Les Britanniques sont de plus en plus nombreux à regretter leur sortie de l'Union européenne (UE). Le dernier sondage de l'institut d'études de marché Omnisis montre que 61% d'entre eux veulent réintégrer l'UE. C'est quatre points de pourcentage de plus que lors du dernier sondage, réalisé il y a une semaine. Les Britanniques avaient décidé le Brexit en 2016, avec une majorité de près de 52%.
Le Brexit a aggravé de nombreux problèmes structurels du pays. La Grande-Bretagne a notamment vu un important exode, un recul des investissements et des obstacles accrus au commerce extérieur. «Les accords internationaux de libre-échange, que l'on espérait tant, n'ont pas encore vu le jour», déclare Ina Habermann, spécialiste de la Grande-Bretagne à l'université de Bâle.
Manger ou se chauffer
Le pays a sombré dans la pauvreté. «De nombreuses personnes doivent décider si elles mangent ou si elles se chauffent», explique Ina Habermann. Le gouvernement a fait savoir, ces jours-ci, qu'il avait versé 130 millions de livres (144 millions de francs) de «paiements pour temps froid» à cinq millions de ménages en Angleterre et au Pays de Galles pendant l'hiver.
En février, l'inflation s'élevait à 10,4% — un taux que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe occidentale.
Le système de santé NHS est également dans une situation chaotique. «Le NHS est au bord de l'effondrement dans de nombreux endroits, soutient la spécialiste. Il y a des maladies et des décès, notamment parce que les ambulances ne viennent pas, ou que les patients doivent attendre de nombreuses heures devant les cliniques.»
La pandémie de Covid-19 a masqué pendant un temps les conséquences du Brexit. Mais celles-ci se font désormais sentir, et sont même amplifiées par la guerre en Ukraine. «La population a réalisé que les promesses liées au Brexit ne se réaliseront pas, du moins à court ou moyen terme», explique Ina Habermann.
De plus, les promoteurs du Brexit — en particulier l'ancien Premier ministre Boris Johnson — se sont discrédités par leur incompétence politique et leurs erreurs personnelles.
Bruxelles courtise le retour
Après le dernier sondage, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui a aussi été négociateur en chef du Parlement européen pour le Brexit, a tweeté ironiquement: «Résultat impressionnant... et très révélateur de l'état d'esprit du pays. Le Brexit a laissé tout le monde sur le carreau. Il est temps de reprendre la route!»
Bruxelles n'a cessé de souligner qu'un retour de la Grande-Bretagne dans l'UE serait bienvenu. «La porte du côté de l'UE sera toujours ouverte — pour vous et quelques autres», a affirmé en début d'année Michel Barnier, ancien négociateur en chef de la Commission européenne pour le Brexit. Il faisait explicitement référence à la Suisse et à la Norvège.
Pas de retour pour l'instant
Ina Habermann ne voit toutefois pas venir, rapidement, une réintégration. «Il y a encore trop de forces influentes dans le pays qui veulent l'empêcher par tous les moyens. Et même le parti travailliste, qui n'a jusqu'à présent guère pu tirer profit des problèmes du gouvernement conservateur, n'est pas systématiquement pro-européen.»
De plus, avec la démission surprise de la chef du gouvernement écossais Nicola Sturgeon, une voix forte en faveur de l'indépendance écossaise et pro-UE s'est tue.
La spécialiste croit à un lent rapprochement par petites étapes. «Ce qui me semble envisageable, c'est un processus selon lequel des allègements douaniers et autres seront convenus afin d'atténuer les pires conséquences et de faciliter la situation pour l'économie.»
Il y a quelques signes de rapprochement, comme la visite de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans le cadre du compromis sur l'Irlande du Nord.
En outre, la guerre en Ukraine a aussi intensifié les contacts entre Londres et Bruxelles, en soudant encore davantage les pays occidentaux — au lieu de les diviser, comme Vladimir Poutine l'avait prévu.