Promulguée jeudi dernier
Au Venezuela, la loi d'amnistie a permis la libération de 179 personnes

Au Venezuela, la promulgation jeudi loi d'amnistie a permis de libérer 179 détenus. Mais 644 sont encore en prison, et des familles dénoncent des lenteurs judiciaires.
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Au Venezuela, la promulgation jeudi loi d'amnistie a permis de libérer 179 détenus.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Au total 179 personnes ont été libérées depuis la promulgation jeudi de loi d'amnistie qui doit permettre la sortie de centaines de prisonniers politiques, alors que des familles attendant toujours devant les prisons et que des personnes déjà libérées se plaignent des lenteurs des tribunaux.

Promise sous pression américaine par la présidente par intérim Delcy Rodriguez après la capture du président Nicolas Maduro le 3 janvier, la loi doit permettre la libération de centaines de prisonniers politiques. Selon Foro Penal, 644 sont toujours derrière les barreaux.

Depuis la promulgation, il y a «100 heures», il y a eu «4293 demandes», «3052 libertés pleines» (libérations et extinction des procédures des personnes en liberté conditionnelle) prononcées et «179 personnes libérées» des prisons du pays, a annoncé Jorge Arreaza, président de la Commission parlementaire chargée de suivre l'application de la loi, lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale.

«Le rythme est extraordinaire», s'est félicité M. Arreaza alors que l'ONG Foro Penal faisait état dans la matinée de 91 personnes libérées depuis jeudi et de 545 libérées depuis le 8 janvier et les promesses de libération par les autorités. Des dizaines de proches continuent de camper devant les prisons et notamment celle de Rodeo 1, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Caracas.

Amnistie pas automatique

Massiel Cordones (52 ans), mère du lieutenant José Ángel Barreno (28 ans), impliqué dans l'affaire Gedeon (débarquement de mercenaires en 2020, suivi de nombreuses arrestations) a des sentiments partagées : «Nous sommes pleins d'espoir après (les libérations) hier mais la fatigue commence à se faire sentir. La fatigue mentale, physique... Mon fils fait partie de ceux qui sont en grève de la faim, nous n'avons plus de nouvelles d'eux depuis dimanche. Ce n'est pas facile. On attend».

Lundi, 34 détenus ont été libérés de cet enceinte pénitentiaire. «Justice! Liberté», ont notamment crié des détenus libérés, qui ont confirmé qu'un partie des détenus observaient une grève de la faim pour obtenir leur libération. «Si les cas des personnes qui sont en grève de la faim nous sont soumis, nous pouvons les évaluer», a précise Jorge Arreaza à l'AFP, sans donner plus de détails sur le mouvement.

L'amnistie n'est pas automatique. Les personnes concernées doivent saisir les tribunaux et ceux-ci révisent au cas par cas, annulant ou non la condamnation.

Retards dénoncés

«Nous ne serons pas toujours d'accord sur tout (...) mais nous allons faire tous les efforts possibles pour parvenir à des décisions consensuelles. La justice doit atteindre son objectif pour qu'il y ait la paix», a souligné Jorge Arreaza, figure du pouvoir, ancien vice-président, ex-ministre des Affaires étrangères et aussi un temps gendre du feu président Hugo Chavez.

Toutefois, des bénéficiaires potentiels de l'amnistie ont dénoncé lundi et mardi des retards et des longues files d'attente pour accéder aux tribunaux. Des avocats de prisonniers politiques et d'anciens détenus soumis à des mesures de contrôle judiciaire se sont présentés lundi devant les tribunaux à Caracas pour introduire les premières demandes, mais la plupart se sont heurtés à des refus et à des retards au moment de déposer leurs documents.

«Ils restent nos bourreaux»

«Les tribunaux qui nous ont judiciarisés arbitrairement restent nos bourreaux, on ne peut pas leur permettre de violer la loi d'amnistie», a dénoncé Rodrigo Cabezas, ex-ministre des Finances de Hugo Chavez, en liberté conditionnelle depuis juillet 2025. Il a expliqué que le tribunal en charge de son dossier n'a pas accepté sa demande au motif qu'il n'y avait «pas d'audience».

«À certains, on a dit qu'on ne peut pas recevoir leurs documents, à d'autres oui mais qu'ils doivent attendre pour obtenir une réponse», a expliqué à l'AFP l'avocat Me Omar Mora Tosta, qui dirige la défense des détenus membres du parti de la cheffe de l'opposition et Nobel de la Paix, Maria Corina Machado.

Le syndicat des travailleurs de la presse a indiqué pour sa part qu'"aucun tribunal n'a reçu les requêtes» d'un groupe de journalistes qui ont demandé à bénéficier de la mesure. Quelques dossiers ont tout de même été traités. «J'ai été reçue et il y a eu une très bonne réceptivité», a indiqué Liomary Espina, 57 ans, qui attend une réponse à sa demande dans un délai de trois jours ouvrables.


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