Le dirigeant birman Min Aung Hlaing a ordonné vendredi l'annulation de toutes les condamnations à mort, l'une de ses premières mesures officielles depuis sa récente installation comme président civil, cinq ans après son coup d'Etat. «Les personnes purgeant des peines de mort verront leurs peines commuées en emprisonnement à vie», a indiqué le dirigeant de 69 ans dans un communiqué.
Selon des défenseurs des droits humains, la junte militaire qui a pris le pouvoir en 2021 a alors relancé les exécutions, après des décennies d'interruption, à destination des dissidents. Plus de 130 personnes ont été condamnées à mort l'année suivante, d'après l'ONU, mais les chiffres précis sont difficiles à établir dans un pays au système judiciaire opaque, en proie à une guerre civile.
30'000 personnes emprisonnées pour des raisons politiques
La mesure a été annoncée dans le cadre d'une amnistie plus large pour marquer le Nouvel An birman, Thingyan, l'une des nombreuses célébrations nationales à l'occasion desquelles des grâces sont traditionnellement accordées. Plus de 4300 prisonniers doivent être libérés, selon un communiqué, ainsi que près de 180 ressortissants étrangers. Toutes les peines inférieures à 40 ans doivent par ailleurs être réduites d'un sixième.
A l'extérieur de la prison d'Insein à Rangoun, des familles attendaient sous une chaleur écrasante de savoir si leurs proches incarcérés feraient partie des graciés. «Mon frère a été emprisonné pour des raisons politiques», a déclaré à l'AFP Aung Htet Naing, 38 ans. «Il n'a pas été inclus dans les grâces précédentes donc on ne veut pas nourrir trop d'espoirs».
Selon l'Association d'aide aux prisonniers politiques, plus de 30'000 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques depuis le coup d'Etat de 2021. La prisonnière politique la plus célèbre du pays, la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, purge une peine de 27 ans dans un endroit tenu secret.
Min Aung Hlaing a été installé à la présidence la semaine dernière à l'issue d'un processus électoral dénoncé à l'international comme une manoeuvre pour prolonger le régime militaire sous un déguisement civil. Cette transition s'est accompagnée de reculs sur certaines mesures de répression. Des gestes présentés comme des efforts de réconciliation, mais que des observateurs qualifient de mesures cosmétiques.