Résistance numérique
Réseaux sociaux dangereux pour les ados: Macron a la solution

Le président français défend la proposition de loi sur l'interdiction des réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans qui a été adoptée ce lundi 26 janvier à l'Assemblée nationale. Il veut en faire le combat de son second mandat.
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Emmanuel Macron a pris, en France, la tête d'un croisade contre l'accès libre aux réseaux sociaux pour les jeunes.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

Place à la résistance numérique. Ce lundi 26 janvier, l’Assemblée nationale française est un peu devenue le Fort Alamo européen, face à l’omniprésence des réseaux sociaux dans la vie des plus jeunes. Une proposition de loi sur l’interdiction de leur accès pour les moins de 15 ans, défendue par le camp présidentiel macroniste, y a été adoptée. Son adoption n'est qu’une première étape, avant la navette parlementaire avec le Sénat. Mais elle a déjà un supporter acharné: Emmanuel Macron.

L’ironie de la situation est que le résistant numérique Macron a été élu, en 2017, parce qu’il promettait de projeter la France au premier plan de l’ère digitale. «Emmanuel Macron sera-t-il le président du numérique? L’homme est particulièrement attendu sur ces sujets, du fait de son précédent poste au gouvernement et de son appétence pour les enjeux de l’innovation et de la disruption», titrait, voici dix ans, le magazine spécialisé L’Usine digitale. Et de se féliciter: «Le numérique apparaît en filigrane dans tous les thèmes de son programme avec, comme ligne directrice, la libéralisation de l’économie ainsi que la simplification et la modernisation de l’Etat et des services publics.»

Omniprésence des plateformes

Le problème est que tout a changé depuis lors, en particulier sur le plan de l’omniprésence des plateformes numériques étrangères dans nos vies quotidiennes et, surtout, dans celles des jeunes. En décembre dernier, l’Australie a été le premier pays développé à interdire par la loi les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Plusieurs millions de comptes ont été désactivés ou restreints. Depuis, les moyens de contourner cette interdiction font florès chez les adolescents, car les plateformes visées sont toujours présentes sur le marché australien. La question des libertés publiques est aussi posée. Un débat qui agite à son tour la France, où Emmanuel Macron a payé de sa personne en postant plusieurs messages sur ses réseaux.

L’autre défi, pour le président français qui promettait jadis d’être un grand «disrupteur», est à la fois géopolitique et économique. La France a plusieurs fois proposé de taxer les géants américains du numérique. Un premier impôt sur les revenus de ces entreprises multinationales digitales est entré en vigueur en 2019, fixant un impôt de 3% sur leurs bénéfices réalisés sur le territoire français. Mais, au niveau européen, cette initiative a échoué. Et le projet d’augmenter cette taxe à 15%, évoqué lors du débat sur le projet de budget 2026 (toujours pas adopté), a été abandonné. Motif: les pressions des Etats-Unis et de Donald Trump en personne. Washington a multiplié les pressions directes sur Paris pour empêcher cette augmentation fiscale, malgré le soutien d’une majorité parlementaire.

Le combat du président

Emmanuel Macron, pourtant, veut mener ce combat. Ce président sans enfant, dont l’épouse septuagénaire a été enseignante, le voit même, selon son entourage, comme le combat emblématique de son second mandat, qui s’achèvera en mai 2027. La preuve? Proposée par ses soins en fin d’année 2025, la loi interdisant aux moins de 15 ans l’accès aux réseaux sociaux pourrait être adoptée dans les prochaines semaines par le Parlement. L’objectif est que cette interdiction puisse entrer en vigueur dès septembre, à la rentrée scolaire. Une procédure accélérée est envisagée. «C’est un message très clair: le cerveau de nos enfants et de nos adolescents n’est pas à vendre», a insisté le président. «Leurs émotions ne sont pas à vendre, ni par les plateformes américaines, ni par des algorithmes chinois.»

L’autre combat digital porté par Emmanuel Macron est celui de l’interdiction des portables dans les lycées français, comme cela est actuellement le cas dans les collèges, au sein desquels la mesure de «pause numérique» est entrée en vigueur depuis la rentrée scolaire de septembre 2025. «Au cours de l’année scolaire 2024-2025, plus de 32'000 collégiens français ont expérimenté la mise à l’écart du téléphone portable, à travers des dispositifs variés choisis localement – boîtes collectives, pochettes individuelles, casiers», explique le ministère de l’Education nationale. «Cette expérimentation a produit des effets positifs sur le climat scolaire, la concentration des élèves et le bien-être général dans les établissements l’ayant mise en place. Une diminution des signalements de cyberharcèlement et d’incidents liés aux réseaux sociaux a également été constatée. Chaque collège définira la modalité de mise à l’écart des téléphones (ou de tout objet connecté) qu’il souhaite adopter.»

Un référendum pourrait être organisé sur ce sujet de la résistance numérique «Made in France» d’ici 2027. Il s’agirait de la seule consultation populaire de la présidence Macron.

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