«13 semaines de preuves»
L'Afrique du Sud maintient ses accusations de génocide contre Israël

L'audience pour génocide contre Israël a ouvert ce jeudi. Selon l'Afrique du Sud, la Cour internationale de Justice possède 13 semaines de preuves d'un «modèle de comportement et d'intention qui justifie une allégation plausible d'actes génocidaires».
Publié: 11.01.2024 à 12:19 heures
L'ambassadeur de la République d'Afrique du Sud aux Pays-Bas Vusimuzi Madonsela, à gauche, et le ministre de la Justice et des Services correctionnels d'Afrique du Sud Ronald Lamola, à droite, lors de l'ouverture des audiences à la Cour internationale de Justice à La Haye, aux Pays-Bas, jeudi, 11 janvier 2024.

L'Afrique du Sud a accusé jeudi Israël de violer la Convention des Nations unies sur le génocide devant la Cour internationale de Justice (CIJ), affirmant que même l'attaque du Hamas du 7 octobre ne pouvait justifier de telles violations présumées à Gaza.

Pretoria a saisi en urgence la Cour qui siège à La Haye pour qu'elle enjoigne à Israël de «suspendre immédiatement ses opérations militaires» dans la bande de Gaza, une confrontation judiciaire historique qualifiée d'"absurde» et «atroce» par Israël.

Rien ne justifie la violation de la Convention

«Aucune attaque armée sur le territoire d'un Etat, aussi grave soit-elle (...) ne peut justifier une violation de la Convention», a affirmé le ministre sud-africain de la Justice, Ronald Lamola, devant la Cour, plus haute juridiction de l'ONU. «La réponse d'Israël à l'attaque du 7 octobre a franchi cette ligne et a donné lieu à des violations de la Convention», a-t-il soutenu devant la quinzaine de magistrats de la CIJ présents à l'audience, retransmise publiquement par lien vidéo.

En représailles à l'attaque du 7 octobre, Israël a juré d'«anéantir» le Hamas au pouvoir à Gaza et lancé une offensive dans ce territoire palestinien qui a fait au moins 23'357 morts, en majorité des femmes, des adolescents et des enfants, selon des chiffres communiqués mercredi par le ministère de la Santé du Hamas.

13 semaines de preuves

Selon Pretoria, Israël rompt ses engagements pris en vertu de la Convention des Nations unies sur le génocide, signée en 1948 à la suite de l'Holocauste. La campagne de bombardements menée par Israël vise à «la destruction de la vie des Palestiniens» et pousse les Palestiniens «au bord de la famine», a affirmé Adila Hassim, avocate de l'Afrique du Sud.

«Les génocides ne sont jamais déclarés à l'avance, mais cette cour bénéficie des 13 dernières semaines de preuves qui montrent de manière incontestable un modèle de comportement et d'intention qui justifie une allégation plausible d'actes génocidaires», a-t-elle déclaré.

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«Poids particulier de l'accusation»

En tant que cosignataire du traité, Pretoria peut poursuivre Israël devant la Cour internationale de justice qui statue sur les différends entre Etats. Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, soutient depuis longtemps la cause palestinienne. L'ancien président sud-africain et héros de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela avait ainsi affirmé que la liberté de l'Afrique du Sud serait «incomplète» sans celle des Palestiniens.

Pretoria a aussi indiqué être «pleinement consciente» du «poids particulier de la responsabilité» que représente le fait d'accuser Israël de violer la Convention sur le génocide et condamné «sans équivoque» l'attaque du Hamas du 7 octobre.

Israël se défendra vendredi

Israël s'exprimera vendredi devant la CIJ, mais son président a d'ores et déjà déclaré qu'il n'y avait «rien de plus atroce et absurde» que les accusations de Pretoria. «Nous serons devant la Cour internationale de Justice et nous présenterons fièrement notre cas de légitime défense (...) en vertu du droit international humanitaire», a ajouté Isaac Herzog.

Selon lui, l'armée israélienne «fait tout son possible, dans des circonstances extrêmement compliquées sur le terrain, pour s'assurer qu'il n'y aura pas de conséquences imprévues ni de victimes civiles».

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Les États-Unis soutiennent leur allié Israël et estiment que les accusations formulées par Pretoria sont «sans fondement». «En fait, ce sont ceux qui attaquent violemment Israël qui continuent d'appeler ouvertement à l'anéantissement d'Israël et au massacre des Juifs», a déclaré le porte-parole du Département d'État, Matthew Miller.

Augmentation de la pression politique

S'agissant d'une procédure d'urgence, la CIJ pourrait se prononcer dans quelques semaines. Ses décisions sont sans appel et juridiquement contraignantes, mais elle n'a aucun pouvoir pour les faire appliquer. En mars 2022, la CIJ avait ordonné à la Russie de «suspendre immédiatement» son invasion de l'Ukraine, une injonction complètement ignorée par Moscou.

Une décision de justice contre Israël augmenterait cependant la pression politique sur le pays, et pourrait éventuellement servir de prétexte à des sanctions. La résolution complète de l'affaire devant la CIJ peut prendre des années.

(AFP)

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