Les pouvoirs de l’ancestrale aspirine (ou acide acétylsalicylique) dépassent de loin l’atténuation de simples maux de tête. Déjà recommandée pour la prévention de maladies cardiovasculaires, elle peut également s’avérer efficace dans la lutte contre certains cancers. Et cet effet surprenant se précise enfin, après des années d’hypothèses et d’analyses.
On sait désormais, pointe la BBC, que l’aspirine permet d’inhiber la production de l’enzyme Cox-2, qui encourage la sécrétion de prostaglandines, molécules capables d’encourager une croissance cellulaire incontrôlée. Ainsi que l’explique Anna Martling, professeure en chirurgie à l’Institut de Karolinska, en Suède, auprès du média britannique, l’aspirine prévient ce phénomène de plusieurs manières différentes, en agissant à la fois à l’extérieur et à l’intérieur des cellules, freinant l’élargissement ou même l’apparition de tumeurs. Selon les premiers résultats d’une recherche lancée par l’université Cambridge, l’aspirine pourrait également aider les lymphocytes T, des globules blancs formés dans la moelle osseuse, à repérer et tuer des cellules métastatiques, en les rendant plus visibles.
Attention, consultez toujours votre médecin avant de prendre un médicament, quel qu’il soit. L’aspirine est contre-indiquée pour les personnes souffrant de certaines maladies.
Une efficacité prouvée contre le cancer du côlon
Voilà plusieurs décennies que cet effet surprenant est observé de près. Dans les années 70, déjà, une étude révolutionnaire démontrait un possible effet protecteur contre la propagation de tumeurs cancéreuses. Des scientifiques américains avaient effectivement constaté, un peu par hasard, que les faibles doses d’aspirine administrées à des souris malades réduisaient fortement leurs chances de développer des métastases. Le lien de cause à effet n’ayant pas été clairement identifié, cette découverte était restée en suspens durant quelques années.
D’autres recherches, menées en continu depuis 2010, ont toutefois affiné cette observation, prouvant notamment que de très faibles doses peuvent s’avérer suffisantes et que la protection est d’autant plus efficace pour les cancers colorectaux. Via des travaux publiés en 2020, le chercheur britannique John Burn soulignait notamment que, en l’espace d’une dizaine d’années, les personnes susceptibles de développer ce type de maladie ont vu leur risque diminuer de moitié, après avoir pris 600mg d’aspirine chaque jour. Plusieurs groupes de scientifiques s’évertuent actuellement à tester cet effet sur d’autres types de tumeurs. Leurs efforts devraient bientôt être courronnés de succès, se réjouit la BBC.
Déjà utilisée pour la prévention, en Europe
Alors, pourquoi l’aspirine n’est-elle pas simpelment prescrite à toute la population, dans un but préventif? Ainsi que l’explique Anna Martling, il est presque impossible de prouver que l’aspirine peut endiguer l’apprition de cancers, de manière générale, tous profils médicaux confondus. En effet, cela nécessiterait de recruter des milliers de participants, avant d’administrer des petites doses du médicament à la moitié d’entre eux. L’autre moitié recevrait un placébo. Il faudrait ensuite ausculter chaque personne et étudier les résultats durant plusieurs décennies, en guettant constamment l’apparition d’éventuels cancers, ce qui serait aussi complexe que coûteux.
Jusqu’ici, les études se sont concentrées sur des groupes à risque ou déjà concernées par ce type de maladie. Mais ces travaux ont tout de même permis de modifier plusieurs recommandations médicales, par exemple pour les personnes atteintes du syndrome de Lynch, qui favorise l’apparition de certaines tumeurs: celles-ci se voient souvent recommander une dose chimiopréventive d’aspirine dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni et la Suisse.
S’il n’est donc pas encore possible de déterminer clairement quelle tranche de la population gagnerait à prendre de l’aspirine au quotidien, la recherche avance rapidement sur une piste qui semble très prometteuse.