Des gaz toxiques redoutés
La lave descend vers la mer aux Canaries

Les coulées de lave du volcan Cumbre Vieja continuaient de tout emporter sur leur passage mardi en descendant vers la côte de l'île espagnole de La Palma, où leur arrivée est redoutée en raison de la possible émission de gaz toxiques.
Publié: 21.09.2021 à 18:26 heures
La lave poursuit son chemin vers la mer sur l'île de La Palma, aux Canaries, engloutissant des maisons sur son passage.

Cette éruption, qui a débuté dimanche sur cette île de l'archipel des Canaries, a déjà fait 6.000 déplacés après l'évacuation dans la nuit de 500 personnes supplémentaires.

La lave «descend inexorablement vers la mer et on ne peut rien faire face à elle. C'est là toute l'impuissance face à cette coulée (...) qui emporte tout sur son passage (...) et emportera d'autres maisons», a averti le président de la région des Canaries, Angel Victor Torres.

Des dégâts très conséquents

Si cette éruption, la première depuis 1971 sur cette île peuplée de près de 85.000 habitants, n'a fait aucune victime, les dégâts sont énormes, dépassant largement les 400 millions d'euros, selon Angel Victor Torres, qui a souligné que les Canaries pourraient bénéficier de fonds européens pour reconstruire.

Les images diffusées par les médias, les autorités et des riverains montrent des coulées noires et oranges de plusieurs mètres de haut dévalant lentement les flancs du volcan et engloutissant arbres, routes et maisons.

La lave a détruit jusqu'ici 166 bâtiments et recouvre 103 hectares, selon le système européen de mesures géospatiales Copernicus.

L'arrivée des coulées dans la mer, initialement prévue lundi soir mais retardée en raison du ralentissement de la coulée, est redoutée car elle peut donner lieu à des explosions de morceaux de lave, des vagues d'eau bouillante ou l'émanation de gaz toxiques, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS).

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«Les nuages engendrés par l'interaction eau de mer et lave sont acides» et «peuvent être dangereux si on est trop près», explique à l'AFP Patrick Allard, directeur de recherche CNRS à l'Institut de Géophysique du Globe de Paris.

Située à environ 2 km de la mer, la lave avance actuellement à 200 mètres par heure. Les autorités ne sont toutefois pas en mesure d'indiquer précisément quand elle pourrait arriver dans l'océan.

Appels à la prudence

Le gouvernement régional des Canaries, qui a conseillé aux habitants de se couvrir le nez et la bouche lorsqu'ils sortent, a décrété un «rayon d'exclusion de 2 milles marins» autour de l'endroit où est prévue l'arrivée des coulées et demandé aux curieux de ne pas se rendre sur place.

Encore à La Palma, où il est arrivé dimanche soir, le Premier ministre Pedro Sanchez a appelé à la prudence. «Evitez de vous rapprocher du magma ou du volcan et laissez les routes le plus libres possible» pour ne pas gêner d'éventuelles nouvelles évacuations, a-t-il insisté.

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Jeudi, le roi Felipe VI se rendra à son tour à La Palma.

Dans la nuit, l'apparition d'une nouvelle bouche éruptive, la neuvième, sur la commune d'El Paso, a entraîné l'évacuation de 500 personnes supplémentaires, portant le total de déplacés à environ 6.000 depuis dimanche.

L'ouverture de cette nouvelle bouche est intervenue après un nouveau séisme d'une magnitude de 4,1, enregistré lundi soir, selon l'Institut volcanologique des Canaries (Involcan).

Maisons englouties par la lave

Israel Castro Hernandez, dont le domicile a été détruit, est l'un de ces déplacés. «C'est pratiquement toute ta vie qui part comme ça... Le volcan se réveille, il dit 'Je sors par là' et il met pratiquement toute ta vie en l'air», se désole-t-il.

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A ses côtés, son épouse Yurena Torres Abreu ne réalise toujours pas. «On n'arrive pas à y croire. On se dit que notre maison est désormais sous ce volcan. Il n'y a rien à faire, c'est la nature», lâche-t-elle, désabusée.

Le Cumbre Vieja crache des colonnes de fumées atteignant plusieurs centaines de mètres de haut et entre 8.000 et 10.500 tonnes de dioxyde de souffre par jour, selon l'Involcan, qui estime que l'éruption pourrait durer, «plusieurs semaines voire quelques mois».

L'espace aérien n'a toutefois pas été fermé.

«On sait quand ça a commencé, mais on ne sait pas combien de temps ça va durer», résume Juan Aragón Cruz, qui a dû quitter lui aussi son logement.

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(ATS)

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