Au coeur d'un nouveau samedi de mobilisation sous haute surveillance partout en France, Orléans accueille le congrès du Rassemblement national et se prépare à une manifestation record, à la veille du premier grand meeting de campagne de Marine Le Pen.
Jamais la préfecture du Loiret n'a connu pareil défilé. Les autorités attendent jusqu'à 30'000 personnes dès 10H30, sur un parcours modifié pour éviter le centre-ville. Deux fois plus de monde qu'à l'acmé du mouvement contre la dernière réforme des retraites. Un quart de la population de cette capitale régionale. Avant l'aube, plusieurs cars avaient déjà quitté la région parisienne pour acheminer des manifestants.
Dès 7h30, au pied de la gare RER de la Plaine Stade de France, plusieurs dizaines de militants montent à bord de deux autocars blancs. «On rappelle que le RN lutte contre l'ensemble des droits pour lesquels nous, on se bat», cingle Iola, 38 ans, de l'organisation féministe NousToutes.
Dans la foule, on attend Olivier Faure (PS), Bally Bagayoko (LFI) et Sophie Binet (CGT), dont les organisations ont appelé, comme une cinquantaine d'autres partis politiques, syndicats et associations, à ce rassemblement «contre le racisme, le fascisme et l'impérialisme» - mais d'abord «contre le RN et ses idées mortifères».
3000 hommes «bien équipés»
Orléans ressemble à une ville en état de siège. Certains gérants ont terminé dans la nuit la mise en protection de leur vitrine. «L'ambiance est vraiment étrange pour un samedi matin, tout est fermé, certains commerces sont barricadés. On espère vraiment que le dispositif de sécurité va permettre d'éviter les scènes de violences vues la semaine», confie à l'AFP Stéphane Gentil, un habitant qui fait un tour à vélo.
Pour encadrer le cortège et sécuriser le congrès du parti d'extrême droite, tous les effectifs de police locaux ont été mobilisés, renforcés par quinze compagnies de CRS et de gendarmes mobiles. Soit près de 3000 hommes «bien équipés» avec deux blindés Centaure, des engins lanceurs d'eau, des hélicoptères et des drones, prêts à contenir les 2.000 à 3.000 «éléments radicaux» qui pourraient se fondre dans la masse, selon les autorités.
Au sommet de l'exécutif, secoué par les menaces sécuritaires sur le pays et l'attaque vendredi qualifiée «d'attentat raciste» dans les Yvelines, on s'inquiète de ce congrès qui pourrait agir «comme un pot de miel» pour «tous les dingues» prêts à en découdre, qu'ils soient d'ultragauche ou d'ultradroite.
La municipalité a fermé l'office de tourisme, la médiathèque, les parcs et jardins, et ordonné aux restaurants de ne pas ouvrir leurs terrasses. Les tramways sont à l'arrêt, la circulation interdite dans le coeur historique de la cité, tout comme le stationnement des voitures, deux-roues et vélos qui pourront être «mis en fourrière».
Rassurer les troupes
De l'autre côté de la Loire, calfeutrés dans l'enceinte du Zénith, 5000 militants et cadres du RN ont rendez-vous à partir de 14H30 pour ce qui aurait dû être une formalité: la réélection de leur président Jordan Bardella, seul candidat à sa succession.
L'absence de suspense n'a pas empêché plus de deux tiers (68%) des adhérents de participer au vote, qui doit aussi renouveler les instances internes. L'autoproclamé «premier parti de France» et ses 160'000 membres revendiqués apparaissent donc soudés derrière leur chef, pourtant fragilisé ces dernières semaines par des accusations d'antisémitisme juvénile - qu'il conteste farouchement.
Rien ne semble pouvoir entraver la dynamique d'une formation politique lancée à la conquête du pouvoir avec une confiance insolente. D'autant plus que les sondages placent plus que jamais Marine Le Pen largement en tête au premier tour et gagnante face à tous ses adversaires potentiels au second.
Une avance que l'ultra-favorite de la course à l'Elysée va exploiter dimanche, pour son premier grand meeting de campagne au Co'Met, arène de 10'000 places qu'elle espère voir remplie, malgré les «messages de crainte» remontés de la base jusqu'à la direction du RN après les violences du weekend dernier.
La quadruple candidate s'est employée à rassurer ses troupes, affirmant qu'elle n'avait «pas d'inquiétude» quant à la bonne tenue de l'événement. Ses porte-parole l'ont relayée sur tous les plateaux, soulignant les «garanties» obtenues pour le maintien de l'ordre.
«C'est un peu la campagne à venir qui se joue», a estimé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, venu lui-même «inspecter le dispositif» vendredi, tandis que le préfet Hugues Moutouh a interdit toute manifestation dimanche dans une grande partie de l'agglomération orléanaise.
Préservée du tumulte de ses opposants, Marine Le Pen entend se présenter en garante d'une «France apaisée», porteuse d'une promesse de «renaissance» dont elle fera le thème central de son discours. Même si ses ennemis semblent prêts pour une guerre de cent ans.