Lundi, des manifestants serbes ont affronté des soldats de la KFOR – un groupement de forces armées multinationales mis en place par l'OTAN – dans le nord du Kosovo. Mardi, la situation ne s'était toujours pas calmée et des manifestations se poursuivaient dans les localités de Zvecan, Leposavic et Zubin Potok. Mercredi, une nouvelle manifestation (plus calme, celle-ci) se déroulait en matinée autour de la mairie de Zvecan. Les tensions actuelles ont pour origine le boycott des élections locales dans le nord du Kosovo.
Ce que l'on sait moins, c'est que l'origine du conflit remonte à 2008, lorsque le Parlement du Kosovo a, entre autres, déclaré l'indépendance de la République, que la Serbie ne reconnaît toujours pas. Pour les Serbes, le Kosovo reste considéré comme une province sécessionniste.
Le conflit Serbie-Kosovo arrive en Suisse
Ce conflit latent dans la région a aussi un impact en Suisse. Comme lors de la Coupe du monde de football 2018, durant laquelle Granit Xhaka avait célébré son but contre la Serbie en faisant le geste de l'aigle à deux têtes, en référence au drapeau albanais, en conflit ouvert avec Belgrade. Plusieurs de ses coéquipiers en avaient fait autant.
Mardi à Egerkingen (SO), Blick a rencontré plusieurs personnes d'origine kosovare. Interrogées sur l'escalade actuelle, toutes ont d'abord réagi avec retenue, affirmant ne s'être guère souciées des derniers événements. Pourtant, il suffit généralement de quelques minutes pour constater que le conflit entre la Serbie et le Kosovo est encore profondément ancré dans les esprits.
«Je ne veux rien avoir à faire avec des gens comme ça»
«Je n'ai pas d'amis serbes, confie par exemple un jeune Albanais du Kosovo. Je suis poli avec eux. Par exemple au gymnase, je les salue toujours. Mais je ne veux pas d'une amitié étroite, il s'est passé trop de choses.» Puis il réfléchit et dit: «Ils ont commis de terribles crimes de guerre, je ne veux rien avoir à faire avec des gens comme ça.»
Un autre compatriote raconte lui aussi: «Une fois, j'ai travaillé avec un Serbe, mais ça n'a pas vraiment bien fonctionné. Je ne veux rien avoir à faire avec eux.»
Une Albanaise du Kosovo de 32 ans a pour sa part un point de vue moins radical: «J'ai aussi des amis serbes. C'est plutôt l'ancienne génération qui pose un problème. Chez eux, la guerre est encore très présente.»
Flot de haine sur internet
Eleonit Smajli, Suisse d'origine kosovare, étudie l'agronomie à l'EPFZ et avoue ne pas ressentir l'influence du conflit dans son quotidien: «Personnellement, j'ai rarement été confronté en Suisse à la haine, à la violence ainsi qu'à la minimisation des crimes de guerre du côté serbe. Même si ça arrive de temps en temps.»
Selon lui, c'est sur internet que la situation s'envenime: «Sur les réseaux sociaux, je vois plein de publications et de commentaires agressifs qui légitiment la violence.»
À Zofingen (AG), Milos Antic évoque lui aussi des vidéos de TikTok qui alimentent les tensions. Le jeune Suisse d'origine serbe a toutefois des amis Albanais du Kosovo. «Je ne peux pas m'imaginer ne pas être ami avec quelqu'un en raison de son origine, dit-il. Je prends les gens comme ils sont.»
Mais certains de ses amis n'ont pas les mêmes valeurs que lui: «C'est pourquoi nous évitons de parler de politique.» Pour lui, c'est clair: «Ce conflit est une affaire politique et ne devrait influencer ni les gens, ni le sport.»