Des Grisons à Kiev
Des maisons en bois suisses pour loger des familles ukrainiennes sans-abri

Des artisans suisses apprennent à leurs collègues ukrainiens à construire une maison en bois, imaginée par un Appenzellois. Le prototype doit pouvoir être produit en série en Ukraine afin de permettre aux familles ayant perdu leur logement de retrouver un abri.
Publié: 28.06.2022 à 06:01 heures
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Dernière mise à jour: 28.06.2022 à 08:46 heures
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Enrico Uffer devant la maison en bois construite dans son usine à Savognin (GR): «Je voulais faire quelque chose au lieu d'avoir pitié et de secouer la tête pendant le téléjournal.»
Peter Hossli (Text) et Stefan Bohrer (Fotos) à Savognin

Il commence par percer un trou dans le panneau de bois, à travers lequel il passe des fils électriques. Ensuite, Sergei Medvedchuck fixe une lampe sur la maison en bois clair. C’est le premier bâtiment qu’il construit lui-même, dit-il. Depuis une semaine, l’artisan travaille avec trois collègues ukrainiens dans une halle d’Uffer AG, à Savognin (GR), un groupe de construction spécialisé dans le bois. Le résultat est un conteneur spacieux avec un salon, une salle de séjour et des chambres à coucher. Il ne manque plus que la cuisine et la salle de bain.

La maison terminée doit être envoyée en Ukraine en juillet. «Dans la région de Kiev, de nombreux logements ont été détruits. Dans certains villages, tout est en ruines, explique Sergei Medvedchuck. L’hiver arrive bientôt, les familles qui pont perdu leur logement ont un besoin urgent d’abris.» Jusqu’à ce que leurs maisons soient reconstruites, les conteneurs leur serviront d’abris. Ils seront construits sur place par des artisans ukrainiens – formés par des Suisses à Savognin.

Un projet imaginé par un entrepreneur appenzellois

L’idée de ce projet est venue de l’entrepreneur appenzellois Martin Huber, qui dirige une usine de cadres de fenêtres à Herisau (AR). Il achète une partie de son bois en Ukraine, où il possède une filiale. Son contremaître Sergei Medvedchuck lui a décrit comment les missiles russes détruisaient des villages entiers. L'Appenzellois voulait faire quelque chose - et en a parlé à Enrico Uffer, avec qui il travaille pour des projets de construction en Engadine. Tous deux ont décidé de concevoir une maison en bois, de la construire à Savognin et de l’acheminer en Ukraine. Là-bas, elle sera produite en série.

La construction, le transport et la formation coûtent de l’argent. Qui paie? «Nous ne nous posons même pas la question, affirme Enrico Uffer. Si cette question se pose au départ, on ne peut pas lancer un tel projet.» Car les deux hommes veulent faire quelque chose, «au lieu d’avoir pitié et de secouer la tête pendant le téléjournal». D’ici le début de l’hiver, 40 maisons devraient être prêtes à abriter des familles.

Privilégier le travail manuel aux robots

Parmi les artisans ukrainiens présents en Suisse, seul Sergei Medvedchuck parle allemand. Mais il n’y a pas eu de problèmes de compréhension à Savognin, selon Enrico Uffer: «Les artisans se comprennent dans le monde entier. Ils travaillent avec leurs mains et sont de la même trempe.» Il a délibérément renoncé aux robots, qui pourraient construire le bâtiment en quelques heures. Le kit de construction simple doit pouvoir être reproduit avec des outils courants et des matériaux disponibles sur place.

L’ossature porteuse est constituée d’épicéa. Des panneaux de bois forment les murs, les plafonds et les sols. L’électricité et les installations sanitaires sont conformes aux normes européennes en vigueur en Ukraine. Un poêle à bois permet de chauffer la maison, même en cas de panne d’électricité.

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Exposer le projet à la gare de Zurich pour attirer du soutien

Les «tiny houses» ont servi de modèle: de petits logements en bois qui peuvent être déplacés sans effort. La petite maison à destination de l'Ukraine ne doit pas être trop lourde, car les grues manquent dans le pays.

Le 30 juin, un camion transportera la maison démontée de Savognin à Zurich. Dès 7h, des artisans ukrainiens l’installeront dans le hall de la gare centrale. Enrico Uffer et Martin Huber espèrent ainsi convaincre d’autres personnes et organisations de participer au projet.

L'entrepreneur appenzellois n'a jusqu'à maintenant pas reçu d'aide de la Chaîne du Bonheur, qui a récolté plus de 120 millions de francs pour l'Ukraine, car son projet n'est pas certifié comme une oeuvre d'entraide.

«Une guerre de merde»

Après le début des attaques russes, Sergei Medvedchuck s’est rendu dans la commune argovienne d'Herisau avec sa femme et ses deux filles pour travailler dans l'entreprise de Martin Huber. Il qualifie le conflit secouant son pays de «guerre de merde dans laquelle des frères se battent». Issu d'une mère russe et d'un père ukrainien, il s'est retrouvé pris entre deux feux. «Vingt cousins russes ne me parlent plus», affirme-t-il.

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Il se réjouit de retourner en Ukraine avec sa famille, la semaine prochaine. Il emportera avec lui une maison en bois de Savognin, qui servira de nouveau foyer à des compatriotes sans abri.

(Adaptation par Quentin Durig)

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