Commémoration du 8 mai 1945
Tout ce que vous devez retenir du discours historique de Zelensky

Il y a 77 ans, jour pour jour, l'Allemagne nazie capitulait face aux Alliés. Aujourd'hui, cette date de commémoration – fêtée le 9 mai en Russie – est marquée par une nouvelle guerre. Zelensky a fait son discours: désormais, le monde est suspendu aux lèvres de Poutine.
Publié: 08.05.2022 à 19:02 heures
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Dernière mise à jour: 08.05.2022 à 22:49 heures
«Chaque année, le 8 mai, avec l’ensemble du monde civilisé, nous rendons hommage à tous ceux qui ont défendu la planète contre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Des millions de vies perdues, des destins brisés, des âmes torturées et des millions de raisons de dire au mal: plus jamais! […] Le 24 février, le mot 'jamais' a été effacé. Abattu et bombardé.» (Capture d'écran du discours en vidéo)
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Daniella GorbunovaJournaliste Blick

«Le mal s’achève toujours de la même manière – il s’achève.» Zelensky dessine un trait d’espoir sur fond gris et noir, dans le sinistre théâtre des immeubles calcinés de Borodyanka, vers Kiev. Aujourd’hui, partout dans le monde occidental (plus précisément dans le calendrier géorgien), nous commémorons la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, en 1945. En Russie, pour cause de décalage horaire entre autres, le jour J est le 9 mai.

Alors que les nations de par le monde craignent l’annonce d’une mobilisation générale par Poutine demain, Zelensky s’est adressé à son peuple et au reste du globe, en des termes soigneusement choisis, forts et imagés – alternant références historiques et exemples tirés de l’invasion russe de l’Ukraine. Le parallèle établi entre Hitler et le chef du Kremlin plane sur le texte, sans que ce dernier ne soit jamais explicitement nommé, comme l'analyse notamment le «Figaro». C'est un discours bien structuré, travaillé et stylisé qui est déclamé face à la caméra. Non, tout comme pour la propagande, l'instrumentalisation politique d'un événement historique n'est pas toujours la prérogative de l'agresseur.

La vidéo, où le président prononce son discours en ukrainien, est accompagnée d’une musique dramatique, et filmée en noir et blanc.

Voici quelques extraits, traduits et commentés (de façon non exhaustive), d’une déclaration qui se pérennisera certainement dans les livres d’histoire – face à celle de son antagoniste, attendue demain. Le discours en entier, dans sa version originale (retranscription en anglais), est disponible ici.

Esquisser les visages de la guerre

«Chaque année, le 8 mai, avec l’ensemble du monde civilisé, nous rendons hommage à tous ceux qui ont défendu la planète contre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Des millions de vies perdues, des destins brisés, des âmes torturées et des millions de raisons de dire au mal: plus jamais!

[…] Le 24 février, le mot 'jamais' a été effacé. Abattu et bombardé. Par des centaines de missiles à 4 heures du matin – ce qui a réveillé toute l’Ukraine. Nous avons entendu de terribles explosions. Nous avons entendu: une fois de plus!»

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Et d’illustrer en citant les villes et villages détruits pas les bombes. Toujours dos aux immeubles en ruines, Zelensky image volontiers son discours. Il évoque à quoi pouvait ressembler, pour les quidams, la première nuit de la guerre – mettant l’emphase sur l’effet de surprise de l’invasion, avec des phrases courtes et une ponctuation saccadée: «Imaginez ces personnes, qui vont se coucher dans chacun de ces appartements (ndlr: en fond de la vidéo). Ils se souhaitent bonne nuit. Éteignent la lumière. Embrassent leurs proches. Ferment les yeux […]. Ils s’endorment tous, sans savoir que tous ne se réveilleront pas demain. Ils dorment profondément. […] Mais dans quelques heures, ils seront réveillés par des explosions de missiles. Certains ne se réveilleront plus jamais. Plus jamais.»

Le sentiment du Nous

Plus avant dans sa déclaration, Zelensky interpelle ceux qui, il y a presque un siècle désormais, ont subi l’agression nazie. Tout d’abord la Pologne, où «les nazis ont commencé leur marche et ont tiré le premier coup de feu de la Seconde Guerre mondiale». «N’oubliez pas que le mal vous accuse d’abord, vous provoque, vous traite d’agresseur, puis frappe à 4h45 en disant que c’est de la légitime défense», rappelle par exemple l’Ukrainien aux Polonais. Avant d’évoquer les massacres perpétrés par les troupes d'Hitler en France: innocents mitraillés et brûlés à Oradour-sur-Glane, pendaisons massives à Tulle. Ce procédé réthorique consiste à créer un sentiment d'unité, un Nous contre l'ennemi commun désigné, et à inscrire ce dernier dans une continuité historique par le biais de la comparaison.

Or, l’actuel agresseur était alors dans les rangs des Alliés. Plus encore: l’URSS, en 1945, a stoppé Hitler au prix de 26 millions de Russes morts au combat, le tribut humain le plus élevé de la Seconde Guerre mondiale.

Mais aujourd’hui, la cartographie géopolitique a effectivement bougé. «Malheureusement, il y a ceux qui, ayant survécu à tous ces crimes, ayant perdu des millions de personnes qui se sont battues pour la victoire et l’ont gagnée, ont aujourd’hui profané leur mémoire et leur exploit», affirme Zelensky.

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Et de pointer, sans le nommer, le maître du Kremlin, celui qui s’est fait agresseur de l’Ukraine «en défiant toute l’humanité», comme le souligne le «Figaro». «Celui qui a craché au visage de son 'Régiment Immortel' (ndlr: marche mémorielle du 9 mai en Russie), plaçant à ses côtés des tortionnaires de Boutcha», accuse le président ukrainien, achevant toutefois sur une note d’espoir. «J’ai oublié l’essentiel: tout mal se termine toujours de la même manière – il se termine».

Un style «incarné»

«Beaucoup attendent le discours de Poutine du 9 mai. Mais celui de Zelensky le 8 mai entrera certainement dans l’histoire, en tout cas pour nous les chercheurs», a souligné sur Twitter la spécialiste de la Russie Anna Colin Lebedev, citée par le «Figaro». Le journal français qualifie le style de Volodymyr Zelensky de «concernant, incarné, tant sur le fond que sur la forme de son discours».

«Il y a une rupture de style avec la prise de parole classique d’un chef d’État, comme souvent avec Zelensky», analyse la chercheuse Anna Colin Lebedev. «Et on peut parier que le contraste sera saisissant avec le discours de Poutine demain.»


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