Peu d’autres pays européens ont autant changé que la Suède au cours des dernières années. Il y a quelques décennies, ce pays nordique était surtout le monde de la joyeuse Fifi Brindacier et du groupe pop Abba.
Le temps de l'idylle est révolu! «La Suède se trouve dans une situation très grave», a prévenu le Premier ministre conservateur Ulf Kristersson, au pouvoir depuis deux mois, lors de son premier discours de Noël ce mercredi. Sa prédécesseure, la sociale-démocrate Magdalena Andersson, avait déjà déclaré peu avant sa défaite électorale: «On ne reconnaît plus du tout la Suède.» Mais que se passe-t-il donc dans le royaume? Blick dresse la liste des six plus grands problèmes du pays scandinave.
L’immigration
Pendant des décennies, la Suède a mené la politique d’immigration la plus libérale d’Europe. Dès les années 1960, le pays a attiré des travailleurs étrangers, qui ont continué à venir lorsque l’essor économique a pris fin. En 1975, les immigrés ont obtenu les mêmes droits que les Suédois, y compris un accès complet au système social. À partir de 1984, les réfugiés ont obtenu un droit de séjour illimité. Ce qui a créé des complications.
Entre-temps, le gouvernement a serré la vis en matière d’immigration. Il veut réduire le quota de réfugiés de 6400 personnes par an à 900. En outre, les réfugiés ne pourront rester dans le pays que pour une durée limitée.
La criminalité
La Suède détient un triste record en matière d’homicides. Entre le 1er janvier et le 15 décembre 2022, 60 personnes ont été tuées et 104 blessées dans 378 fusillades. Au cours de la même période, quatre personnes ont été tuées au Danemark et en Norvège, et deux seulement en Finlande. Rien que dans la ville de Södertälje (70’000 habitants), il y a déjà eu autant de personnes abattues cette année que dans tout Londres (9 millions d’habitants).
«Ce sont des individus très jeunes qui commettent ces gestes. Ils font presque toujours partie de bandes criminelles organisées, presque toujours d’origine étrangère», soutient le Premier ministre suédois. Il promet une présence policière plus importante, davantage de prisons et des peines plus sévères.
La gestion du coronavirus
Lors de la pandémie, la Suède a suivi une voie particulièrement libérale. Une commission d’enquête a vivement critiqué la politique sanitaire dans un bilan, car la Suède a souvent réagi trop tard et pas assez sévèrement. Même le roi Carl XVI Gustaf a parlé d’un «échec».
Le gouvernement n’a pas admis la critique. Ceux qui s’y sont risqués, comme le double national suédois et irlandais Keith Begg, ont été considérés par les autorités et les médias comme une «menace pour la démocratie» et ont été inondés de commentaires haineux et de menaces.
L’extrémisme de droite
Ces dernières années, l’extrême droite a connu un grand essor en Suède. Les attaques de néonazis contre les militants de gauche et les migrants sont récurrentes.
Face à la forte augmentation de la violence dans les banlieues et à l’échec de la politique d’intégration, le parti de droite Démocrates de Suède, présidé par Jimmie Åkesson, a marqué des points auprès des électeurs avec ses slogans xénophobes. Avec 20,5% des voix, ce parti fondé en 1988 est devenu la deuxième force politique derrière les sociaux-démocrates lors des élections de septembre. Ils ont certes renoncé à une participation au gouvernement, mais jouissent d’une grande influence.
La crise énergétique et économique
En Suède aussi, les prix de l’énergie augmentent. Le nouveau gouvernement a annoncé qu’après la fermeture de plusieurs centrales nucléaires, il construirait de nouvelles centrales. Il est également prévu de miser sur les énergies renouvelables.
Quant à l’inflation, elle a atteint un nouveau record: 11,5% en novembre par rapport au mois précédent, ce n’était plus arrivé depuis 30 ans. Le Premier ministre, Ulf Kristersson, s’attend également à une hausse du chômage, qui se situe actuellement à plus de 7%.
La menace extérieure
La promotion de la paix a toujours été une priorité en Suède. Mais après une période de démilitarisation, la Suède s’arme à nouveau et vise l’adhésion à l’OTAN. «Nous développons considérablement nos propres capacités de défense afin d’y consacrer 2% de notre PIB d’ici à 2026, comme le demande l’OTAN», a souligné Ulf Kristersson.
La menace russe s’est accrue après l’invasion de l’Ukraine. «À cause de la guerre d’agression de la Russie, nous faisons face à une crise de la sécurité extérieure. C’est un danger immédiat», s’est inquiété le Premier ministre.
Quelles solutions?
Pourquoi la Suède a-t-elle de tels problèmes? «Une explication que j’entends souvent en Suède est que le pays a peut-être trop voulu être le 'premier de la classe' dans de nombreux domaines pendant trop longtemps», avance Anna Schaffner, spécialiste de la Suède à l’université de Zurich, interrogée par Blick. Parallèlement, la société suédoise a connu une dérégulation importante au cours des dernières décennies. «Face aux problèmes actuels, beaucoup de choses sont remises en question. De nouvelles voies sont recherchées», explique la spécialiste.
Les différents partis politiques ont chacun leurs propres idées pour résoudre ces problèmes. «Pour les uns, la solution à la criminalité passe par des mesures plus sévères – plus de police, des peines plus lourdes, etc. – tandis que les autres préconisent des ressources de meilleure qualité dans les écoles et le domaine social. La solution se trouve probablement quelque part entre les deux», détaille Anna Schaffner.
La résolution de toutes ces difficultés se fera sur le long terme, estime l’experte. «Le gouvernement actuel aura sans doute plus de facilité que le précédent à imposer sa politique: après tout, il a la majorité au parlement grâce aux Démocrates suédois. L’avenir nous dira si sa recette est la bonne.»