Dans la banlieue de Newtownabbey, dans la capitale nord-irlandaise Belfast, un bus public a été attaqué, puis incendié, par quatre hommes dimanche soir.
Comme le rapporte la BBC, des assaillants ont forcé les passagers à descendre. Une fois celui-ci évacué, le bus rouge à deux étages a été incendié en pleine rue. Les pompiers n’ont pas pu sauver le véhicule.
Il s’agit du deuxième incident de ce type en une semaine en Irlande du Nord. Lundi dernier, deux hommes armés et masqués avaient également attaqué et incendié un bus à l’ouest de Belfast.
Translink, l’opérateur des lignes de bus publiques, a suspendu tous les services de bus et de métro jusqu’à lundi. Le conducteur impliqué est secoué et soutenu par ses collègues, a rapporté le «Belfast Telegraph».
Conflit protocolaire en Irlande du Nord
Le chef du parti au pouvoir, le Parti unioniste démocrate (DUP), Jeffrey Donaldson, a condamné l’acte sur Twitter. «Cela n’a pas de sens. Ce genre d’actes ne sert aucune cause. Le vrai changement est amené par la politique, pas en brûlant des bus.»
Les motivations des incendiaires ne sont pas claires pour l’instant. Ces attaques pourraient être liées au Brexit. Depuis la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, un différend a éclaté au sujet du protocole nord-Irlandais précisant les règles spéciales, et notamment douanières, à appliquer entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.
La ministre des Infrastructures d’Irlande du Nord, Nichola Mallon, a déclaré à la BBC que les agresseurs avaient évoqué le protocole tout en tenant le chauffeur en joue. Les hommes voulaient apparemment attirer l’attention du DUP sur l’expiration du délai, écrit le «Spiegel».
Le DUP, protestant, est favorable au maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni. Il menace de quitter le gouvernement d’unité avec le parti républicain et catholique Sinn Féin si aucun changement dans le protocole n’est effectué.
Contrôles de marchandises
L’objectif du protocole était d’éviter une frontière dure, c'est-à-dire des contrôles renforcés aux frontières, entre l’Irlande et l’Irlande du Nord après le Brexit. Le conflit entre les unionistes (ou loyalistes) protestants et les républicains catholiques avait connu plusieurs regains de violence dans les années 1970 et 1990.
La frontière douanière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne décidée après le Brexit vient raviver ces tensions. Des contrôles doivent désormais avoir lieu dans les ports lorsque des marchandises provenant des autres parties du Royaume-Uni entrent en Irlande du Nord.
Le DUP demande l’abolition du protocole. Les loyalistes craignent que le Brexit et les règles commerciales définies dans l’accord de retrait ne créent une frontière intra-britannique.
Les paramilitaires recrutent de nouveaux membres
Face à la pandémie de Covid et au Brexit, une ONG pacifiste d’Irlande du Nord a récemment mis en garde contre l’intensification du conflit. Les groupes paramilitaires des deux camps reçoivent actuellement un afflux important de nouveaux membres, a déclaré samedi le directeur du Fonds international pour l’Irlande (IFI), Paddy Harte, à l’agence de presse PA. Cette organisation indépendante a été fondée conjointement par les gouvernements britannique et irlandais en 1986 pour promouvoir les efforts de paix et les processus de réparation en Irlande du Nord.
Les deux camps recruteraient de nouvelles forces à un rythme «alarmant». Il était «très, très probable» qu’il y ait de nouvelles violences.
Émeutes à Belfast
«Le Brexit a soulevé des questions de culture et d’identité et de vieilles blessures qui avaient été reléguées loin dans le passé», a déclaré Paddy Harte. Le Covid a ensuite empêché les deux camps de pouvoir discuter sur la scène publique. La présence d’un «nationalisme covid» a encore amplifié les différences dans la réponse à la pandémie en Irlande et au Royaume-Uni.
Le différend concernant les règles commerciales énoncées dans l’accord de retrait se prépare depuis un certain temps. Alors que les loyalistes craignent une frontière intérieure britannique, les républicains se sentent abandonnés. Ce n’est qu’au prix de grands efforts de la part des pacificateurs et des travailleurs sociaux que des émeutes plus importantes ont pu être évitées au printemps. Il y avait alors eu des émeutes pendant plusieurs jours, notamment à Belfast, où des bus avaient déjà été incendiés. (ATS/Blick)