Leur randonnée devait durer huit heures. Elle s’est transformée en cauchemar de plus d'une journée. Trois jeunes randonneurs inexpérimentés se sont retrouvés en difficulté lors de l’ascension du mont Shasta (4322m), en Californie, après avoir préparé leur itinéraire avec Gemini, le chatbot d’intelligence artificielle de Google.
Selon le bureau du shérif du comté de Siskiyou, l’outil leur avait fourni un parcours ainsi que des recommandations sur les provisions et l’eau à emporter. Mais cela ne s'est pas passé comme prévu. Le groupe avait prévu de camper à 2560 mètres d’altitude un samedi de fin août, puis de repartir le lendemain à 3h du matin. L’ascension devait, selon les estimations, durer huit heures. Mais ils ont atteint le sommet à 19h, bien après l’heure limite de retour recommandée, fixée à midi. Résultat: ils ont dû redescendre de nuit.
Une chute et un blessé
Peu après le début de la descente, les randonneurs, pris de panique, ont appelé le bureau du shérif pour demander quel itinéraire emprunter. Malgré ses indications, ils se sont égarés. Environ une heure plus tard, ils se sont retrouvés dans le canyon de Mud Creek, où l’un d’eux a chuté et s’est blessé. Le début du calvaire.
Incapable de poursuivre sa route, le groupe a dû installer un bivouac d’urgence. N'ayant pas emporté assez de provisions en raison des conseils de Gemini, les trois hommes ont passé une sale nuit. Ils ont finalement été retrouvés le lendemain matin par les sauveteurs, au bord de l'épuisement.
Un itinéraire dangereux
Ce groupe n’est pas le seul à avoir été induit en erreur par l’intelligence artificielle. Dans les Alpes italiennes, un autre outil d’IA aurait récemment proposé un itinéraire dangereux à des randonneurs, comme le rapportait nau.ch en août.
Le parcours, entre le village de Tirolo et le lac de Garde via Marell, faisait passer le groupe par un terrain glaciaire périlleux, nécessitant un équipement spécialisé et une solide expérience de la montagne. Heureusement, le propriétaire de leur hébergement les a stoppé in extremis.
«Il ne faut pas s’y fier»
Et en Suisse? La randonnée y est presque un sport national. Interrogé à ce sujet, le Club Alpin Suisse (CAS) indique toutefois ne pas disposer de données précises. «Les statistiques du CAS concernant les urgences en montagne n’enregistrent pas les outils utilisés lors de la planification d’une excursion.» L’association ne peut donc pas dire quel rôle jouent les outils d’intelligence artificielle dans les interventions d’urgence, ni à quelle fréquence ils sont utilisés, explique Severin Karrer, guide de haute montagne et chef d’équipe d’alpinisme.
Selon lui, l’IA peut servir de source d’inspiration. Mais elle ne doit pas être utilisée pour les informations liées à la sécurité. «Il ne faut pas s’y fier dès qu’il s’agit du tracé d’un itinéraire sur un terrain en haute montagne, de son niveau de difficulté, des conditions actuelles, de l’état d’un col, du risque d’avalanche, des horaires d’ouverture ou du taux d’occupation d’un refuge.»
Responsabilité personnelle
L’intelligence artificielle ne remplace pas une vraie préparation. «Dès qu’on s’aventure en montagne, un haut degré de responsabilité personnelle est indispensable. L’IA ne peut pas s’y substituer», insiste le guide.
Une bonne planification passe aussi par une évaluation réaliste de ses propres capacités et de celles du groupe, l’identification des passages clés, la préparation d’itinéraires alternatifs, la définition de points de décision et l’établissement d’un horaire. Une fois sur le terrain, Severin Karrer recommande de vérifier en permanence si les hypothèses de départ – sur la durée, la météo ou les conditions – correspondent à la réalité et à la progression du groupe.