Le guide Michelin dévoile lundi à Monaco son palmarès 2026 des meilleures tables de France, au cours d'une cérémonie qui tentera de repousser au large de la principauté les tumultes du monde. «Le guide Michelin n'ignore rien du contexte international, d'autant plus que nous sommes au Moyen-Orient et en Asie. Mais il y a justement une note d'espoir portée par la gastronomie, la cuisine restant l'un des derniers langages communs échappant à toute instrumentalisation», explique à l'AFP son directeur international, Gwendal Poullennec.
Après Metz (nord-est de la France) l'an dernier, le livre rouge - désormais consacré à la zone «France et Monaco» - a choisi le micro-État pour sa cérémonie, «un lieu unique par sa densité de tables étoilées», ajoute-t-il. Celui-ci attire chaque été la richissime clientèle des palaces et des yachts et compte huit restaurants étoilés sur deux kilomètres carrés. Plus de 600 chefs et leurs équipes sont invités, dont certains sont impatients de savoir s'ils décrochent le Graal d'une première étoile, lors de l'événement prévu à partir de 17h au Forum Grimaldi.
Palaces ou maisons familiales?
En 2025, le guide Michelin avait décerné 68 nouvelles étoiles, dont une troisième à Hugo Roellinger et à Christopher Coutanceau, deux ans après la lui avoir retirée. Sans rien dévoiler du palmarès 2026, Gwendal Poullennec indique toutefois à l'AFP que l'objectif reste de célébrer «l'ancrage territorial et les projets entrepreneuriaux de dimension raisonnable, avec de vrais personnalités de cuisine».
«Chaque année, il y a une politique éditoriale pour la troisième étoile, favorisant soit les palaces, soit les maisons familiales», explique le journaliste gastronomique Franck Pinay-Rabaroust, concepteur du podcast «Sur la route de l'étoile». «Est-ce que ce sera La Grenouillère (Pas-de-Calais, nord de la France) ou La Bouitte (Savoie, centre-est) ou bien Yannick Alleno pour les tables de palace avec un premier record du trois fois trois étoiles ?», s'interroge-t-il.
Le manque de présence des femmes au sommet de l'art culinaire, reflété par le faible nombre de cheffes étoilées, vient chaque année ternir la traditionnelle photo de famille sur scène à la fin de la cérémonie. «Le guide valorise une cuisine sans type de quota», évacue Gwendal Poullennec sur cette polémique récurrente.
«Liberté créative»
Sébastien Bras mène depuis dix ans la fronde pour sortir du guide. Il a été en partie exaucé cette année par la perte d'une étoile, lors des rétrogradations annoncées par le Michelin une semaine avant la fête. «Nous ne nous sentons plus concernés par les décisions et stratégies du guide», a réagi auprès de l'AFP Sébastien Bras, soulagé d'avoir repris depuis des années sa «liberté créative».
Le guide, créé en 1900 par les frères André et Édouard Michelin à destination des automobilistes, couvre aujourd'hui plus de 50 destinations, la dernière étant la Nouvelle-Zélande. Loin du faste de Monaco, les chefs se plaignent aussi d'un contexte économique tendu et d'une année de crise pour les réservations.
Leur traditionnel dîner, retrouvailles gourmandes et arrosées de la profession, sera organisé par Alain Ducasse au Louis-XV (trois étoiles) et réunira près de 250 convives. Le menu reste secret mais il célébrera la «naturalité méditerranéenne», signature de Alain Ducasse avec «quelques emblèmes de la Riviera» comme le pois chiche, le rouget ou encore les agrumes, a appris l'AFP auprès de ses équipes.