En plus de hurler leur soutien au chef de l'opposition ougandaise Robert Kyagulanyi, ses centaines de supporters agitaient une mer de drapeaux nationaux, devenus un symbole de protestation à l'approche de l'élection présidentielle.
Selon des analystes, le président Yoweri Museveni, 81 ans, est presque assuré de remporter son septième mandat consécutif lors du scrutin de jeudi prochain, compte tenu de son contrôle quasi total de l'appareil d'État dans ce pays d'Afrique de l'Est. Mais son adversaire, Robert Kyagulanyi, 43 ans, plus connu sous le nom de Bobi Wine, espère recueillir un vote de protestation, et a transformé le drapeau national en symbole de résistance.
«Nous n'avons que le drapeau»
Le mois dernier, la police a mis en garde contre l'usage «désinvolte et inapproprié» de l'étendard. Ce qui ne l'empêche pas de rester une forme de défense populaire pour les partisans de Bobi Wine, qui, selon le Bureau des droits de l'Homme des Nations unies et d'autres observateurs, font régulièrement face à des actes d'intimidation de la part des forces de sécurité pendant la campagne.
C'est «la seule arme que nous ayons», a déclaré à l'AFP Conrad Olwenyi, menuisier de 31 ans, lors d'un rassemblement de l'opposition cette semaine. «Nous ne pouvons pas nous battre contre les forces de sécurité, car elles ont des armes. Nous n'avons que le drapeau», a-t-il ajouté. «(Mais) s'ils te tirent dessus alors que tu portes le drapeau, ils tirent sur le pays.»
Le drapeau ougandais – créé lorsque le pays a déclaré son indépendance du Royaume-Uni en 1962 – est composé de bandes noires pour représenter l'Afrique, jaunes pour son soleil et rouges pour représenter la fraternité africaine, et d'une grue royale en surimpression.
Lors des élections de 2021, le Parti de la Plateforme de l'unité nationale (NUP) de Bobi Wine a adopté le béret rouge comme symbole, mais le gouvernement en a interdit le port, arguant qu'il s'agissait d'un élément de l'uniforme militaire, et s'est appuyé sur cette décision pour perquisitionner les bureaux du parti. Le drapeau est une alternative et une manière astucieuse de «se réapproprier le patriotisme», estime Kristof Titeca, spécialiste de l'Ouganda.
L'espace pour la liberté d'expression se réduit
Comme dans de nombreux pays d'Afrique de l'Est, des lois encadrent l'usage du drapeau national, bien qu'elles ont rarement été appliquées par le passé en Ouganda. «Cela montre la panique», déclare auprès de l'AFP le caricaturiste ougandais Jimmy Spire Ssentongo. «Je ne pense pas qu'ils se sentent menacés par la mauvaise utilisation du drapeau. Ils sont menacés par la visibilité du soutien envers le NUP», ajoute-t-il, avant de souligner qu'au bout de 40 ans de règne consécutifs de Museveni «l'espace pour la liberté d'expression se réduit également.»
«Tout le monde a le droit d'utiliser le drapeau national, mais cela dépend du contexte dans lequel on l'utilise. Je crois que l'opposition (...) le politise», défend Israel Kyarisiima, un coordinateur de la jeunesse du parti Mouvement de résistance nationale (NRM) du président.
L'oppression «à son paroxysme»
Les services de sécurité ont été accusés à plusieurs reprises par les partisans de Bobi Wine de cibler ceux qui portent le drapeau lors des rassemblements, l'opposant exhortant ses partisans dans son discours de Noël à «venir à la défense de toute personne agressée pour avoir porté le drapeau». Mais les menaces de la police n'ont pas dissuadé ses partisans d'agiter des étendards lors des rassemblements.
«Maintenant, nous avons quelque chose qui peut vraiment montrer notre unité en tant qu'Ougandais, et ils essaient d'en faire un délit», s'indigne une participante cette semaine, Ruth Excellent Mirembe, 25 ans, en agitant un drapeau. Chercher à en interdire l'usage c'est «l'oppression à son paroxysme», confie-t-elle. «C'est ce qui nous représente en tant qu'Ougandais».