Trump menace déjà
Le Canada dans l'Union européenne, c'est possible?

Le Premier ministre du Canada doit prononcer un discours très attendu ce jeudi 17 septembre devant le parlement européen à Strasbourg. Ursula von der Leyen a déjà ouvert la porte à une possible «association» avec l'UE. Trump menace l'UE de rompre toute relation commerciale.
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Mark Carney était présent, mercredi 16 septembre, lors du discours sur l'état de l'Union prononcé par Ursula von der Leyen.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Que va-t-il répondre? Ce jeudi 17 septembre, lorsque Mark Carney se retrouvera devant les eurodéputés au Parlement européen de Strasbourg, une question sera dans toutes les têtes: le Premier ministre canadien va-t-il saisir la perche tendue, la veille, par Ursula von der Leyen?

Sans donner de détails, et sans dire surtout si le sujet a été sérieusement évoqué entre Bruxelles et Ottawa, la présidente de la Commission européenne a lancé l’idée d’une «association» entre le Canada et l’Union européenne (UE). Le pays nord-américain, dont le chef de l’Etat est le roi Charles III (du Royaume-Uni), deviendrait un «Etat associé» de l’Union. Sans que l’on sache si son modèle sera la Norvège, l’Islande ou… par exemple la Suisse!

Un homme, en tout cas, se réveillera à coup sûr très énervé, de l’autre côté de l’Atlantique, plusieurs heures après la fin du discours matinal de Mark Carney: Donald J. Trump. Bingo! Sa réaction ne s'est pas faite attendre. Le président américain a immédiatement brandi la menace de représailles contre l’UE: «Je trouve cela ridicule. S'ils font cela, si j'estime qu'il s'agit d'un acte hostile, j'imposerai des droits de douane très lourds ou je cesserai tout commerce avec l'Europe.»

Le dirigeant des Etats-Unis multiplie, depuis son retour à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, les attaques contre le Canada. Tout y est passé: la volonté d’intégrer ce pays aux Etats-Unis, l’imposition de droits de douane sur près de 28 milliards de dollars de produits canadiens, le changement de nom du lac Ontario, rebaptisé «lac d’Amérique».

Mais rien n’y fait: Mark Carney, vainqueur des élections législatives en avril 2025 à la tête du Parti libéral, tient tête au chef de la première puissance mondiale dont son pays dépend pourtant, presque à 100%, pour sa sécurité.

Pas d’adhésion possible

Alors, que peut-il se passer? Une chose est déjà sûre: une adhésion classique du Canada à l’Union européenne est juridiquement exclue dans le cadre actuel des traités. L’article 49 du traité n’envisage que des pays membres européens. La règle géographique est stricte, et même Donald Trump, prompt à changer les noms des lacs, détroits et autres golfes, ne peut pas la modifier. Le Canada restera de l’autre côté de l’Atlantique!

Impossible aussi d’imaginer un Charles III d’Angleterre qui deviendrait chef d’Etat d’un pays de cette Union que le Royaume-Uni a quittée après le référendum de juin 2016 (lui n’est devenu roi qu’en 2022). Mark Carney va donc aborder un sujet bien plus sérieux dans son discours: comment le Canada et l’Union européenne peuvent-ils riposter ensemble au rouleau compresseur américain?

La réponse est avant tout commerciale. Et elle n’est pas simple. Le Canada est, dans les faits, un satellite commercial des Etats-Unis. Au total, 58,5% de ses importations proviennent de son voisin du sud, et 71,7% de ses exportations vont vers le pays dirigé par Donald Trump. A l’inverse, le commerce avec l’UE ne représente que 8,6% de sa balance commerciale!

Mais attention, un autre sujet est encore plus douloureux pour ceux qui, comme Mark Carney, veulent s’émanciper d’une forme de tutelle américaine: la défense continentale du Canada est extraordinairement intégrée à celle des Etats-Unis.

Le NORAD est le verrou

Depuis 1958, les deux pays ont en partage le NORAD, un commandement militaire binational chargé notamment de la surveillance et de la défense aérospatiales de l’Amérique du Nord et de l’alerte maritime. Bien que membre à part entière de l’OTAN, l’Alliance atlantique composée de 32 pays autour des Etats-Unis, le Canada ne surveille pas de façon autonome son espace aérien. Le NORAD peut ainsi mobiliser des moyens canadiens ou américains, en fonction de la menace. Son commandant en chef depuis 2024 est le général américain Gregory Guillo.

Reste ce statut de «membre associé» proposé par Ursula von der Leyen. Une proposition sérieuse? Pas vraiment, car ce statut n’existe pas. Ou plutôt, il revêt différentes formes selon les pays concernés. Le Canada participe ainsi, comme la Suisse, à Horizon Europe pour la recherche et l’innovation. Un partenariat a été signé en juin 2025 en matière de sécurité et de défense.

En 2026, le Canada est devenu le premier pays non européen admis à participer à SAFE, le nouvel instrument européen destiné aux achats d’armes communs et au renforcement de l’industrie de défense. A titre de comparaison, la Suisse y participe aussi, mais seuls les Etats membres de l’UE peuvent recevoir directement les prêts SAFE, dont l’enveloppe totale atteint 150 milliards d’euros.

Une possibilité d’alliance

L’idée d’Ursula von der Leyen, un peu explicitée après son discours, est que le Canada rejoigne, aux côtés de l’Union, une «Alliance for the Future», avec rapprochement des industries de défense, alliance technologique, coopération arctique, énergie et minerais critiques, batteries, IA, quantique, cybersécurité et sécurité économique. Sauf que, là aussi, le bât blesse, car les Etats-Unis pourront arguer d’une divergence problématique d’intérêts et mettre le Canada sous pression maximale.

Mark Carney va sans doute, à Strasbourg, faire comme Ursula von der Leyen. Il va promettre. Tandis que Donald Trump, lui, prépare presqu'à coup sûr son prochain (mauvais) coup.

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