29'000 nouveaux grands ménages en 2022
De plus en plus de personnes doivent vivre en colocation en raison de la pénurie de logements

Le nombre de ménages de trois personnes ou plus a fortement augmenté l'année dernière. Mais cette disposition n'est pas tout à fait volontaire. La pénurie de logements a modifié le comportement des citoyens en termes de (co)habitation.
Publié: 29.10.2023 à 08:53 heures
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Les jeunes restent plus longtemps à la maison ou emménagent dans une colocation.
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Dorothea Vollenweider

Il y a encore peu de temps, les Suisses voulaient avant tout vivre seuls. Mais voilà que le nombre de ménages d'une ou deux personnes augmente, et ce, depuis quelques années. La crise du marché du logement a en effet laissé des traces. De plus en plus de locataires ne peuvent plus se permettre d'avoir leur propre «chez soi».

Petite exception l'année dernière où le nombre de petits ménages a de nouveau augmenté. Mais la courbe est, de manière générale depuis 2021, en forte baisse, alors que la population a fortement augmenté. En revanche, le nombre de personnes vivant dans des foyers nouvellement formés, comprenant trois personnes ou plus, n'a cessé d'augmenter durant cette période: 29'000 nouveaux grands ménages ont été créés en 2022. C'est 7466 de plus que l'année précédente.

Une demande de logements en mutation

Ces chiffres représentent-ils un renversement de tendance? Le conseiller immobilier Wüest Partner a mis en contexte les données sur les ménages de l'Office fédéral de la statistique dans son Immo-Monitoring annuel. «En y regardant de plus près, il apparaît clairement que la formation des ménages et donc la demande de logements commencent à se transformer», explique Robert Weinert, responsable de la recherche chez Wüest Partner.

«Le choix du type de logement ne reflète pas nécessairement les souhaits réels»Robert Weinert, responsable de la recherche chez Wüest Partner

Selon lui, tout indique que la population suisse est de plus en plus contrainte de vivre sous le même toit que d'autres personnes au lieu de vivre seule. Pas étonnant, la vie devient de plus en plus chère. Outre les loyers, les primes d'assurance maladie, les frais d'alimentation, d'électricité et de chauffage augmentent. Et cela touche particulièrement la jeune génération. Les jeunes adultes peuvent plus rarement se permettre d'avoir leur propre logement. «Ils quittent donc plus tard le domicile parental ou fondent plus souvent une colocation», explique Robert Weinert.

Selon lui, cette évolution est particulièrement marquée dans des villes comme Zurich, Lausanne, Winterthour, Lucerne et Zoug. «En revanche, la part croissante de la population âgée est de plus en plus la principale raison de l'augmentation du nombre de petits ménages», ajoute l'expert en immobilier.

Individualisation VS communauté

Les Suisses et les Suissesses se tournent donc davantage vers des modèles de cohabitation. Mais pas parce que la société se détourne de l'individualisation et mise à nouveau sur la communauté. «Les chiffres montrent bien plus clairement que la pénurie de logements et le recul de la construction neuve influencent considérablement le comportement de la demande des ménages suisses» précise le spécialiste. 

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«Le choix du type de logement ne reflète pas nécessairement les souhaits réels», ajoute Robert Weinert. Les locataires font de la nécessité une vertu. La grave pénurie de logements, combinée à la hausse des loyers, les oblige à cohabiter avec d'autres personnes plutôt que de vivre seuls. Les tendances des années 2017 à 2020 prouvent toutefois que leur véritable rêve de logement serait différent. A l'époque, lorsque les loyers baissaient et que l'offre était plus diversifiée, une part considérable des Suisses vivaient dans des ménages plus petits.

Aujourd'hui, la pénurie a incité les gens à réduire leur espace de vie. D'un point de vue écologique, c'est une bonne nouvelle. Les grands foyers ont des émissions de CO2 plus faibles. D'un point de vue économique, cette évolution est également réjouissante. En effet, l'espace d'habitation limité est utilisé de manière plus efficace. «Seul l'avenir nous dira quel impact cela aura finalement sur la société», explique Robert Weinert.

Hausse des loyers

Les locataires n'ont de toute façon pas le choix pour le moment. Le marché est asséché. Le nombre de logements locatifs annoncés a encore diminué au deuxième trimestre 2023. Parallèlement, l'activité de construction neuve diminue. Au deuxième trimestre 2023, les autorisations restent inférieures à la moyenne des dix années précédentes. Et la demande reste forte. La population résidente permanente devrait augmenter d'environ 1,6% en 2023.

Par conséquent, les loyers des quelques objets disponibles augmentent fortement. Dans son propre indice des loyers proposés, Wüest Partner a calculé l'évolution des loyers d'un appartement typique, publié dans une annonce, sans les charges. L'appartement standard mesure 85 mètres carrés, dispose de 3,5 pièces, se trouve dans un endroit légèrement au-dessus de la moyenne, a 35 ans et coûte 1620 francs. L'indice montre qu'au deuxième trimestre 2023, le loyer d'un tel appartement a déjà augmenté de 3,5% par rapport à l'année précédente. En 2024, il devrait encore augmenter de 4,8%.

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Tous ces éléments indiquent que la taille des ménages va continuer à augmenter dans un avenir proche. La perspective d'avoir son propre logement s'éloigne donc pour de nombreux Suisses.

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