous attend pas. Cela change les mentalités – ou du moins, ça les perturbe un peu.»

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